Les quatre défis à relever pour les start-up industrielles (2/4) : le casse tête de l'industrialisation

A quels défis sont confrontées les start-up industrielles françaises ? Après le financement, vient rapidement la question de l'industrialisation. Un véritable casse-tête.

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Pour industrialiser ses membranes ondulantes pour pompes cardiaques, Corware a fait appel à des profils expérimentés.

Pour avoir un retour sur investissement le plus vite possible, les start-up industrielles doivent tout faire en même temps. « Le vrai défi a été de mener en parallèle la R&D et l’élaboration d’un process industriel capable de produire en grande quantité », résume Julien Blanchard.

Créé en 2015, Hoffmann Green Cement a monté sa première usine de ciment décarboné en 2019 et édifie maintenant une usine verticale de 70 mètres de hauteur. « Nous n’avions ni référence ni modèle. Nous nous sommes entourés de spécialistes, comme le fabricant de malaxeurs allemand Eirich, qui nous a conseillés pour la qualité de mélange de nos matériaux », détaille l’industriel, qui précise avoir refusé toute concession sur le produit pour simplifier la production.

"Obsédés par la scalabilité"

À l’inverse, la plupart prennent en compte les contraintes industrielles dès la conception. C’est l’approche de Stations-e, qui fabrique, dans l’Essonne, des bornes de recharge électrique à l’architecture modulaire. Dans un secteur qui explose, « il faut penser à la fois au produit et à son déploiement express », explique son dirigeant, Alain Rolland, qui a choisi d’utiliser un bloc de béton préfabriqué pour pouvoir installer une station en huit heures. Il vise un millier de points de charge déployés d’ici à la fin d’année. « Nous sommes obsédés par la scalabilité : tous les jours nous nous demandons si ce que nous faisons fonctionnera lorsque nous devrons faire 100 fois plus », abonde Benjamin Saada, dont la start-up Fairmat planche sur le recyclage mécanique des composites et s’interroge déjà sur la mise à l’échelle de ses installations de test.

Pour construire ses lignes, le fabricant de remorques électriques K-Ryole a bénéficié de la rencontre d’un ancien directeur industriel de Renault et de la visite d’une usine du groupe. « Un coup de chance qui nous a fait gagner dix ans ! », estime son fondateur, Nicolas Duvaut.

Face aux besoins, un écosystème d’aide à l’industrialisation se développe. « Toutes les start-up se heurtent à une phase de passage à l’échelle industrielle critique et complexe », justifie Vincent Despatin, le cofondateur de l’agence Kickmaker, qui a accompagné les boîtes à histoires Lunii, les enceintes Devialet et les sondes périnéales Fizimed. Doté d’une micro-usine et de 200 ingénieurs dédiés, ce «bureau des méthodes externalisé» aide à prototyper et tester un produit, ou rédige le cahier des charges de la production.

Des industriels partenaires

Les industriels ne sont pas en reste. À l’image de Michelin, avec son service d’industrialisation axé mécanique Start2Prod à Lyon, et de Bosch, qui ouvre son usine de Mondeville (Calvados) aux start-up d’IoT. « Prototypage, design to cost, validation de produit… Nous apportons notre expérience issue du marché automobile et notre force d’achat pour identifier et négocier avec les bons fournisseurs », explique Jean-Baptiste Yvon, le directeur d’Axandus, l’accélérateur industriel du groupe EFI Automotive. Depuis 2015, le programme a bénéficié à 130 start-up, de la simple consultation à la mise en place de lignes complètes, par exemple pour Primo1D, spin-off du CEA-Leti.

Beaucoup finissent par internaliser ces compétences industrielles dans leurs équipes, en débauchant des profils expérimentés. Corwave a par exemple recruté Michael Webb comme vice-président de la fabrication, un Australien ayant vingt ans d’expérience dans les pompes cardiaques. «Nous avons fait venir relativement tôt des personnes habituées à produire en série dans les dispositifs médicaux», confirme Louis de Lilliers, le directeur général de la start-up. De quoi assurer la qualité de sa production et faire face à la myriade de normes qui encadrent ce marché.

Quatre lieux pour industrialiser

Axandus. Issu du groupe EFI Automotive, l’accélérateur industriel de Beynost (Ain) se spécialise dans les produits mécatroniques. Capteurs routiers pour Altaroad, robot submersible pour Acwa... Axandus accompagne les start-up aussi bien dans la conception de produits et de lignes que dans l’achat de composants.

Kickmaker. L’agence parisienne de design et d’industrialisation Kickmaker développe des produits high-tech, jusqu’à l’assemblage de premières séries. Dotée d’une micro-usine, elle accompagne de grands groupes, mais aussi des start-up, dont Wandercraft (exosquelettes) et Drone Volt (drones civils).

Start2Prod. Mécanique, électronique, gestion des fluides... L’offre Start2Prod d’Imeca (filiale de Michelin dédiée au prototypage) accompagne notamment des projets de mobilité et d’hydrogène tels que les piles à combustible de Symbio et les vélos à hydrogène de Pragma Industries.

Bosch Mondeville. Élu usine de l’année 2017, le site de Mondeville (Calvados) s’est diversifié dans l’accompagnement et la sous-traitance pour les start-up électroniques. Une stratégie reprise par l’usine automobile de Bosch à Marignier (Savoie), qui a annoncé début 2021 le lancement de l’offre de sous-traitance d’assemblage Alpsolu.

A lire aussi : "L'argent ou la mort", "Vite une usine" et "A la conquête du monde"

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Vous lisez un article du numéro 3706 de L'Usine Nouvelle - Mai 2022

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