Mistral AI, championne française de l'intelligence artificielle générative

[Les pépites françaises de l’IA générative 2/5] Tout le monde, ou presque, a entendu parler d’intelligence artificielle générative. ChatGPT, mis au point par l’américain OpenAI, est sans doute l’agent conversationnel le plus connu. Mais la France a aussi quelques atouts à faire valoir avec un écosystème émergeant. Mistral en est le chef de file.

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Guillaume Lample, Arthur Mensch et Timothée Lacroix, cofondateurs de Mistral AI
Les cofondateurs de Mistral AI : Guillaume Lample, Arthur Mensch et Timothée Lacroix.

Un français dans les pas de l’américain OpenAI. La start-up spécialisée dans l’intelligence artificielle (AI) générative Mistral AI s’est lancée mi-2023. Alors même qu’elle n’avait pas encore mis au point son premier grand modèle de langage (LLM), elle faisait les gros titres de la presse. Les noms de ses fondateurs n’y sont pas pour rien : Arthur Mensch, Guillaume Lample et Timothée Lacroix. Le pédigrée de ces chercheurs en IA, formés à l’X ou l’ENS et passés chez Facebook ou DeepMind (Google) séduit aussi les investisseurs. 105 millions d’euros sont levés en amorçage durant l’été 2023. Puis 385 millions d’euros à l’occasion d’une série A annoncée début décembre. De quoi valoriser Mistral AI à près de 2 milliards de dollars, selon Bloomberg.

La start-up allemande concurrente, Alpha Aleph, a quant à elle levé près de 500 millions d’euros début novembre. Si ces sommes peuvent sembler dérisoires par rapport aux milliards collectés par OpenAI, cela n’est pas forcément un obstacle à leur progression. «Pour un acteur en rattrapage sur une technologie, cela coûte dix fois moins cher de la développer», assure auprès de L’Usine Nouvelle Guillaume Avrin, le coordinateur français de la stratégie sur l’IA. Reste que toute société du secteur doit financer la puissance de calcul nécessaire pour tester et entraîner ses modèles. A ce niveau, son rapprochement avec Microsoft doit probablement aider OpenAI à accéder à des prix préférentiels.

Déjà deux grands modèles de langages

Depuis sa création, Mistral AI œuvre à la mise au point de LLM susceptibles de rivaliser avec ceux d’OpenAI. Fidèle aux valeurs de l’open source, elle publie les paramètres de ses modèles pour qu’ils soient testés, améliorés et adaptés aux cas d’usages. Avec seulement 22 salariés, dont la plupart sont des ingénieurs, elle a publié son premier modèle Mistral 7B qui compte 7 milliards de paramètres. Il a été téléchargé plus d’un million de fois et la start-up affirme qu’il est plus économe en énergie que ceux de ses concurrents. Avec son deuxième modèle de langage Mixtral 8x7B, la pépite assure dépasser les performances de son modèle précédent tout en étant plus efficace et égaler les performances de ChatGPT 3.5. Mistral AI ne veut pas entrer dans une course aux paramètres mais plutôt proposer des modèles plus simples et tout aussi pertinents.

Logiquement, l’étape d’après est la commercialisation. Mistral AI a mis au point une plateforme commerciale pour intégrer directement les modèles de génération de texte Mistral 7B et Mixtral dans des applications. Accessible en version beta, la plateforme doit être rendue disponible tout début 2024. L’idée est de faciliter la création d’applications spécifiques comme des agents conversationnels type ChatGPT ou des outils d’analyse. Une version déployable au sein des infrastructures techniques des entreprises sera prochainement proposée. La start-up ne précise pas de date. Et elle envisage aussi de se lancer dans la génération d’images pour compléter son offre.

Des fonds américains mènent la levée de fonds

En quelques mois seulement, Mistral AI a su faire porter sa voix au plus haut niveau de l’État. Arthur Mensch était le seul entrepreneur français au côté du gouvernement français lors du Sommet sur la sécurité de l’IA à Bletchkey Park. Cela n’est pas étonnant. Cédric O, ancien secrétaire d’État au numérique, a le titre de co-fondateur sans avoir de rôle opérationnel dans la start-up. Il mène le lobbying de la pépite française, notamment lors des débats autour de l’AI Act pour lequel les instances européennes sont parvenues à un accord. L’argument principal étant de ne pas brider l’innovation pour réglementer l’IA.

Si la pépite est basée en France et entend le rester, elle séduit outre-Atlantique. Sa dernière levée de fonds a été menée par Andreessen-Horowitz (a16z) et LightSpeed Ventures… deux fonds américains. Pourtant, l’objectif de Mistral AI est de «créer un champion européen à vocation mondiale en intelligence artificielle générative, basé sur une approche ouverte, responsable et décentralisée de la technologie», comme le rappelle son CEO Arthur Mensch dans un communiqué. Un champion européen certes, mais avec des actionnaires américains au capital. La start-up rassure : les fondateurs sont actionnaires majoritaires et gardent le contrôle. Un détail essentiel, qui importe au-delà de l'enjeu de souveraineté. Comme l'a rappelé l'éviction temporaire du CEO d’OpenAI Sam Altman par son conseil d'administration.

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