Un nouveau bâtiment de 2 300 m² est sorti de terre au Technocentre Renault de Guyancourt, dans les Yvelines. Entièrement dédié à la simulation, ce bâtiment baptisé Roads accueille le tout nouveau simulateur de Renault, qui porte le même nom. Ce nouvel outil permet de conduire le jumeau numérique d’un véhicule en développement. Le simulateur reproduit le comportement dynamique de n’importe quelle voiture dans n’importe quelles conditions : type de route, densité de circulation, interactions avec les autres véhicules, altitude, météo, luminosité, etc.
Julie Balague Le nouveau bâtiment inauguré au printemps 2023 accueille presque toutes les équipes simulation de Renault. Crédit : Olivier Martin Gambier
Le constructeur a déboursé 26 millions d’euros dans ce projet débuté en 2017, dont 18 millions pour le simulateur et 9 millions pour le bâtiment. Un investissement conséquent qui vise à limiter le nombre de prototypes fabriqués lors de la conception d’un nouveau véhicule.
Un dôme de 90 tonnes en mouvement
Le simulateur prend la forme d’un dôme en carbone de 90 tonnes et 7 mètres de diamètre qui peut accueillir un véhicule en entier. Pour charger et décharger un véhicule dans ce dôme, «il faut près d’une heure aux équipes», souligne Didier Wautier, responsable simulation de synthèse et immersive. 15 vidéoprojecteurs sont fixés en haut à l’intérieur du dôme, pour projeter une scène à 360°. Une fois installé derrière le volant, le conducteur voit aussi bien la route devant lui, que celle derrière ou tout autour. Des haut-parleurs transmettent précisément le son lors de la simulation (alerte sonore éventuelle, son du véhicule ou des autres voitures, etc.) et un tapis positionné sous le siège le fait vibrer selon l’état de la chaussée ou la vitesse à laquelle le véhicule s’élance.
Olivier Martin Gambier Les écrans sont paramétrés pour que le conducteur ait l'impression de conduire le long d'une route. Crédit : Olivier Martin Gambier
Pour prendre la mesure de la taille de cet objet : celui-ci est installé dans une pièce de 1 400 m² et 12 mètres de haut. Une passerelle télescopique relie le dôme à la salle de contrôle. Elle se rétracte sur le côté lorsque la simulation commence. Le dôme est positionné sur six vérins blancs formant un hexapode qui maintiennent l’ensemble et lui permettent de glisser sur des rails de 25 mètres par 25 mètres. Renault assure pouvoir réaliser des accélérations longitudinales et latérales atteignant 1G.
Surtout, des fondations isolent le simulateur du reste du bâtiment pour que ce soit bien le simulateur qui bouge et non le bâtiment. Une dalle en béton est positionnée sur une cinquantaine de pieux d’un mètre de diamètre qui sont enfoncés sur 30 mètres de profondeur pour être fixés dans la roche et ne pas bouger lorsque la sphère de 90 tonnes se met en mouvement. Grâce à ce sol rigide, seules les vibrations nécessaires à la simulation sont transmises à la cabine.
JC Mounoury Généralement le dôme est déplacé sur 15 mètres de rail, et non pas l'intégralité des 25 mètres. Crédit : JC Mounoury
Réduire le temps de développement des véhicules
L’objectif est simple : tester le plus en amont possible les différentes prestations dynamiques de la voiture, comme ses aides à la conduite (ADAS), dans des environnements virtuels réalistes. De ces tests ressortent des données ainsi que le ressenti du conducteur. Autant d’informations grâce auxquelles le véhicule est amélioré avant qu’un premier prototype soit construit. A la clé, Renault souhaite produire des véhicules plus robustes et réduire leur durée de fabrication. Le but est de «développer un nouveau véhicule en 2,5 ans, contre 3 ans aujourd’hui», précise Gilles Le Borgne directeur de l’ingénierie chez Renault Group.
Le poste de conduite est interfacé avec le logiciel de simulation. Ce dernier est conçu en partenariat avec AV Simulation – une joint-venture entre Sogeclair, Renault Group, Dassault Systèmes et l’UTAC – et utilise Unreal Engine, le moteur de jeu vidéo d’Epic Games. Pas besoin que le dôme se déplace à la vitesse affichée par le véhicule, le ressenti est là pour le conducteur : au-delà de se déplacer longitudinalement ou latéralement, la sphère peut se pencher afin d’aider à simuler une vitesse ressentie plus importante. Deux opérateurs sont toujours présents en salle de contrôle lors des simulations pour vérifier les vitesses de déplacement, la fourniture d’électricité et la diffusion des scénarios.
Olivier Martin Gambier Le dôme s'approche de la salle de contrôle à l'occasion d'un freinage brutal du véhicule. Crédit : Olivier Martin Gambier
Pour alimenter l’ensemble, Renault a installé 60 mètres linéaire d’armoires électriques dans la pièce. Une importante quantité d’énergie peut être délivrée lors d’une accélération du véhicule, et celle-ci est récupérée lorsque le simulateur s’arrête. L’ensemble consomme entre 12 et 14 mégawatts, soit «ce que consomme une usine», glisse Didier Wautier. Cela n’empêche pas le constructeur de vouloir faire fonctionner son nouvel outil en 2x8. Le premier véhicule à bénéficier de cette nouveauté est le Rafale. Une aubaine puisqu'il est possible «de régler les dynamiques de couple entre les trois moteurs électriques et le moteur thermique» grâce aux simulations, selon Gilles Le Borgne. De nombreux autres véhicules verront aussi leur jumeau numérique testé avant qu'une première version physique soit construite.



