Industrie & Technologies : Vous organisez aujourd’hui le Demo Day de votre première cohorte de start-up deeptech, issues du programme Blast. Quels sont objectifs de cet événement ?
Sandra Budimir : Il s’agit d’un point d’étape important pour les 11 start-ups inscrites dans le programme d’accélération deepteech Blast. Cet événement vient conclure un « Boot Camp » de 13 semaines piloté par Starburst qui vise à préparer les deeptechs de l’aéro, du spatial et de la défense (ASD) à une levée de fonds en « seed ». Dans ce cadre, 15 millions d’euros sont en cours d’obtention par notre cohorte. L’objectif de ce Demo Day est de mettre en relation ces deeptechs avec des grands acteurs, que ce soit des investisseurs, des industriels reconnus ou des porteurs de grands programmes. Chaque start-up « pitchera » son projet devant ce panel d’experts. Cela favorisera l’intégration de ces technologies au sein des grands programmes.
Pourquoi est-il important d’intégrer les deeptechs, dont les innovations sont pourtant en cours de maturation, à de grands programmes ?
Il y a actuellement de grandes ambitions portées par des organismes publics ou privés, comme l’aviation décarbonée ou encore les projets liés au newspace. Ces programmes sont structurants pour les jeunes pousses qui ont vocation à proposer des briques technologiques. Pour les porteurs de grands projets dans l’aéro, le spatial et la défense il est important d’identifier ces technologies afin d’être le plus pertinents possible. Généralement, les technologies innovantes sont identifiées par les grands groupes au niveau de la série A (levée de fonds correspondant à la première phase de la montée vers l’industrialisation, ndlr). Nous voulons que cette identification ait lieu le plus amont possible. Selon nous, l’écosystème deeptech doit se créer à partir d’une coopération saine entre les start-ups et les grands acteurs. Cette vision permettra aux projets de sortir des laboratoires et facilitera la montée en TRL des technologies vers des applications identifiées. Le Demo Day permettra aux jeunes pousses de discuter avec des groupes comme Airbus, Thales, mais aussi le CNES, le Ministère de la recherche scientifique et de l’innovation (MESRI), la direction générale de la recherche et de l’innovation ou encore l’agence innovation défense (AID).
Les technologies issues de la recherche semblent avoir des difficultés à passer le cap de l’industrialisation en France. Pourquoi ?
C’est effectivement le constat que nous avons fait chez Starburst et qui a abouti à la mise en place de Blast, que nous finançons à 50%. Nous voulons faire émerger des licornes dans l’ASD. Il y a bien des dispositifs qui existent pour aider les deeptechs à mettre le pied à l’étrier : tant que l’on veut lever 10 millions d’euros, il existe des structures pour y parvenir. En revanche, cela devient plus compliqué pour atteindre des tours de table de 100 millions d’euros. Blast vise à accompagner les start-up jusqu’à la phase de « scale-up », c’est-à-dire la montée à l’échelle industrielle. Nous allons prochainement mettre en place un fonds dédié, qui sera abondé à hauteur de 300 millions d’euros. Nous espérons finaliser le « first closing » de ce fonds à l’été. Avec ce fonds, nous allons mettre en place un dispositif pour permettre aux deeptechs d’atteindre la série B, et ainsi combler un manque que nous avons actuellement dans l’écosystème français.
Quels sont vos projets pour la prochaine cohorte du programme Blast ?
Nous allons lancer au mois de mars notre appel à candidats pour la prochaine cohorte. Notre objectif est d’intégrer encore davantage de projets de recherche. Notre première cohorte comportait une grande partie de start-up en phase « pre-seed ». Nous voulons donc aller encore davantage vers l’amont. Nous sommes également en discussion avec des partenaires académiques des régions Occitanie et Aquitaine, riches en projet ASD, pour augmenter notre maillage régional et ainsi mieux identifier les projets prometteurs. Enfin, nous sommes réfléchissions à décliner le programme Blast aux deux autres bureaux européens de Starburst, en Allemagne et en Espagne. Nous sommes également en discussion avec des partenaires en Suède, pays très fertile sur le plan de l’innovation.



