Alliance européenne. La France et les Pays-Bas se rapprochent autour des technologies quantiques. Mardi 31 août, les deux pays ont signé un accord visant à renforcer leurs relations bilatérales sur le sujet, avec l’ambition de "poser les bases de licornes européennes du quantique", selon le secrétaire d’Etat chargé de la transition numérique Cédric O, cité dans un communiqué commun.
Les coordinateurs des plans d’investissement nationaux déployés pour le secteur vont s’entendre pour mettre sur pied un cadre d’échange visant à attirer des talents et identifier les opportunités de rapprochement et de co-financement bilatérales. Ce faisant, la France s’offre un allié de poids dans la course aux technologies quantiques.
Les Pays-Bas précurseurs
Les Pays-Bas ne sont pas en retard sur le sujet, loin de là. C’était même l’un des premiers Européens, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, à avoir mis en place un plan de financement national, début 2020. Modeste à l’origine, avec 23,5 millions d’euros sur cinq ans, il s’est transformé en avril 2021 en un plan d’investissement public de… 615 millions d’euros, sur sept ans. Avec l’objectif de lancer une dynamique conduisant à un financement public-privé de 3,6 milliards d’euros d’ici 2027 – contre 1,8 milliard d'ici 2026, public et privé confondus, pour le plan français.
Porté par l’organisme public-privé Quantum Delta NL, il vise notamment à atteindre 100 startups et 2 000 thésards et ingénieurs du quantique sur le territoire néerlandais d’ici à la date butoir. Déjà, d’après l’entité, les Pays-Bas comptent le plus grand nombre de startups par habitant dans le domaine et représentent le troisième mondial en termes de production scientifique. Ils ambitionnent de devenir le premier d’ici sept ans.
Cinq universités d'ampleur
Le programme vise par ailleurs à créer trois hubs de R&D nationaux, structurant un ensemble d’acteurs publics et privés autour de pôles académiques reconnus. Ces pôles existent déjà. Le pays compte cinq universités d'ampleur internationale dans la recherche sur les technologies quantiques.
Il y a tout d'abord l’université de Delft, dont le laboratoire QuTech, fondé en 2013, est spécialisé dans le calcul et les communications. Eindhoven abrite le Centre des matériaux et technologies quantiques et de nombreuses entreprises développant des technologies habilitantes. Leiden se concentre sur l’hybridation entre calcul quantique et haute-performance. L'université de Twente a noué de nombreux partenariats publics-privés atour du développement de puces quantiques. Et enfin Amsterdam, dont le campus Quantum.Amsterdam se veut une porte d’entrée des industriels vers le monde des qubits.
Ces pôles ont leurs équivalents en France. Paris, Paris-Saclay et Grenoble rassemblent nombre d'académies reconnues pour leurs travaux sur la question. Dans son rapport, la députée Paula Forteza recommandait d'ailleurs d'en faire des hubs nationaux, officiels, mais le plan quantique définitif, présenté par Emmanuel Macron début 2021, n'avait finalement pas retenu cette mesure.
En rapprochant les pôles d'excellence français et néerlandais, l’accord entend créer "un écosystème européen dans le domaine du quantique qui nous procure emplois, revenus et innovation", espère Mona Keijzer, la secrétaire d’Etat néerlandaise en charge des affaires économiques et des politiques climatiques. Elle rappelle qu’il est "nécessaire de collaborer au niveau européen" pour conserver une "longueur d’avance à l’échelle internationale". Notamment face aux géants privés américains et aux investissements colossaux, bien que discrets, de la Chine.
Créer des Maisons du quantique
Pour cela, les partenaires pourront aussi bénéficier de leur implication en Europe, dans les programmes de recherche et initiatives privées. Les deux pays, copilotes du programme QLSI (Quantum Large Scale Integration in Silicon), auront par exemple à décider "dans les prochaines semaines des orientations scientifiques visant à renforcer le potentiel passage à l’échelle du calcul quantique sur silicium", est-il indiqué dans le communiqué. Un projet piloté par le CEA-Leti, auquel participe le laboratoire QuTech, et doté de plus de 14,6 millions d’euros.
Sur d’autres volets, les Pays-Bas et la France vont partager des bonnes pratiques pour mettre en place des Maisons du quantique vouées à héberger industriels, startups et scientifiques internationaux, mais aussi pour renforcer les investissements dans le secteur – un point sur lequel la France, grâce au fonds spécialisé Quantonation, tient une place unique en Europe.
Ils ont dès à présent mis en place une plateforme commune, recensant les offres d’emploi publiées par les pépites et industriels engagés sur les technologies quantiques. Un premier pas, qui s’accompagnera d’une "coordination des efforts dans l’éducation et la sensibilisation", pour réduire le risque d’une pénurie de talents.



