Les sept points clés de la stratégie de Luca de Meo pour sauver Renault

Dans un document interne, le nouveau directeur général de Renault, Luca de Meo, liste de nombreuses pistes pour redresser Renault. Résumé de sa stratégie en sept points clés.

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Renault Zoe Flins
L'usine de Flins (Yvelines), qui produit actuellement la Renault Zoé, doit être un exemple de reconversion industrielle réussie pour Luca de Meo.

Le directeur général de Renault, Luca de Meo, veut insuffler une "RENAULuTion" pour sauver le constructeur au Losange. Dans un document de plusieurs pages remis ces derniers jours au management et aux instances représentatives du personnel, auquel L’Usine Nouvelle a eu accès, le dirigeant italien de 53 ans dresse une série de pistes pour permettre à Renault de renouer avec la rentabilité, après de longs mois de souffrance. Au premier semestre, le groupe a enregistré une perte nette de 7,3 milliards d’euros, après avoir annoncé en mai un plan d’économies de plus de deux milliards d’euros, qui comprend la suppression de 15 000 postes dans le monde, dont 4 600 en France.

1- Approfondissement de la réduction des coûts

Il ne s’en cache pas : le plan d’économies annoncé en mai pourrait n’être qu’un début. "Il faudra peut-être aller plus loin que prévu dans l'effort de réduction des coûts", écrit sans fard Luca de Meo dans le document. Parmi les pistes, la poursuite du "redimensionnement de l'ingénierie". Le plan présenté en mai prévoit pourtant déjà près de 800 millions d’euros d’économies sur cette activité de Renault, ainsi que la suppression de 1 500 postes. En parallèle, une réduction de "l'offre au sein des gammes et des produits d'environ 30 %, sans perdre en volume ni en couverture de segment" est prévue. Luca de Meo prend en exemple le travail de redressement opéré par PSA au cours des dernières années, et notamment le travail récent réalisé au sein de la marque Opel.

2- Travail sur les prix

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C’est l'un des grands axes identifiés par Luca de Meo pour renouer avec les bons résultats : améliorer le prix des modèles vendus, avec un focus particulier sur les modèles de segment C. "Il faut trouver le moyen de monter d'un cran sur le segment C, qui est le centre de gravité de notre secteur", explique Luca de Meo. "Je n'ai pas peur d'envisager une hausse de 25-30 % du prix de transaction moyen pour ce segment, d’ici à 2025". Et d’insister plus loin : "L'offre produit doit être conçue pour générer du profit, pas des volumes". Dans le même temps, Luca de Meo fixe le cap sur les modèles électriques, et veut proposer "une gamme de véhicules emblématiques, rentables, à un prix d'entrée de moins de 20 000 euros, produits en France".

3- Révision des ambitions internationales

Avec la crise, plusieurs constructeurs automobiles révisent à la baisse leurs ambitions internationales. Dernier exemple en date, Mitsubishi, membre de l’Alliance avec Renault et Nissan, a annoncé le gel du lancement de nouveaux véhicules en Europe. Chez Renault, Luca de Meo fait un constat amer de l’internationalisation du groupe : "notre expansion géographique n'a pas apporté les résultats attendus. Dans un contexte d’instabilité forte des marchés, les régions Eurasie et Amérique latine n'ont pas donné les retours escomptés", lâche-t-il, tout en regrettant l’affaiblissement de la partie européenne. En parallèle, il appelle à une "réinvention" de la présence de Renault en Chine "via de nouveaux modèles commerciaux".

4- Réinternalisation de la capacité d’innovation

Le constat est sans appel : "Le secteur de l'automobile est à mon sens bien trop dépendant de la R&D de ses fournisseurs pour les nouvelles technologies. Il faut ramener la créativité et le savoir-faire chez Renault et laisser nos ingénieurs travailler au lieu de gérer des programmes", insiste Luca de Meo dans sa présentation. Pour y parvenir, le nouveau directeur général du groupe au Losange veut proposer la mise en place d’une feuille de route technologique claire et financée pour les dix années à venir, qui prenne aussi en compte la stratégie de Nissan "pour éviter les doublons". Et de mettre en avant la création de véhicules de plus en plus intelligents, connectés et personnalisés pour améliorer l’expérience des clients.

5- Identification de nouveaux gisements de valeur

A long terme, Renault va devoir "aller au-delà de la vente de véhicules", prévient Luca de Meo. Pour commencer, le dirigeant italien veut les nouvelles activités de Renault "dans un espace de services de nouvelles mobilités, sous une nouvelle marque (Mobilize) et avec une direction forte", afin d’améliorer la rentabilité de ces activités. En parallèle, de nouveaux débouchés sont envisagés : à partir de 2026, "nous réaliserons 20 à 30 % de notre activité dans des domaines n'ayant rien à voir avec le secteur automobile traditionnel", prévient Luca de Meo. Les nouveaux champs d’activités envisagés sont larges pour Renault : la fintech, les données, la gestion de flottes, cybersécurité, économie circulaire, ou encore ingénierie high-tech.

6- Reconnexion à la France

"Ma vision pour la France est la suivante : il faut nous reconnecter à notre territoire", déclare Luca de Meo. Cela suppose selon lui la capacité à faire de l’usine de Flins (Yvelines) "le plus bel exemple européen de reconversion industrielle" dans l’économie circulaire, ou la création dans le nord de la France d’un "pôle d’excellence électrique", un projet depuis longtemps évoqué. Dans le même temps, le responsable convient que Renault pâtit de "beaucoup de ressources sous-employées, positionnées sur des marchés non-clés pour l'avenir de l'industrie automobile". "Pays par pays, nous examinerons toutes les options pour nous protéger des fluctuations et rationaliser notre activité partout où cela s’impose comme nécessaire", met-il en avant.

7- Renforcement de l’Alliance

Des "projets magiques" pour renforcer le ciment de l’Alliance avec les partenaires japonais Nissan et Mitsubishi. "Au-delà de l'existant, l'Alliance pourrait être relancée par des projets de collaboration précis, plus concrets", insiste Luca de Meo, qui met en avant un travail sur l’hydrogène ou les services de mobilité. En parallèle, il faut renforcer le travail sur les achats groupés, souligne-t-il. Pour lui, la survie de l’Alliance est cruciale : "si nous séparons les 3 membres de l'Alliance, nous nous donnons directement rendez-vous en 2e division du championnat automobile. Je suis donc déterminé à tout faire pour sa réussite", s’engage Luca de Meo, suivant la métaphore sportive qu’il file tout au long de son discours.

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