Après la SmartBall, équipée d’un système de capteur acoustique ultrasensible «qui lui permet de repérer des fuites de moins de 0,11 l/min avec une localisation précise au mètre près», Xylem s’apprête à expérimenter en France, d’ici à 2024, les jumeaux numériques, déjà utilisés en Allemagne ou en Espagne. L’enjeu ? Numériser tout ou partie des infrastructures et équipements de l’eau afin de développer, grâce à l’intelligence artificielle, une démarche prédictive personnalisée, notamment en fonction de la situation météorologique. «Les jumeaux numériques permettront par exemple d’adapter la vitesse à laquelle doit tourner une pompe, en fonction du niveau de précipitation», précise l’entreprise américaine spécialisée dans les technologies de l’eau.
Plus en amont, la start-up Acwa Robotics, créée en 2018 en Haute-Corse, a développé une solution robotique autonome pour cartographier les réseaux d’eau potable et caractériser leur état. À l’image d’une chenille, le robot Acwa se faufile dans les canalisations afin de détecter les éléments d’usure et de corrosion annonciateurs d’une future fuite. L’objectif est de «réduire les incidents et les pertes en amont et de mieux budgéter le renouvellement des canalisations», précise Jean-François Guiderdoni, le directeur du développement d’Acwa. La start-up est en cours de discussion avec Suez et Veolia pour une utilisation dans leurs canalisations stratégiques, mais aussi avec des industriels dans les raffineries, la métallurgie, l’énergie thermique ou encore l’agroalimentaire.
Acwa Robotics Acwa Robotics a créé une chenille mécanique pour analyser l’intérieur des canalisations. © Acwa Robotics
La France fait partie des mauvais élèves en matière de recyclage de l’eau. Une situation à laquelle Nereus entend remédier. La start-up s’appuie sur des matériaux filtrants avec des trous très fins, de l’ordre du nanomètre, pour fabriquer des équipements de recyclage d’eau. Sa technologie permet de diviser par cinq ou dix la consommation d’énergie, en remplaçant la filtration tangentielle par une filtration dynamique : c’est la membrane et non l’eau qui est en mouvement.
«Nous sommes aujourd’hui en mesure de produire de l’eau recyclée répondant à la norme d’eau potable, moins chère que celle du réseau», se félicite Emmanuel Trouvé, le patron de Nereus. La jeune pousse a déjà installé ses systèmes dans des distilleries de rhum, des laiteries et des brasseries. «Les industriels seront les premiers à faire face à des restrictions si la ressource vient à manquer», prévient l’ingénieur.
L’eau de process peu recyclée
Des restrictions auxquelles pourrait rapidement être confrontée l’industrie du papier-carton. Actuellement, l’eau est recyclée au niveau des chaudières, mais très peu lors du processus de fabrication. Les papeteries recourent généralement au traitement biologique de leurs eaux usées. Elles contiennent encore trop de microparticules et de salinité pour être réutilisées dans la production de papier. Spécialiste de l’industrie papetière, le groupe autrichien GAW a développé une solution de filtration membranaire qui permet d’éliminer ces particules, tandis que l’osmose inverse est utilisée pour éliminer la salinité de l’eau.
Gaw / Osmo L’autrichien GAW, par des solutions de filtration membranaire et d’osmose inverse, économise jusqu’à 20% d’eau. © Gaw / Osmo
Selon GAW, sa technologie, déjà employée par des entreprises en Allemagne, économise jusqu’à 20% de la ressource en eau. Reste à convaincre les entreprises françaises d’adopter cette méthode, plus coûteuse que l’approvisionnement en eau fraîche. «Nous discutons actuellement avec plusieurs papeteries en France. Confrontées à des pénuries d’eau, elles seront obligées de réduire leur consommation», prédit une représentante de l’entreprise en France.
Implantée en Bretagne, Thrasos, labélisée «greentech» par les pouvoirs publics, veut adapter le nettoyage industriel à chaque équipement et aux spécificités de la production pour éviter le surnettoyage, gourmand en eau. Après avoir réalisé un audit de l’entreprise et identifié les circuits et infrastructures, un logiciel optimise le nettoyage intégré aux installations. La jeune pousse débute la commercialisation de sa solution cette année, via un abonnement. «Nous arrivons à atteindre 40% d’économie d’eau», indique le fondateur, Mahieddine Chergui, qui constate un intérêt «de plus en plus important» de la part des industriels.
Oscar vise l’irrigation de précision
Alors que l’agriculture consomme les deux tiers de l'eau douce produite par la planète, la start-up Osiris, fondée par trois fils d’agriculteurs, cherche à rationaliser l’arrosage. S’appuyant sur l’intelligence artificielle, Oscar, son tracteur autonome, est capable d’abreuver en une journée jusqu’à 20 hectares, tout en augmentant «de 10% le rendement sur des parcelles de pommes de terre à quantité d’eau constante», selon Léon Guyard, l’un des fondateurs.
Des économies réalisées grâce à un système de compilation de données agronomiques au sein des parcelles, appelé «modulation intra parcellaire». Des caméras détectent le stade de croissance de la plante, tandis que des capteurs mesurent l’humidité du sol. L’ensemble permet de trouver la dose d’eau idoine.
Pierre-Henri Girard-Claudon



