Gérer des constellations dynamiques de plusieurs centaines, voire milliers de satellites, grâce à une nouvelle plateforme logicielle. C’est l’objectif de Leanspace, lauréat en juillet du volet spatial de France 2030. Depuis sa création en 2020, l'entreprise basée à Schiltigheim près de Strasbourg (Bas-Rhin) développe une plateforme qui permet aux opérateurs de satellites de mettre en place plus rapidement et plus simplement le «segment sol» d’une mission spatiale, à savoir le centre de contrôle, de communication et autres équipements terrestres qui permettent de gérer les satellites.
L’entreprise alsacienne travaille déjà notamment avec le toulousain Prométhée, qui a mis en orbite un nanosatellite d'observation de la terre, ou le rémois Latitude, qui a développé un micro-lanceur.
Le concurrent français de Starlink comme partenaire
Comptant une quarantaine de salariés pour un million d’euros de chiffre d’affaires en 2023, Leanspace vise de nouveaux clients avec Umbrella, le projet qui lui a valu une aide de France 2030 de 10,5 millions d’euros. «Nous nous adressons aux sociétés qui gèrent de grandes constellations, à partir de quelques dizaines de satellites, jusqu’à plusieurs centaines ou milliers, explique Guillaume Tanier, PDG et cofondateur de Leanspace. Ce sont des clients qui ont des besoins très importants en raison de la complexité de ces constellations.»
Pour Umbrella, Leanspace a monté un consortium avec le concepteur de constellations de satellites Constellation Technologies & Operations (Montigny-le-Bretonneux) et l’entreprise spécialisée dans la cybersécurité Cysec (entreprise suisse, avec une filiale française à Paris). La première sera l’utilisatrice pilote de la nouvelle technologie, la seconde intégrera des solutions de cryptage pour atteindre un niveau de sécurité post-quantique.
Gérer des constellations de satellites de différents constructeurs
L’enjeu du projet Umbrella est d’augmenter la performance de la plateforme actuelle de Leanspace, et d’y ajouter de nouveaux services pour gérer des constellations de satellites non seulement de plus en plus grandes, mais aussi hétéroclites, car composées de satellites fabriqués par différents constructeurs, de versions différentes…
Ces nouveaux développements comprendront un outil de supervision, qui permet de suivre l’état et les statuts de chaque satellite, quel que soit l’orbite, le format de données, le protocole de communication. «Notre technologie permet d’avoir un centre de contrôle pour toute la constellation et de gérer son hétérogénéité», reprend Guillaume Tanier. Le nouveau système prendra aussi en charge l’envoi des ordres de reconfiguration aux satellites en orbite. «C’est un peu le Graal, notre outil permettra d’envoyer de nouveaux ordres tous les jours si cela est nécessaire. Avant cela prenait des semaines», appuie Guillaume Tanier.
Avec son partenaire Cysec, la société souhaite renforcer la sécurité des communications bord-sol et de l’infrastructure elle-même, avec des serveurs et clouds sécurisés. Un enjeu important dans un domaine fortement mondialisé. Le consortium se penche enfin sur une dernière brique, le développement d’un digital twin, ou super simulateur, pour simuler l’ensemble de la constellation – satellites, antennes au sol, équipements – et faire des essais à grande échelle. Un outil qui sera développé à fois pour leur propre usage et qui pourra être vendu à des opérateurs de constellations.



