Le sursis n’aura finalement pas suffi. La chambre commerciale du tribunal judiciaire de Saverne (Bas-Rhin) a prononcé, mardi 16 avril, la liquidation de l’usine fabriquant des miroirs pour automobile Flabeg avec un maintien d’activité jusqu’au vendredi 19 avril. La production a déjà cessé depuis vendredi 12 avril. Sa liquidation entraînera la suppression de ses 108 emplois, avec un solde des indemnités fin mai.
L’usine, basée à Sarrewerden (Bas-Rhin), fabrique principalement des plaques de miroirs pour l’automobile : elle courbe du verre plat avant de le transformer en miroir par un système de dépôt de couches, principalement à base de chrome. «On utilise des lignes de métallisation et des fours, qui sont très énergivores, explique Olivier Fahd, le directeur de l’usine. Quand il y a eu l’explosion des prix de l’énergie, nous avons dû faire passer des augmentations de prix à nos clients.»L’augmentation a été difficile à faire passer pour l’équipementier automobile de rang 2.
Chute d’activité de 80% en 3 mois pour l’usine Flabeg
D'un coup, les départs de clients se sont accumulés. «Tout s’est passé en moins de quatre mois», lance, encore ahuri, Denis Robitzer, représentant du syndicat CFTC. Première salve : la perte de SMR Automotive, qui représentait 20% de l'activité de l'usine (15 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023), parti progressivement jusqu’à disparaître en octobre.
Nouveau séisme : sous la pression de ses clients, le groupe allemand, basé à Nuremberg, réorganise sa chaîne de valeur. «À partir de ce moment-là, les usines n’étaient plus au courant de ce qu’il se passait», glisse Olivier Fahd. En janvier, l’usine hongroise de Flabeg, spécialisée en découpe de miroirs de rétroviseurs, cesse de s’approvisionner auprès de l’alsacien, pour lui préférer une usine du groupe située en Chine. 50% du chiffre d’affaires du Français s’envole «pour un gain de quelques centimes par pièce», maugrée le directeur de l’usine alsacienne.

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L’usine perd ensuite ses deux plus gros clients externes, deux fabricants de rétroviseurs, pour atteindre une perte totale de 80% de son chiffre d’affaires. Dès février, l’usine ne produisait principalement plus que des pare-soleils et des miroirs cosmétiques.
Demande du groupe de liquider immédiatement son usine alsacienne
Le groupe allemand a initialement demandé la liquidation judiciaire immédiate de son usine française, arrivée en cessation de paiement en janvier. «Le siège a décidé de torpiller son usine française», persiffle Hervé Bertrand, l’avocat du CSE et des salariés. «Le groupe est en difficulté financière et le siège a estimé que les perspectives de trouver un repreneur étaient compliquées dans une activité de niche comme la nôtre», tente de nuancer le directeur de l’usine, pourtant hostile à la liquidation directe. Le tribunal de commerce du Bas-Rhin a finalement donné un sursis à l’usine de miroirs en la plaçant en redressement judiciaire le 23 janvier.
L’usine a eu droit à une lueur d’espoir. L’équipementier américain Muth Mirror Systems, fabricant d’un système de capteurs breveté pour l’automobile, aurait envisagé un temps de reprendre l’affaire et de conserver l’emploi de 45 personnes la première année, puis d’en recruter 30 supplémentaires l’année suivante. Hélas, le candidat s’est finalement retiré.
«Le repreneur potentiel développait des produits luminaires high tech. Il cherchait donc une usine donnant une image moderne pour mettre son premier pied en Europe», précise Olivier Fahd. Las, le bardage, les imperfections du sol et le toit ondulé de l’usine alsacienne, dans le plus pur style années 1970, auront eu raison des goûts du patron américain venu en visite. «Il cherchait des salles blanches, avec du carrelage. Mais nous, on est plus industriel. Il y a un peu de poussière», rit, dépité, Denis Robitzer.
Une dette rééchelonnée par le groupe allemand sur 10 ans
L’usine française possédait bien des créances : 1,7 million d’euros, uniquement sur une usine brésilienne appartenant au groupe. Mais le siège, situé à Nuremberg (Allemagne), a racheté la créance à échéance de 90 jours avant de la transformer en un prêt devant arriver à maturité en… 2033. «C’est un scandale», s’étrangle l'avocat Hervé Bertrand. «Cette créance aurait permis de financer les conditions de départ des salariés. Or là, c’est l’AGS [régime de garantie des salaires, ndlr], donc indirectement le contribuable, qui va financer la prise en charge des salariés.» Contacté, le siège du groupe n’a pas donné de réponse aux sollicitations de L’Usine Nouvelle.
«Ceux qui avaient moins de deux ans d’ancienneté sont déjà partis entre janvier et mars. Maintenant, il ne reste plus que nous, les anciens. Heureusement, le bassin de l’emploi est favorable dans la région. Mais pour nous, avec une moyenne d’âge de 50 ans, ça va être dur», s’inquiète Denis Robitzer, salarié depuis 34 ans. Le directeur de l’usine ignore, lui aussi, où il ira. «Ce qui est sûr, c’est que je n’ai plus de relation avec le groupe. Il nous a complètement mis de côté, y compris moi», souffle, amer, le directeur, qui compte, lui, 29 années de carrière dans l’usine.



