Etude

Le Haut conseil sur le climat pointe les émissions de carbone supplémentaires qu'entraînera la 5G

Selon les chiffres d’un rapport du Haut conseil pour le climat publié le 19 décembre, l’arrivée de la 5G sera néfaste pour l’empreinte carbone française. L’institution indépendante détaille plusieurs scénarios d’utilisation de la nouvelle génération de communication mobile, et propose des mesures pour en limiter l’impact et responsabiliser l’industrie.

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Antenne 5G
Les usages et le renouvellement des équipements induit par la 5G entraîneront l'émission d'importantes quantités de dioxyde de carbone, s'alarme le Haut Conseil pour le climat

Dans le débat houleux qui entoure la 5G et son impact environnemental, c’est un avis qui fera date. Sans refus de principe de la nouvelle génération de communication mobile, la position du Haut conseil pour le climat – l’organisme indépendant chargé d’évaluer l’adéquation des politiques publiques de la France avec sa stratégie bas carbone –  est claire : avec la 5G davantage de carbone sera émis dans le monde et la consommation d’électricité augmentera dans l’hexagone. Une situation qui doit être prise en compte par les politiques et les industriels si la France veut conserver une chance de rester dans les clous de ses engagements climatiques, prévient le Haut Conseil pour le climat dans son rapport, paru le 18 décembre.

Trois scénarios

Intitulé Maîtriser l’impact carbone de la 5G, le rapport d’une trentaine de pages a été écrit en réponse à une saisine du Sénat, appelant à une étude d’impact environnemental du déploiement de la 5G en France. “C’est le premier rapport que nous écrivons à propos de l’impact d’une technologie sur les émissions de gaz à effet de serre”, commente Corinne Le Quéré, la climatologue à la tête du Haut conseil pour le climat, lors d’une présentation face à la presse.

Problème : la 5G n’est pas une brique unique, mais un ensemble de technologies qui, rassemblées, forment le standard de la cinquième génération de communication mobile. Logiquement, “les émissions associées à ce nouveau standard vont dépendre de plusieurs facteurs : des modalités d’implémentation retenues, de l’évolution de l’offre de service, des usages potentiels et enfin du renouvellement des terminaux”, liste Corinne Le Quéré.

Pour pouvoir se prononcer, les experts de l’instance consultative ont donc mis au point trois scénarios de déploiement plus ou moins complet de la 5G, ainsi que deux scénarios de référence, qui conservent la 4G couplée à du wifi. Les scénarios jouent notamment sur les bandes fréquences utilisées, les plus émissifs utilisant davantage les fréquences les plus hautes, autour de 3,5 et de 26 gigahertz, qui permettent plus de débit mais requièrent davantage d’antennes.

L'impact carbone de la 5GHCC
L'impact carbone de la 5G L'impact carbone de la 5G

La fabrication des terminaux pointée du doigt

Le bilan est mauvais : “selon l'intensité du déploiement, l’impact carbone de la 5G pourrait ajouter entre 2,7 et 6,7 millions de tonnes de dioxyde de carbone équivalent en 2030, la majeure partie étant des émissions importées”, alerte Corinne Le Quéré. Un chiffre important si on le compare à l’empreinte du numérique en France, qui s'élève à 15 millions de tonnes de CO2 aujourd’hui. La consommation électrique, elle, augmenterait de 16 à 40 TWh d’ici la fin de la décennie.

Malgré sa tendance à être plus économe à usage égal, la 5G augmenterait donc la demande d’électricité, en raison de l’augmentation du trafic généré, mais aussi de la consommation des datacenters nécessaire pour orchestrer le réseau cellulaire.

Impact de la 5G causesHCC
Impact de la 5G causes Impact de la 5G causes

Autre leçon d’importance pour les industriels : à l’image de l’ensemble du numérique, l’empreinte carbone de la 5G tient d'abord à la fabrication des équipements, et pour plus de moitié à celle des terminaux. C’est-à-dire des smartphones et objets connectés qui communiqueront via la 5G, et dont le nouveau standard accélérera le renouvellement. Des émissions qui auront principalement lieu à l’étranger en raison de la structuration de l’industrie électronique.

Gains douteux, danger météo établi

Quid des usages ? Certes, l’augmentation des débits, la réduction de la latence et la multiplication des terminaux connectés pourront, dans certains cas, permettre des applications bénéfiques pour le climat, reconnaît le Haut conseil pour le climat, qui cite par exemple le télétravail ou l’utilisation de terminaux mobiles pour remplacer des appareils fixes plus énergivores.

Mais attention : “d’autres usages peuvent au contraire augmenter les émissions, d’autant qu’un effet rebond est à craindre sur les économies”, estime Corinne Le Quéré. Jugeant que “nous n’avons pas aujourd’hui les évaluations adéquates pour affirmer le potentiel réel de la 5G pour la transition bas carbone”, elle appelle à davantage d’études sur le sujet.

Au contraire, un danger est établi : la perte de sensibilité des satellites météorologiques. Ces derniers, très dépendant des ondes millimétriques autour de 26 GhZ pour analyser les masses de vapeur d’eau, pourraient voir leurs prédictions se dégrader significativement si des mesures concertées au niveau global pour leur sauvegarder une bande fréquence ne sont pas mises en œuvre.

Vigilance

Alors que faire ? Le Haut conseil pour le climat ne se contente pas de pointer le risque d’augmentation significative de l’empreinte carbone, et propose plusieurs mesures pour tenter de concilier la 5G et les engagements environnementaux de la France. L’instance prend d’abord position pour de futures études d’impact environnemental avant l’attribution de nouvelles fréquences. “Nous prônons depuis le premier rapport qu’il y ait des évaluations en amont de toutes les lois et grands projets qui sont mises en place en France”, rappelle Corinne Le Quéré. Le Haut conseil pour le climat appelle par ailleurs à modifier le code européen des télécommunications afin de faire de l’impact climatique une exception reconnue au principe de neutralité technologique qu’il impose.

Côté industrie, l’heure serait à la responsabilité, pour obliger les opérateurs disposant de fréquences 5G et l’ensemble des acteurs du numérique à quantifier et maîtriser leur empreinte carbone. Une recommandation qui entre en résonance avec la récente publication de l’Arcep prônant lui aussi une régulation de l’empreinte carbone du secteur et l’éducation des utilisateurs pour favoriser les bonnes pratiques. Fidèle à son habitude enfin, le Haut conseil pour le climat met en avant les émissions importées, par le biais des équipements, et appelle à la mise en place de mécanismes pour les prendre en compte et les réduire.

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