En Bretagne sud, la voile de compétition représente plus de 210 entreprises et génère un chiffre d'affaires de 83,5 millions d'euros. L'activité se concentre sur une bande de 100 km ayant comme épicentre Lorient, où se trouve la Sailling Valley, un centre de 26 hectares où sont regroupés skippers et industriels. Tous les quatre ans, le Vendée Globe tracte l'innovation et dynamise l'ensemble du territoire, comme nous l'explique Carole Bourlon responsable du cluster Eurolarge Innovation porté par Bretagne Développement Innovation, dont la vocation est d’animer la filière voile de compétition.
L'Usine Nouvelle. - Comment expliquer la concentration d'entreprises tournées vers la voile de compétition dans le Sud Bretagne ?
Bretagne Développement Innovation Carole Bourlon. - La Bretagne a toujours été une terre de marins. Elle représente 5% du territoire français mais un tiers de ses côtes.
Pour expliquer un tel attrait, il faut remonter aux années 90, avec la reconversion de la base militaire de Lorient en zone industrielle dédiée à la voile de compétition et au nautisme grâce à des fonds européens. C'est la naissance de la Sailing Valley. Le projet a tout de suite pris et plusieurs skippers s'y sont installés.
Le deuxième facteur est la création du centre d'entrainement dans le port de Port-la-Forêt, qui a fait passer les coureurs au rang de sportifs professionnels et a formé des générations de navigateurs exceptionnels (François Gabart, vainqueur en 2012 ou Armel Le Cleac'h, vainqueur en 2016). Aujourd'hui, 60% des navigateurs du Vendée Globe sont installés avec leurs teams au cœur de la Sailing Valley. Il faut aussi parler d'Eric Tabarly qui a joué le rôle d’homme providentiel pour la filière voile de compétition de Lorient. En 2008 d'ailleurs, la création de la Cité de la voile lui rend hommage.
Aujourd'hui, quel poids représente la voile de compétition dans le Morbihan ?
Il est très important et ne cesse de prendre de l'ampleur. Les chantiers navals d'excellence ont une réputation internationale, comme CDK Technologies à Lorient, Heaol Composites à Trefflean (Morbihan), Multplast à Vannes ou encore le cabinet d'architecture VPLP à Vannes, dont les bateaux ont gagné le Vendée Globe 2012 et 2016. Sur les 33 bateaux du Vendée Globe cette année, 18 ont été construits, modifiés ou dessinés en Bretagne sud, et cinq des huit des IMOCA nouvelle génération sortent des chantiers navals breton. Aujourd'hui, ce sont plus de 210 entreprises qui participent à la voile de compétition, implantées sur une bande de 100 km de long autour de Lorient. Elles représentent 83,5 millions d'euros de chiffre d'affaires et 980 emplois, rien que pour la course au large. Le reste de l'année, 40% d'entre-elles ont aussi des activités nautisme et plaisance. Cela leur permet de continuer à travailler entre les courses. Juste dans le pays de Lorient, on compte plus de 48 entreprises tournées vers la voile de compétition. Les teams de course, hors construction de bateaux, dépensent 58 millions d'euros de frais de fonctionnement.
Quel impact a eu la crise sanitaire sur la filière ?
Les industriels anticipaient une baisse de 20% de leur chiffre d'affaires en moyenne et une baisse des emplois de l'ordre de 3%, principalement des emplois intérimaires. Mais c'est après le Vendée Globe qu'on pourra faire les comptes. Quels sponsors vont décider d'arrêter l'aventure ou contraire, combien vont se décider à la rejoindre ? Personnellement je suis confiante, car un certain nombre de secteurs historiquement investis dans la course au large se portent bien, comme l'alimentaire ou la bureautique. D'autres pourraient les rejoindre, comme la cyber-sécurité. C'est important car le Vendée Globe tracte l'ensemble de la filière voile bretonne. 2021 sera donc une année charnière car, comme beaucoup de monde, on ne sait pas ce qui va se passer.
Quelques chiffres sur la filière voile bretonne :
- Nombre d'entreprises : 210
- Chiffre d'affaires : 83,5 millions d'euros en 2019
- Nombre d'emplois : 2 355 (nautisme plus voile de compétition)
- Vendée Globe 2020 : 18 bateaux (55%) construits, modifiées ou dessinés dans la région
- 60% des skippers installés dans la Sailing Valley



