L'IA traque l'énergie perdue des process industriels

Plusieurs industriels se tournent vers des solutions d’intelligence artificielle pour optimiser la consommation énergétique de leurs usines et réaliser jusqu'à 10 % d'économies.

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Metron propose un logiciel qui collecte en temps réel et sur le cloud des données sur les installations industrielles. ArcelorMittal l’exploite dans certains de ses sites.

« On est un peu le Waze de l’énergie dans les usines. On montre le chemin le plus sobre sans rien changer à la qualité. » Voilà comment Arnaud Legrand, le président d’Energiency, définit le service que sa start-up propose aux industriels. Son logiciel d’intelligence artificielle, qui compile à la fois les données de production de l’usine et les prix de l’énergie, indique comment réaliser des économies d’énergie. Un outil clé, alors que la Première ministre Élisabeth Borne a donné aux entreprises l’objectif d’une réduction de 10 % d’ici à l’automne.

Pour réduire les consommations, le logiciel d’Energiency, une fois les données analysées, montre sur quels leviers agir : la vitesse des machines, le débit, les températures ou encore la temporalité. « Quand vous démarrez l’usine le lundi matin, est-ce que vous démarrez toutes les machines en même temps ou en cascade ? », questionne, pour présenter les choix possibles, Arnaud Legrand. Le logiciel permet de réaliser jusqu’à 10 % d’économies – quelques pourcents seulement pour les plus grands groupes, mais qui suffisent à influer sur leur compétitivité.

Un suivi précis de la consommation

C’est pour éviter les déperditions d’énergie et mieux suivre sa production que le site de Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire), du fabricant de roulements à billes SKF, s’est tourné vers ce logiciel. Le responsable énergie et optimisation de l’outillage de l’usine, Bruno Valenti, peut ainsi vérifier que les machines sont bien fermées et ne consomment pas d’énergie hors production, ce qui arrivait régulièrement par le passé. Les tableaux de bord du logiciel déterminent à présent le nombre de kilowattheures suffisant pour produire un roulement. « Si cela dépasse l’objectif de 10 %, c’est orange, au-delà c’est rouge », décrit Bruno Valenti. « Grâce au logiciel, je peux tout de suite voir que baisser la pression d’un bar me fait gagner 7 % d’énergie, sans perdre en qualité », poursuit-il. En moins d’un an, le site a économisé 6 % sur sa facture d’énergie. De quoi pousser SKF à envisager la généralisation de l’utilisation du logiciel à ses huit sites français.

Avec notre technologie, nos clients achètent une base de connaissances. C'est un gain de temps fabuleux.

—  Vincent Sciandra, directeur et fondateur de Metron

Un logiciel d’IA similaire est proposé par Metron. « Beaucoup de nos clients ont déjà fait des choses seuls en matière de sobriété, mais notre technologie est un gain de temps fabuleux, assure Vincent Sciandra, le directeur et fondateur de la pépite tricolore. Nos clients achètent une base de connaissances. » Toutes les données transitent par le cloud, ce qui est « plus rapide que d’installer un serveur local dans chaque usine », pointe le directeur. Une condition indispensable pour ses clients internationaux comme Danone ou ArcelorMittal. Sur le site du Creusot (Saône-et-Loire) du sidérurgiste, Metron a donné vie à un « jumeau numérique » des fours de préchauffage, en collectant les données de chauffe, le poids et l’épaisseur des tôles, afin d’optimiser leur efficience, y compris énergétique.

Cibler les besoins des machines

D’autres industriels ont leurs propres programmes. À l’image de Schneider Electric, qui a développé la plateforme cloud EcoStruxure et bénéficie des produits de sa filiale logiciels Aveva. Sur le site du Vaudreuil (Eure), le déploiement de ces solutions a permis « de réduire la consommation d’énergie de 25 % entre 2014 et 2021 », affirme Virginie Rigaudeau-Sadali, chargée de la communication et de la transformation au sein de l’usine. Le nouvel objectif est plus ambitieux encore : atteindre une réduction de 15 % d’ici à 2025. Les solutions utilisées ont par exemple permis à l’usine de réduire ses consommations d’eau et d’énergie pour la production d’une pâte d’argent, utilisée dans l’assemblage des variateurs de vitesse et des contacteurs. En traquant le taux de sodium à chaque lavage, les équipes ont réduit de six à cinq les passages en centrifugeuse de la pâte. Les logiciels de Schneider ciblent également à quel moment les machines ont besoin d’air comprimé et facilitent la récupération de chaleur des compresseurs.

Pour traquer les gains d’énergie, la start-up Likewatt a opté pour une autre approche. Elle a développé un logiciel qui indique aux entreprises quelle est la meilleure énergie verte pour alimenter le site. Charge ensuite à des partenaires, comme Enerlis, de concevoir le projet et de bâtir les infrastructures nécessaires. « Une fois les données collectées, le logiciel va créer différents scénarios pour un seul et même site, avec de l’éolien, de l’électrolyse, du photovoltaïque, des bornes de recharge... », liste Manon Stubbe, la responsable communication de Likewatt. Les industriels peuvent ainsi réaliser des économies d’énergie, notamment grâce à l’autoconsommation. Et aller vers la sobriété en changeant de modèle.

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Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3711 - Octobre 2022

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