« Le conflit en Ukraine constitue un réveil et nous réalisons que nous sommes dans un nouveau monde avec la guerre au pas de notre porte. » C’est par cette note grave qu’Eric Béranger, le PDG de MBDA, a présenté mercredi 6 avril les résultats financiers du missilier européen. Si le groupe affiche en 2021 des résultats à la hausse, son patron se refuse pour l’heure d’évaluer l’impact financier de la guerre en Ukraine pour le groupe. Mais elle pourrait bien accélérer le développement d’armes de pointe…
Le groupe appartenant à Airbus (37.5%), BAE Systems (37.5%) et Leonardo (25%) a enregistré en 2021 un chiffre d’affaires de 4,2 milliards d’euros (à 50/50 entre les marchés nationaux et l'export), en augmentation de 16%, dépassant pour la première fois le seuil des 4 milliards d’euros. Les prises de commandes sont mêmes supérieures, à 5,1 milliards d’euros. Quant au carnet de commandes, il atteint 17,8 milliards d’euros, contre 16,6 milliards en 2020.
Reste que MBDA espère que les Etats auront conscience de la nécessité d’investir dans les armes de demain, malgré l’urgence actuelle. Car si le groupe bénéficie de la hausse tendancielle des ventes d’armes dans le monde ces dernières années, son patron prévient : « la production d’armes est importante, mais il ne faut pas pour autant oublier les besoins en développement de capacités […] si l’on veut offrir une supériorité opérationnelle sur le terrain ».
Les missiles hypersoniques, axe stratégique
Autrement dit, la souveraineté européenne ne passe pas seulement par la production et le stockage d’armes mais aussi par la mise au point de solutions militaires de pointe capables de faire la différence sur le champ de bataille. Et en la matière, MBDA planche sur toute toute une palette de nouvelles technologies, dont le groupe ne dévoile des détails qu’avec parcimonie… Axe incontournable de développement, aujourd’hui très médiatisé : les missiles hypersoniques, des engins fonçant à plus de 6000 km/h considérés comme stratégiques car très difficiles à intercepter. L’usage affiché par la Russie de ces missiles dans le conflit ukrainien a relancé l’enjeu de leur mise au point, la Chine et les Etats-Unis étant également en avance sur le sujet.

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« Nous travaillons sur cette technologie depuis des décennies, assure Eric Béranger. Nous sommes en train de développer un produit hypersonique et en termes de capacités MBDA n’a rien à envié à qui que ce soit. » Une remarque qui fait directement référence à la coopération récemment évoquée entre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie en matière de missiles hypersoniques dans le cadre de leur pacte de sécurité Aukus.
Toute une gamme d'armes lasers en développement
Dans le cadre du développement des missiles hypersoniques, MBDA travaille de concert avec le centre français de recherche aérospatiale (Onera) et d’autres partenaires. Le groupe a précisé au passage lors de la conférence de presse sa participation au sein du projet de missile ASN4G (successeur de l’ASMPA, missile de croisière de l’armée française). Censé entrer en service vers 2035, il pourrait être à bord du futur avion de combat européen du programme Scaf, qui doit remplacer les Rafale et les Eurofighter à l’horizon 2040.
L’enjeu des armes hypersoniques ne concerne pas seulement la mise au point de missiles, mais aussi celle de système de défense contre ce type d’armes nouvelles. Le missilier européen est au cœur de Twister : un ambitieux projet européen de système anti missiles qui doit entrer en service en 2030, basé sur un intercepteur multi-rôle européen endo-atmosphérique (volant à basse altitude), capable de contrer les nouvelles menaces type missiles hypersoniques et haut-hypersoniques.
Autre solution militaire que concocte MBDA : les armes à énergie dirigée, autrement dit les lasers. Le groupe est passé à l’offensive ses dernières années en multipliant les initiatives. En témoigne le tandem formé avec Safran pour la reprise de Cilas, PME du Loiret de 270 salariés spécialisée dans les lasers militaires. Les négociations exclusives ont démarré fin 2021. Son savoir-faire dans les lasers de faible puissance touche notamment à l’interception de missiles et de drones.
L'intelligence artificielle bientôt sur le champ de bataille
Dans une gamme un cran au-dessus – moins de 100 kW de puissance – , MBDA s’est associé en 2021 avec l’allemand Rheinmetall pour développer une arme laser destinée à l’environnement maritime. Un démonstrateur est en cours de développement et pourrait être embarqué sur une frégate dans le courant de l’année. Pour les lasers haute énergie, MBDA participe également au projet Dragonfire de tourelle laser anti-aérienne.
Pour l’heure peu présente sur le champ de bataille, l’intelligence artificielle devrait se faire une place de plus en plus importante. MBDA se penche sur son emploi militaire depuis près de cinq années environ. L’intelligence artificielle pourrait améliorer l’identification et la discrimination des cibles. Mais elle pourrait aussi être au cœur des essaims de missiles, capables ainsi de se reconfigurer en permanence au gré des obstacles et de l’état des cibles. Une technologie qui devrait être au cœur du SCAF mais aussi du Tempest britannique.
Sur le plan de la recherche, MBDA a inauguré en 2019 à Bordeaux un laboratoire d'essais avec ALPhANOV, le centre technologique Optiques et lasers. Un centre d'essais unique en Europe équipé de sources laser de puissances réglables et d'une batterie d'instruments de mesure permettant de tester les effets de ces armes sur différents matériaux. De quoi aider à mettre au point les architectures des futurs systèmes laser.
La production d’armes en hausse et les besoins croissants en développement devraient donc porter la croissance de MBDA ces prochaines années, tout comme ses quelque 1700 sous-traitants présents en France, allant de groupes tels que Thales et Safran à une myriade de PME spécialisées. Après avoir embauché 1100 personnes en 2021, le missilier qui emploie aujourd’hui 13000 salariés table sur le recrutement de 1500 collaborateurs en 2022.



