Le fret ferroviaire périclite en France depuis des lustres avec des parts de marché qui oscillent entre 9 et 10 % depuis dix ans, après des années de chute liée à la concurrence de la route et au peu d’appétence des dirigeants de la SNCF pour ce mode de transport qui correspond pourtant à la nécessité de décarboner ce secteur. En Allemagne, la part est de 18 %, en Italie de 14 % et de 32% en Autriche.
Avec la nouvelle SNCF liée à la réforme mise en application depuis le début de l’année et l’arrivée d’un nouveau PDG, les objectifs semblent différents.
Réserver des sillons de qualité
Le 28 février dernier, à l’occasion de la présentation des résultats 2019 de la SNCF, devant la presse, Jean-Pierre Farandou avait tenu un tout autre discours que son prédécesseur. Il avait affirmé sa volonté de relancer le fret ferroviaire et de remettre au gouvernement avec les autres opérateurs des propositions pour convaincre les chargeurs de revenir. Il avait évoqué certaines pistes.
"Les trains de fret circulent la nuit avec les travaux. Au lieu de rouler à 100 km/h, ils avancent à 30 km/h. Il faut régler le problème de la priorité et exiger qu’un certain nombre de sillons de bonne qualité soient réservés au fret. Mais aussi aider le wagon isolé et le transport de conteneurs financièrement pour qu’ils puissent concurrencer la route".
Même objectif pour les chargeurs et les opérateurs
Ce mardi 9 juin, l’alliance 4F comme Fret Ferroviaire Français du Futur, est officiellement lancée. Elle réunit les principaux acteurs de la filière, c’est-à-dire les entreprises de transport ferroviaire de marchandises (Fret SNCF, DB Euro Cargo Rail, VFLI, Europorte, Lineas, RegioRail, Millet Rail), de combiné multimodal (Novatrans, Naviland Cargo, T3M, Froidcombi), des opérateurs d’autoroutes ferroviaires, de transport de proximité, SNCF Réseau, la Fédération des industries Ferroviaires (FIF), l’Association des utilisateurs de transports de Fret (AUTF) qui regroupe les chargeurs,…
Cette alliance va proposer un plan de relance à court et moyen terme au gouvernement avant la fin du mois de juin avec l’objectif de doubler les parts de marché du fret ferroviaire d’ici 2030."4F se positionne dans la double perspective de la relance post Covid-19 et du temps long de la planification et de la sobriété carbone", indique le communiqué.
Rassemblés depuis 2019 au sein de la coalition Rail Freight Forward, les principales sociétés de fret ferroviaire européen souhaitent même arriver à 30 % de marchandises transportées en Europe par le rail d’ici 2030.
Appel à l’aide de l’Etat
4F demande à l’Etat d’accompagner "la décarbonation du secteur des transports et, à ce titre, appuyer la compétitivité de la composante ferroviaire au sein d’une chaîne logistique plus durable."
Ils lancent des propositions concrètes : augmentation et pérennisation de l’aide au transport combiné, création d’une aide au wagon isolé, augmentation de la prise en charge d’une partie des péages, plan de modernisation des infrastructures nationales et des lignes capillaires et installations embranchées desservant les industries...
4F souhaite le triplement des offres de transport combinant plusieurs modes (la route, le rail, le maritime et le fluvial). "Ce modèle de transport multimodal a vocation à constituer un atout pour le développement et la relocalisation d’industries favorisant l’emploi local et l’économie territoriale." Un fret ferroviaire en bonne santé serait aussi un atout pour l’industrie française.



