À Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes), les lourdes restructurations (Texas Instruments, Intel, Galderma…) ne prêtent jamais longtemps à conséquence. La première technopole européenne, née voici cinquante ans, progresse toujours en nombre d’emplois en se trouvant de nouvelles vocations. Si Toyota et Mercedes y ont transféré un centre de design, si Bosch et l’équipementier Magneti Marelli y ont implanté un centre de R & D, ou si NXP et Gemalto s’y sont diversifiés, le site n’était toutefois pas identifié comme un pôle de référence dans l’automobile. Jusqu’à ce que, fin 2017, le club Smart Vehicle Côte d’Azur se constitue pour recenser les compétences dans la voiture autonome et connectée. Il rassemble plus de 70 acteurs azuréens.

L’arrivée en 2018 de Renault Software Labs agit comme un accélérateur, attestant de l’indéfectible résilience sophipolitaine. Il récupère la majorité des ingénieurs du centre R & D d’Intel, fermé en 2017, et les réoriente sur la voiture intelligente. Route des Crêtes, le laboratoire peaufine les véhicules autonomes aptes à se fondre dans la circulation. Un Renault Espace, chargé de boîtiers électroniques, de capteurs, de radars, de lidar, de dispositifs d’analyse de données, est baladé par les ingénieurs du constructeur entre Fréjus et la frontière italienne, afin de détecter d’éventuels bugs.
"L’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi a vu cette reprise comme une opportunité de gagner beaucoup de temps dans l’acquisition de compétences logicielles, indispensables pour le développement des véhicules de demain", explique Bruno Bocaert, le directeur du site Renault Software Labs de Sophia Antipolis, ravi que le constructeur français ait préservé l’agilité de fonctionnement du monde des smartphones. "Dans un contexte de pénurie de cerveaux, c’était la garantie de pouvoir s’appuyer sur des talents disponibles, au cœur d’une technopole dont la réputation s’est bâtie sur l’informatique, le logiciel, les télécommunications, les objets connectés, précise-t-il. Nos connexions avec les laboratoires locaux et les écoles d’ingénieurs sont constantes, les pistes de projets collaboratifs multiples."
Labellisé par l’État au printemps, l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle de la Côte d’Azur (3IA), situé à l’Inria de Sophia Antipolis et ciblé sur la santé numérique et les territoires intelligents, a constitué une équipe sur les technologies de vision et de reconnaissance de l’environnement par le véhicule. "Le 3IA fonctionne sur l’attribution de chaires liées à des besoins exprimés par les entreprises, en optimisant l’effet réseau des compétences existantes, confie David Simplot, le directeur de l’institut. Une soixantaine de sociétés ont soutenu le projet. Nous nous efforcerons de traiter les demandes dans des délais raisonnables. À trois ans, notre objectif est de labelliser 38 chaires, soit dix de plus qu’aujourd’hui, avec un fléchage privilégié sur les smart cities, et d’impulser la création de quinze start-up."

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De synergies en synergies
L’université Côte d’Azur, le CNRS, l’Inserm, les écoles d’ingénieurs et de commerce (Eurecom, Mines ParisTech, Skema Business School…), les collectivités (Nice Côte d’Azur, Communauté de Sophia Antipolis) ont crédibilisé la démarche. Une crédibilité renforcée par l’appui d’Accenture, de Thales, d’ARM, d’Amadeus, de Renault… "Il y a sur la Côte d’Azur une vraie carte à jouer sur les convergences entre véhicules autonomes et territoires intelligents", indique Emmanuel Viale, le directeur d’Accenture Labs à Sophia Antipolis, voisin de l’expérience d’une navette autonome au milieu de la circulation, à l’initiative de la communauté d’agglomération et du Sophia Club Entreprises. Le projet, supervisé par l’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar), consiste à faire circuler sur une avenue d’un kilomètre, depuis une station de bus à haut niveau de service, deux navettes de type Navya d’une capacité de 15 personnes chacune, jusqu’à 30 km/h, afin de transporter jusqu’à 90 passagers aux heures de pointe et améliorer la desserte de plusieurs entreprises. Le test durera six mois et contribuera à apprécier l’appropriation de la navette par les usagers en vue, à terme, de la déployer en service à la demande.
Aux yeux d’Emmanuel Viale, "Sophia Antipolis devient un terrain d’expérimentation à ciel ouvert". Le laboratoire d’Accenture y apporte sa part, à travers ses collaborations internationales, dans les technologies d’IA, de blockchain, de réalité virtuelle et augmentée, de systèmes embarqués, d’analyse de données ou de maintenance prédictive appliquées au transport et à la mobilité.
