Si la fin de la photo argentique a laissé ses amateurs dépités, elle a signé l'arrêt de mort en 2008 du site de Kodak à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire), qui employait 2200 personnes. L'usine de 80 hectares a peu à peu été cédée à d'autres entreprises, comme le plasturgiste Tournaire Plastic et Ver-tech', une PME de logiciels pour l'industrie verrière. Mais Kodak a également libéré une réserve foncière de 110 hectares sur les communes de Fragnes-La Loyère et Virey-le-Grand, dont le Grand Chalon s'est porté acquéreur pour 5,8 millions d'euros en 2009. Président de la communauté d'agglomération depuis 2014, Sébastien Martin commence à aménager le site en 2015. «Comme nous sommes installés à proximité de l'autoroute, les activités logistiques étaient logiques. Mais notre avenir n'était pas dans l'installation de grandes plateformes logistiques, il y avait davantage de valeur ajoutée dans le développement industriel.» L'élu revoit donc son plan d'implantation et opère un virage.
La collectivité investit 10,4 millions d'euros pour aménager le site, soutenue pour près de la moitié par l'Europe, l'État et la Région. Quelque 25 hectares se transforment en coulée verte tandis que la voirie occupe 5 hectares, laissant 80 hectares disponibles à la commercialisation sur la zone rebaptisée SaôneOr. En parallèle, l'ancienne friche obtient sa labellisation de «site clés en main». SGT, une ETI de plasturgie de 500 salariés et 400 millions d'euros de chiffre d'affaires, a ouvert le bal des installations avec un site de 40 personnes, la Maroquinerie Thomas, sous-traitant du luxe, a inauguré son site en fin d'année et l'acteur espagnol de l'agroalimentaire Vicky Foods lancera son activité au premier trimestre. «La dynamique s'est mise en place», se réjouit Sébastien Martin.
«Les patrons sont reçus par le patron»
De son côté, le leader français des pompes à chaleur Atlantic prendra possession de 19 hectares de foncier grâce à un investissement de 150 millions d'euros pour sa nouvelle usine. «Nous avons identifié SaôneOr comme un site labellisé, facilitateur d'installation. La localisation à proximité de l'autoroute a aussi compté. Le Grand Chalon réunit tous les acteurs liés à notre implantation : préfecture, Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement, acteurs de l'emploi et de la formation. Enfin, la relation avec le président de la communauté d'agglomération et son équipe engagée pour l'industrie qui met tout en œuvre pour que les entreprises soient bien accueillies ont fini de nous convaincre», souligne Olivier Roger, le directeur de ce projet chez Atlantic.
Sébastien Martin met un point d'honneur à rencontrer les porteurs de projet. «Les patrons sont reçus par le patron !», précise-t-il. Chargée des compétences eau et assainissement, du transport et des permis de construire, la collectivité met tout en œuvre pour faciliter et accélérer les installations. «Nous parlons le langage de l'administration, contrairement au chef d'entreprise, donc nous levons les blocages. L'exemple d'Atlantic montre que même en France, on peut aller vite», insiste l'élu. L'entreprise a confirmé son implantation en octobre 2023 et commencé les travaux en septembre dernier pour une entrée en activité de l'usine au premier trimestre 2026.
Objectif production et emplois
La rapidité d'action des élus a aussi convaincu Aérométal, acteur du recyclage de matériaux stratégiques, qui a posé la première pierre de sa nouvelle usine en avril 2024. «Nous avions besoin de nous agrandir vite. Sur SaôneOr, les études préliminaires étant faites. Nous sommes allés plus vite à moindres frais. Les aménagements nous permettent de réduire notre empreinte carbone en proposant des vélos électriques à nos collaborateurs, mais aussi de profiter du demi-échangeur qui, depuis la zone industrielle, nous donne accès à l'axe nord-sud», justifie Clarisse Maillet, sa directrice générale. Entre cette desserte autoroutière, les aménagements initiaux, le déploiement du très haut débit et la création d'une station multicarburants, le Grand Chalon estime avoir engagé près de 30 millions d'euros depuis la reprise du site.
De plus petites entreprises sont déjà installées ou en passe d'arriver. C'est le cas du spécialiste des équipements de toiture pour l'étanchéité Rikksen, qui vient d'inaugurer son usine, de CMPhy, acteur du contrôle non destructif, et du fabricant de microbatteries Iten, qui implantera 74 salariés sur place. «SaôneOr comptait 1390 salariés en septembre 2024 contre 475 en 2016. Ils seront 2390 d'ici à deux ans. Il reste 12 hectares que nous pourrions vendre facilement, mais je ne veux pas n'importe quoi. Je tiens à une activité de production avec des emplois», prévient Sébastien Martin, qui ne privilégiera aucun secteur industriel afin de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Sept autres hectares de friche industrielle, délaissés par Philips et rachetés par la collectivité fin 2021 pour 50000 euros, viennent à leur tour d'être labellisés «sites clés en main ». «Nous avons engagé 7 millions d'euros, subventionnés à 52%, pour tout remettre à plat. Pour ce site Nordéon, idéalement situé à l'entrée de SaôneOr et proche du centre-ville, je voudrais un beau projet innovant ou un grand nom de l'industrie», ambitionne Sébastien Martin.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3738 - Janvier 2025



