La France a effectué le 23 mars un tir de qualification de son missile stratégique de moyenne portée. Le missile, qui ne portait pas de charge militaire, a été tiré depuis un Rafale qui avait décollé de la base aérienne de Cazaux (Gironde). Un tel tir n’est jamais anodin, c’est toujours un message adressé aux potentiels adversaires. Qui plus est, quand ce missile est potentiellement capable de porter une charge nucléaire ! C’est le cas de l’ASMPA (Air-sol moyenne portée amélioré), le missile qui équipe les Rafale des Forces aériennes stratégiques de l’armée de l’Air et la Force aéronavale nucléaire de la Marine nationale. Et c’est encore moins anodin alors que le conflit ukrainien bat son plein et que la Russie a évoqué avoir mis en alerte ses forces nucléaires.
« Ce succès marque l’entrée en phase de production du missile ASMPA rénové», a indiqué le ministère des Armées dans un communiqué diffusé après le tir. Le test a impliqué différents industriels : l'avionneur Dassault Aviation et le fabricant de missiles MBDA ainsi que l’Onera, le centre français de recherche aérospatiale.
Un marqueur de crédibilité technique et opérationnelle
Ce succès est aussi un rappel clair de la crédibilité technique et opérationnelle de la dissuasion nucléaire française. Il s’agit de montrer que la France est prête, quelle que soit la tournure de la guerre en Ukraine. Surtout que la tension est montée d’un cran quand les forces russes ont utilisé pour la première fois à l’occasion d’un conflit leurs missiles hypersoniques de nouvelle génération. Il s’agissait autant de détruire un entrepôt souterrain de munitions de l’armée ukrainienne que de frapper les esprits de l’ensemble des parties prenantes au conflit, militaires comme civils. «Avec ce type d’attaque, les Russes envoient le message qu’ils ont la capacité de frapper leurs adversaires où et quand ils le veulent, d’une manière précise, sans qu’on puisse intercepter ce qu’ils tirent», analyse Patrick Chevallereau, vice-amiral, ancien pilote de l’aéronautique navale et également chercheur associé à l'Iris (Institut des relations internationales et stratégiques).

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Aujourd’hui, ces armes hypersoniques sont considérées comme des game changers par les grandes puissances militaires. «Le caractère des opérations militaires futures sera indubitablement affecté par des systèmes revalorisant la surprise, brutalisant les cycles décisionnels, brouillant les perceptions et accroissant la liberté d’action des États dans une série de scénarios», indique le chercheur Joseph Henrotin dans son étude « Armes hypersoniques : quels enjeux pour les armées», publiée en juin 2021 par l’Ifri (l’Institut français des relations internationales).
L'avantage de trajectoires imprévisibles
Quelles sont les caractéristiques de ces armes qui mettent à mal les défenses antiaériennes et antimissiles de l’adversaire ? D'abord, comme leur nom l'indique, leur célérité. Les armes hypersoniques foncent sur leurs cibles à des vitesses supérieures à Mach5 (cinq fois la vitesse du son), soit environ 6000 km/h. Mais aussi leur manœuvrabilité. Contrairement à des missiles balistiques intercontinentaux, qui ont des trajectoires prévisibles, certains de ces missiles équipés de volets et d’ailerons peuvent rebondir sur les différentes couches de l’atmosphère pour changer de direction et rendre leurs trajectoires imprévisibles.
Toutes les grandes puissances militaires s’intéressent aux armes hypersoniques. « In fine, les systèmes hypersoniques deviennent un "attracteur stratégique" : au-delà de leur utilité militaire, ils deviennent des emblèmes de la modernisation capacitaire des États et des marqueurs de puissance», analyse encore le chercheur Joseph Henrotin.
Il existe deux familles de ces armes hypervéloces. Soit des planeurs, soit des missiles de croisière à vitesse hypersonique. Les premiers sont lancés à l’aide d’un moteur-fusée et passent par la haute atmosphère, tandis que les seconds volent à une altitude d’environ 20 à 30 km avec une portée plus courte. «S’agissant des pays s’intéressant aujourd’hui à cette technologie, la Russie, la Chine et les États-Unis sont considérés comme étant les plus avancés dans le développement et le déploiement d’armes hypersoniques. L’Inde, l’Australie, le Japon et la France ont atteint différents stades de la recherche et du développement, tandis que l’Allemagne, l’Iran, Israël, le Pakistan, la Corée du Sud, Taïwan, Singapour, le Brésil et le Canada affichent un intérêt théorique pour les applications de cette technologie», soulignait déjà une note diffusée par l’assemblée parlementaire de l’Otan en novembre 2020.
Un défi technologique pour la filière de l'armement
La France est engagée dans cette course d’armes aux grandes vitesses. Elle prépare déjà le successeur de son missile sol-air ASMPA qui vient d’être testé dans sa dernière version. Celui-ci avait déjà marqué une grande avancée, du fait de son mode de propulsion à des vitesses supersoniques grâce à son statoréacteur. Selon la DGA (Direction générale de l’armement), ce mode de propulsion permet, par rapport à un mode de propulsion fusée, de réduire considérablement l'encombrement et la masse du missile pour une portée et une charge utile données.
Pour atteindre des vitesses encore plus hautes, la France conduit deux autres programmes majeurs. D'une part, le missile ASN4G (Air-sol nucléaire de 4e génération). Il s'agit du successeur direct de l’ASMPA qui doit entrer en service vers 2035. Propulsé par un statoréacteur, il est présenté comme une rupture technologique «à même de pénétrer les défenses adverses les plus évoluées,
grâce à une combinaison de vitesse et d’agilité inédite». Le futur avion de combat européen du programme Scaf, qui doit remplacer les Rafale et les Eurofighter à l’horizon 2040, sera compatible avec une telle arme.
D'autre part, le démonstrateur de planeur hypersonique V-Max. Florence Parly, la ministre des Armées, avait officialisé dès 2019 le développement d’une telle arme. «Ce projet, V-max, sera un saut technologique pour bon nombre de nos capacités», avait-elle alors précisé. Selon le ministère, ce type de planeurs pourrait atteindre des vitesses de 6000 à 7000 km/h, soit la capacité de parcourir la distance entre Dunkerque et Nice en 12 minutes ! Le ministère des Armées tablait sur un premier vol de démonstrateur en 2021, mais aucune communication n’a été faite depuis.
Il faut dire que la mise au point de tels systèmes reste d’une grande complexité et pousse à leurs limites les connaissances en matière de calcul, de protection thermique et de propulsion. Cela nécessite notamment de concevoir des design aérodynamiques spécifiques et de mettre au point des matériaux de fuselage résistants à des températures de 2000°C, voire 3000°C sans subir une trop forte ablation. « Le coût d’accès aux technologies hypersoniques est élevé, tant en termes budgétaires que de ressources humaines et de savoir-faire », rappelle le chercheur Joseph Henrotin. Un défi pour la filière française de l’armement, notamment pour ArianeGroup, MBDA et l’Onera qui sont au cœur de ces développements.



