[Science-friction] Les constellations de satellites mettent en danger la couche d’ozone

Un rapport présenté fin 2022 au congrès américain met en lumière les risques environnementaux dus à la prolifération des constellations de nano-satellites en orbite terrestre basse. Le grand nombre de lancements, ainsi que la fin de vie des appareils dans l'atmosphère, mettent en danger la couche d'ozone, alertent ses auteurs.

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Satellite à orbite basse
Un satellite en orbite terrestre basse.

Protégée des chlorofluorocarbures depuis 1987 et le protocole de Montréal, la couche d’ozone se répare peu à peu. Malheureusement, un autre danger pourrait la guetter – lui aussi, d’origine humaine: les nano-satellites. Un rapport du Government accountability office (GAO), organisme états-unien équivalent à la Cour des comptes française, sonne l'alerte concernant ce danger environnemental méconnu que sont le lancement et la fin de vie des constellations de satellites.

Prisée par des entreprises comme OneWeb ou Starlink, l’orbite terrestre basse attire nombre de nano-satellites. Près de 5 500 appareils effectueraient des révolutions autour du globe actuellement, estime l’organisme américain. L’entreprise d’Elon Musk compte déjà 2 000 unités… et dispose d’un feu vert réglementaire pour en envoyer 12 000 supplémentaires. Une activité dense qui n’est pas sans conséquence pour le climat.

Pollution stratosphérique 

Car le lancement lui-même de ces machines n’est pas anodin: le kérosène utilisé par les fusées produit du noir de carbone. Et celui-ci peut rester en suspension dans l’atmosphère – notamment la couche d’ozone – pendant plusieurs années, contre quelques semaines pour celui produit par les avions. Et en quantité mille fois plus importante. Une pollution qui détériore directement la couche d’ozone, car les particules en suspension captent les rayons du soleil et réchauffent la stratosphère… ce qui accélère les réactions chimiques liées à la destruction de l’ozone.

1 000 tonnes de noir de carbone seraient émises dans la stratosphère chaque année. Un chiffre qui pourrait, si les prévisions du trafic spatial s’avèrent exactes, être multiplié par dix d’ici à 2040, estime Christopher Maloney, un scientifique de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique dans un article du Washington Post.

D’une durée de vie de cinq ans en moyenne, les satellites d’orbite basse finissent leur parcours en… se disloquant dans l’atmosphère. Un départ à la retraite brutal qui provoque la désintégration de la quasi-totalité de l’appareil en particules métalliques, dispersées dans la stratosphère. Outre le fait qu’il capte lui aussi la chaleur solaire, ce cocktail varié perturbe l’équilibre chimique de la zone. Un dérèglement dont les effets potentiellement délétères sur la couche d’ozone sont l’objet d’études scientifiques.

Ces risques environnementaux s’ajoutent aux critiques – provenant notamment des astronomes – de pollution visuelle à l’égard des constellations de nano-satellites. Leur nombre, croissant, fait aussi s’envoler les risques de collisions en orbite. Reste qu’aucune réglementation contraignante globale, à l’image du protocole de Montréal, ne semble être envisagée pour protéger la couche d'ozone contre cette menace. Destiné au parlement américain, le rapport du GAO pourrait engager une réflexion en ce sens. Du moins, espérons-le pour tenter de préserver la couche d'ozone.

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