Les Etats-Unis lancés dans la course à la future 6G avec Next G Alliance

Avec la création de la Next G Alliance, les Etats-Unis veulent prendre leur revanche sur la Chine dans les technologies mobiles en s’imposant comme le leader de la future 6G. Le projet englobe le cycle de vie complet de développement de cette technologie, de la recherche à la préparation au marché. La course est lancée.

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Samsung livre blanc sur la 6G
6G, la prochaine bataille de mobiles que les Etats-Unis veulent gagner.

Next G Alliance. C’est le nom de l’initiative lancée le 13 octobre 2020 par l’ATIS (Alliance for Telecommunications Industry Solutions), le syndicat professionnel des télécoms en Amérique du Nord. Sa mission : imposer le leadership nord-américain dans les futures générations de mobiles 6G et au-delà au cours de la prochaine décennie.

Le projet englobe le cycle de vie complet du développement, de la recherche jusqu’à la préparation au marché, en passant par la normalisation ou encore la fabrication.

Pas de membres chinois

Le consortium réunit 17 membres fondateurs : des opérateurs télécoms (AT&T, Bell Canada, Charter Communications, TELUS, T-Mobile, UScellular et Verizon), des équipementiers télécoms (Ciena, Samsung, Ericsson et Nokia), des pourvoyeurs de technologies mobiles (InterDigital et Qualcomm), des géants de l’internet (Facebook et Microsoft) et des ingénieristes des communications sans fil (JMA Wireless et Telnyx). D’autres industriels sont invités à le rejoindre. Si la plupart de ses membres son nord-américains, il comprend deux européens (Nokia et Ericsson) et un sud-coréen (Samsung). N’attendez pas d’y voir des membres chinois tels que Huawei et ZTE, les deux bêtes noires de l’administration Trump.

" Alors que les pays du monde entier mettent en œuvre des initiatives de recherche et de développement ambitieuses dans la 6G, il est essentiel que l'industrie nord-américaine décide de développer une feuille de route collaborative pour faire progresser sa position de leader mondial au cours de la prochaine décennie, déclare Susan Miller, présidente de l'ATIS. C'est exactement ce que fait le travail de la Next G Alliance - de la recherche à la commercialisation – en jetant les bases d'un marché dynamique pour l'innovation nord-américaine dans les futures générations de mobiles. "

La course à la 6G est lancée. Avec cette initiative, les Etats-Unis entendent prendre leur revanche sur la Chine qui domine aujourd’hui la 5G avec Huawei, un équipementier télécoms considéré comme le plus avancé dans le domaine. L’administration Trump a fait de la maitrise de la 5G un élément essentiel de souveraineté et sécurité nationale, au point de tout faire pour exclure Huawei et ZTE non seulement des Etats-Unis mais aussi des pays alliés les plus proches comme l’Australie, le Canada ou le Royaume-Uni.

Retard des Etats-Unis dans la 5G

Alors que le déploiement de la 5G ne fait que commencer, l’industrie planche déjà sur la génération d’après. Huawei ne s’est pas privé de livrer sa vision de la 6G avec la volonté de perpétuer sa domination, ce que Washington veut éviter à tout prix. Samsung, qui affiche de grandes ambitions dans les équipements de réseaux mobiles, a fait de même.

" L'alliance Next G constitue une étape majeure pour faire des États-Unis et du Canada une puissance de R&D dans la 6G et placer l'Amérique du Nord au centre de ces développements, commente Dimitris Mavrakis, analyste au cabinet ABI Research. L'Amérique du Nord a pris du retard par rapport aux autres régions du monde dans la 5G, principalement à cause de l'absence d’équipementiers d'infrastructure de premier rang nord-américains. L'alliance Next G vise à créer une coalition pour faire de l'Amérique du Nord un leader incontesté de la 6G. Cela ne signifie pas nécessairement que la fragmentation géographique se profile dans la 6G, mais plutôt que les entreprises ayant des intérêts américains et canadiens auront une voix unifiée autour d’un seul objectif: faire de l'Amérique du Nord le leader incontesté de la 6G et au-delà. "

L’Amérique du Nord dispose d’équipementiers de cœur de réseau comme Cisco, HPE, Juniper Networks ou Palo Alto Networks dans les routeurs, Ciena, Aviat Networks, Adtran ou Comtech dans les transmissions optiques, Qualcomm dans les puces et les brevets, mais pas d’équipementiers d’infrastructures mobiles. Ses trois grands équipementiers mobiles - Nortel, Motorola et Lucent Technologies - ont disparu à la faveur des transitions vers la 3G puis la 4G. Les Etats-Unis dépendent dans la 5G exclusivement des européens Nokia et Ericsson, et du sud-coréen Samsung.

Révolution par le logiciel

A chaque nouvelle génération de mobiles, l’empreinte du logiciel dans les réseaux s’accroit. La 5G pourrait être un tournant majeur avec l’éclosion d’équipements logiciels ouverts tournant sur des matériels banalisés, interchangeables et moins chers que les équipements propriétaires traditionnels. Une révolution qui ouvre le marché à de nouveaux acteurs audacieux comme AltioStar, Mavenir, JMA Wireless, Parallel Wireless, Radisys, Dali Wireless ou Phluido Technology, presque tous américains. Mavenir se prépare d'ailleurs à faire son entrée en Bourse sur le Nasdaq de New York. Preuve de maturité de ce marché selon les analystes. Les Etats-Unis, qui dominent allègrement le logiciel avec neuf éditeurs dans le Top 10 mondial (seul l’allemand SAP y est présent) et les puces avec Qualcomm, disposent de sérieux atouts pour revenir dans la course.

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