Si la technologie Crispr/Cas9, mis au point en 2012 par la française Emmanuelle Charpentier et l’américaine Jennifer Doudna - récompensées par le Nobel de Chimie le 7 octobre 2020 - est une révolution pour le monde médical, cette technique d’édition du génome est également un chamboulement pour les acteurs de la culture des plantes et des semences.
Rendre les plantes plus résistantes
Grâce aux ciseaux moléculaires des deux chercheuses, il est, en effet, possible de couper des gènes précis de certaines plantes pour améliorer leur génome en activant ou inhibant une propriété, une précision que ne permettaient pas les précédentes techniques de modification génétique.
Cet outil peut notamment être utilisé pour rendre certaines cultures plus résistantes. A ce titre, il est envisagé, par de nombreux semenciers, comme l'une des pistes pour sortir des pesticides.
La Cour européenne de justice classe les produits de cette technique comme "OGM"
Problème, ce procédé s’apparente à la mutagenèse (c'est à dire l'apparition de mutations) directionnée et, pour certains, il fait tomber les semences obtenues via cette technique dans la catégorie des “nouveaux OGM”.
En 2015, les associations de protection de l'environnement ont ainsi interpellé la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) sur ce sujet. Elles estiment en effet que les organismes obtenus par mutagenèse seraient des "OGM cachés" dans la mesure où "ils modifient le matériel génétique d’un organisme d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement".
A ce titre, les ONG demandaient à ce que les semences obtenues via ce procédé soient classées comme OGM. Pour rappel, depuis 2001, sont considérés comme OGM les "organismes, à l’exception des êtres humains, dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement par multiplication et/ou par recombinaison naturelle".
Au bout de quatre ans de procédure, en 2019, la Cour de justice européenne a finalement donné raison aux associations estimant que “ la mutagenèse est capable de “modifier le matériel génétique d’un organisme d’une manière qui ne s’effectue pas naturellement”. Dès lors, la CJUE estime que la directive sur les OGM s’applique également aux organismes obtenus par des techniques de mutagenèse.
Quelques mois plus tard, le Conseil d'Etat Français, appelé également à se prononcer, confirmait l'application de la décision européenne.
Depuis, les semenciers appellent à une révision et à un assouplissement de la définition de 2001. Ils pourront désormais s'appuyer sur la reconnaissance internationale apportée par le prix Nobel à cette technique pour se faire entendre.



