Rechercher une information dans une grande base de données, connaître les prochaines étapes d’un projet, aider le service client à contextualiser une demande… L’intelligence artificielle (IA) générative peut déboucher sur le «salarié augmenté», un employé plus efficace sur certaines tâches répétitives ou capable de réaliser plus finement certaines missions grâce à des outils numériques. Mais encore faut-il pouvoir déployer de tels assistants. Dust, start-up française fondée en janvier 2023, intervient à ce niveau. Son objectif : remplacer les outils de recherches traditionnels par des assistants couvrant des tâches spécifiques.
Favoriser la création d’applis à partir des LLM
Stanislas Polu, son cofondateur, connaît très bien les grands modèles de langage (LLM) puisqu’il a passé cinq ans chez OpenAI, l’entreprise américaine derrière ChatGPT, même si la start-up ne développe pas de tels modèles. Elle se positionne sur les briques technologiques au-dessus de ces LLM, afin de favoriser leur utilisation à travers une boîte à outils qui permet de mettre au point des assistants. La rencontre de Stanislas Polu avec Gabriel Hubert, l’autre cofondateur, remonte à plusieurs années. Les deux hommes avaient fondé Totems, une start-up spécialisée dans l’analyse de la donnée, revendue depuis à Stripe.
«Dust fournit la plateforme pour développer facilement des assistants en listant des cas d’usage et en proposant un guide», résume Stanislas Polu. Chaque application est particulière puisqu’elle dépend des processus internes à l’entreprise, de sa culture, de l'endroit où la donnée est stockée, etc. La start-up propose d’accéder à différents modèles de langage : GPT-4 d'OpenAI, Claude d'une autre pépite américaine nommée Anthropic et Mistral 7B de la jeune pousse française Mistral AI, via leurs API (un connecteur qui permet d’intégrer les modèles dans des applications). A l’utilisateur de choisir le sien.
150 assistants créés au sein d'un seule entreprise
«Aujourd’hui GPT-4 reste le modèle le plus performant», précise Stanislas Polu, tout en considérant qu'un modèle comme Claude, «moins bon sur des tâches de raisonnement, suit attentivement les instructions pour créer du contenu de bonne qualité». Des consignes sont données sur le rôle et la façon dont le modèle doit répondre aux instructions. Un accès aux données internes de l’entreprise se fait via les logiciels comme Slack, Google Drive, Notion et GitHub.
«Plus l’accès à la donnée est grand, moins l’outil est précis», détaille Stanislas Polu. Dans ces cas-là, l’outil de recherche est bien pour des questions d’ordre général. Pour affiner la précision, mieux vaut multiplier les assistants spécifiques pour des tâches précises. Stanislas Polu prend l’exemple d’Alan, fintech française où travaillait Gabriel Hubert en tant que chef de produit, qui a déjà créé 150 assistants. Il assure que la fintech compte 30% d’utilisateurs quotidiens et 80% de ses salariés ont déjà utilisé l’un de ces outils.
Une levée de fonds de 5 millions en amorçage
«Dust a beaucoup de concurrents, mais le marché est très grand et se structure», analyse le cofondateur. Effectivement, depuis la sortie de ChatGPT en novembre 2022, le nombre de start-up cherchant à surfer sur ce succès se multiplie. Forte de ses neuf salariés basés à Paris et «travaillant en présentiel», glisse Stanislas Polu, Dust entend faire la différence avec une solution facile à utiliser pour développer des applications reposant sur les LLM.
Sa proposition séduit. Pour son amorçage, la start-up a levé 5 millions d’euros en juin auprès du célèbre fonds américain Sequoia Capital. Elle a débuté la commercialisation de sa solution – selon le nombre d’utilisateur actif – en novembre et revendique des centaines de clients payants dont une dizaine d’assez grande taille. Son cofondateur assure avoir «un chiffre d’affaires à six chiffres» et attend d’avoir un revenu récurrent d’au moins un million d’euros avant de lever à nouveau des fonds. Les investisseurs sont présents sur ces sujets et n’hésitent pas à mettre la main au portefeuille pour investir dans les potentiels futurs champions. L’IA, et plus particulièrement l’IA générative, est l'un des secteurs épargnés par le contrecoup du Covid.



