[Science-friction] Trop gourmand, l’éditeur scientifique Elsevier perd un comité éditorial et gagne un concurrent

Le comité éditorial des revues scientifiques Neuroimage et Neuroimage: Reports, propriétés du géant Elsevier, a démissionné en raison de la hausse des frais que doivent payer les chercheurs pour publier leurs travaux en accès ouvert, considérée «contraire à l’éthique et insoutenable». La quarantaine de scientifiques lance un journal concurrent… sans but lucratif.

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Boycott Elsevier
Illustration reprenant le logo historique d'Elsevier, invitant au boycott de l'éditeur.

Science ouverte et quête de profits ne font pas bon ménage. Face à l’appétit des revues scientifiques, les défenseurs de l’accès libre aux connaissances mènent la lutte. Fin avril, l'ensemble du comité éditorial des revues Neuroimage et Neuroimage: Reports, éditées par le géant Elsevier, a démissionné. La quarantaine d’éditeurs dénonce la hausse des frais de publication demandés aux chercheurs pour faire publier leurs travaux en accès ouvert (gratuit pour les lecteurs), passés de 3 300 dollars à 3 450 dollars. Face à cette quête de profits «contraire à l’éthique et insoutenable», l’équipe annonce dans un communiqué lancer une revue concurrente dans la neuroimagerie, mais cette fois sans but lucratif.

Ce coup d’éclat s’inscrit dans une tendance de fond. «Les scientifiques et leurs financeurs sont de plus en plus nombreux à estimer qu'il n’est pas correct que les éditeurs réalisent des profits aussi élevés, d'autant plus qu'ils ne financent pas les travaux scientifiques originaux, ni la rédaction des articles, ni les paiements aux relecteurs, tancent les éditeurs de Neuroimage. En conséquence, les auteurs et les évaluateurs refusent de plus en plus de travailler avec des revues à but lucratif.»

Une participation à la science limitée

Alors qu'ils estiment les coûts de publication dans des revues similaires à environ 1 000 dollars, voire moins, les éditeurs ont demandé à Elsevier de réduire les leurs à moins de 2 000 dollars. Refus de l’éditeur, malgré des résultats financiers plus que solides. En 2022, l’entreprise affichait un bénéfice de 3,6 milliards de dollars, en hausse de 10%... Le tout avec des marges de près de 40%.

Des résultats colossaux pour ce groupe, qui dit publier 18% des papiers scientifiques mondiaux, mais dont la communauté critique de plus en plus l’apport limité à la connaissance et la captation des savoirs. «Elsevier se nourrit de la communauté académique, réalise des profits énormes en ajoutant peu de valeur à la science», fustige Chris Chambers, responsable de la simulation du cerveau à l’université de Cardiff et membre de l’équipe démissionnaire, dans le Guardian. Dans un communiqué, l’entreprise a exprimé ses regrets de voir partir l’équipe, plaidant que «les frais appliqués à l’accès ouvert de Neuroimage sont en-dessous de ceux pratiqués par le journal le plus proche de son domaine».

Pour la septième fois depuis 1999, une équipe éditoriale d’Elsevier part donc créer une revue concurrente à but non-lucratif. Celle-ci sera baptisée Imaging Neuroscience. «Nous travaillions avec le MIT Press pour créer le nouveau journal et nous ambitionnons d’être prêts à recevoir les premières soumissions de papiers très prochainement», avisent les scientifiques. «Les frais de publication seront aussi bas que possible : nous visons la moitié de ceux pratiqués par Neuroimage, voire encore moins», assurent-ils, précisant que ces frais seront encore réduits pour les publications issues de pays à revenus faibles ou intermédiaires.

«Notre ambition est que Imaging Neuroscience remplace Neuroimage en tant que revue de référence dans le domaine, affirme le comité éditorial, qui termine malgré tout l’édition des articles déjà soumis à Neuroimage. Le spectre global, le niveau de qualité et l’intégrité de l’équipe éditoriale seront les mêmes qu’ils ont été à Neuroimage et Neuroimage: Reports.» Une concurrence sérieuse pour la revue d’Elsevier, qui dit avoir monté une équipe éditoriale intérimaire, en interne, afin de pouvoir traiter de nouvelles soumissions d’articles en attendant de former une équipe sur «le modèle hybride très efficace combinant des éditeurs internes et externes».

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