Filiale de l’équipementier japonais Aisin Group, Imra Europe travaille de son côté sur les solutions de vision et d’IA pour l’automobile. "Comme nous ne pouvons pas anticiper toutes les situations de danger visible ou caché survenant sur la route, nous devons apprendre au véhicule à raisonner comme un humain le ferait, insiste Rémy Bendahan, le responsable informatique, dont l’équipe de chercheurs utilise les réseaux de neurones. En temps réel, notre outil peut déjà prédire cinq secondes auparavant la trajectoire d’un objet ou d’un piéton afin d’éviter la collision. Nous avons aussi développé une technologie de reconnaissance d’objets sur lidar qui détecte, sépare, classifie et suit les objets à partir des contours réels ou apparents de leur silhouette. Elle distingue des piétons, des enfants, des cyclistes, même lorsque plusieurs personnes traversent un passage clouté. Ce sera une brique de base des véhicules autonomes. Nous cherchons un ou des partenaires pour transférer la technologie." Une demande que Team Côte d’Azur peut s’employer à satisfaire. Pour l’agence de développement économique, les expérimentations et réseaux interdisciplinaires développés offrent des arguments solides pour attirer d’autres entreprises et compléter la chaîne de valeur de la voiture autonome. "Notre priorité est d’approcher des grands comptes, équipementiers européens notamment, américains dans les technologies télécoms, mais aussi des PME et des start-up de la mobilité intelligente", explique Philippe Servetti, le directeur de l’agence.
Explorer de nouveaux territoires
"Les fertilisations croisées qui ont fait la réussite de Sophia Antipolis continuent de séduire les entreprises parce qu’elles sont constamment reliées aux dynamiques territoriales, assure Amar Bouali, le directeur d’InriaTech Sud-Est. En conquérant de nouveaux acteurs internationaux, la technopole peut devenir un lieu mondial susceptible de fournir des composants clés différenciant pour les véhicules autonomes et déclinables sur les drones, les engins sous-marins, les ports intelligents, objets de recherches dans la région." Associés à Smart Vehicle Côte d’Azur, les pôles de compétitivité Solutions Communicantes Sécurisées et Safe Cluster planchent tant sur les questions de cybersécurité que sur les perspectives de Galileo et de Copernicus pour les usages des véhicules du futur (géolocalisation haute précision, cartographie…).
La technopole azuréenne permet aussi à de jeunes pousses d’émerger dans le domaine. À l’image d’Epicnpoc, né en 2018, qui a présenté au CES 2019 de Las Vegas avec Faurecia ses solutions logicielles aptes à combiner une quinzaine de cas d’usage et plus de 150 fonctionnalités au sein du cockpit intelligent du car sharing de demain. Son fondateur, Pierre Sigrist, ex-directeur R & D de Visteon à Sophia Antipolis, s’avoue convaincu que la culture locale, nourrie par la proximité qu’entretiennent de nombreux enfants du pays dans l’encadrement de grands groupes ou de petites structures, apporte un atout supplémentaire pour innover. "L’initiative 3IA va permettre d’investir des domaines encore frais de l’intelligence artificielle. Les expérimentations de smart city aideront à les valider. Il reste des zones blanches au nord des Alpes-Maritimes : nous pourrions tester comment faire rouler un véhicule autonome en toute indépendance de réseaux de communication. La singularité de Sophia, c’est d’être toujours dans la longueur d’avance. À chacun, sur son périmètre, d’identifier les sujets."
Un nouveau centre R & D pour IBM
Inauguré le 9 septembre, le Lab d’IBM à Sophia Antipolis s’est installé dans un bâtiment HQE du campus Arteparc Sophia. Impliqué dans l’Institut interdisciplinaire d’intelligence artificielle de la Côte d’Azur (3IA), IBM est aussi associé à Smart Vehicle Côte d’Azur. Ce Lab, issu de la reprise d’Ilog en 2009 – une start-up fondée en 1987 par des chercheurs de l’Inria –, regroupe 110 personnes, dont 25 % de profils internationaux en IA. Il peut accueillir jusqu’à 135 postes (12 recrutements en cours en IA). IBM y développe son logiciel IBM Operational decision manager (ODM). Le Lab intègre un design studio pour travailler en cocréation avec les clients sur des cas d’usages.
"Une vraie expertise technologique"
3 QUESTIONS A: Éric Baissus, président de KalrayPourquoi Kalray a-t-il implanté un centre de R & D à Sophia ?
Concepteur d’un nouveau type de processeur pour systèmes intelligents, Kalray emploie 80 personnes, dont une dizaine à Sophia. Renault-Nissan-Mitsubishi est l’un de nos actionnaires stratégiques, nous collaborons avec NXP sur une plate-forme commune dans l’automobile, avec le laboratoire I3S sur l’IA... Sophia a toujours été très en avance dans les logiciels et technologies mobiles et embarquées, des piliers d’expertises dans la voiture autonome. Si le cœur de notre recherche demeure au siège de Grenoble, ce centre est appelé à prendre de l’importance.
Comment percevez-vous l’écosystème local du véhicule autonome ?
Il y a beaucoup d’initiatives, parfois un peu dispersées, mais une vraie expertise technologique et une volonté de travailler ensemble. Même si les centres de Toyota et Mercedes travaillent sur le design, ils contribuent à la compétence générale du site.
Quelles carences faudrait-il combler ?
La technopole compte une grande variété d’acteurs reconnus, mais majoritairement dépendants de centres de décision situés ailleurs. C’est une difficulté historique. Il faut accroître collectivement la visibilité des efforts et compétences autour de l’intelligence artificielle pour l’automobile et si possible, attirer des fonds d’investissement d’envergure pour accélérer la croissance des sociétés nées sur place.
5,6 milliards d’euros
C’est le chiffre d’affaires cumulé des 2 500 entreprises du site.
(Source : communauté d’agglomération de Sophia Antipolis)



