Etude

Ce qu'il manque à la France pour devenir une deeptech nation

Une étude menée par le Boston Consulting Group (BCG), Bpifrance et Hello Tomorrow publiée jeudi 12 mars dresse les enjeux auxquels font face les start-up deeptech : financement et industrialisation, mais aussi culture de l’entrepreneuriat et animation de la filière.

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Les start-up deeptech, souvent issues de laboratoires de recherche, font face à différents enjeux : industrialisation, financement ou encore animation de leur filière.

Comment accélérer le développement des start-up deeptech en France ? C’est à cette question que cherche à répondre une étude menée par le Boston Consulting Group (BCG), Bpifrance et Hello Tomorrow publiée jeudi 12 mars. "Lorsque l’on parle de deeptech, nous parlons surtout du financement et du nombre de start-up créées, observe Arnaud de la Tour, codirigeant de Hello Tomorrow. Mais d’autres problèmes sont tout aussi importants : la culture de l’entrepreneuriat, l’industrialisation ou encore l’animation des filières."

Le rapport s’est intéressé aux levées de fonds effectuées par ces start-up à haute densité technologique. Il a aussi recueilli les retours d’expérience de plus de soixante entrepreneurs, d’investisseurs, d’industriels… L’objectif : définir les blocages que rencontrent ces jeunes pousses, toutes filières confondues, et donner des pistes pour les dépasser.

Une question culturelle

"Le Royaume-Uni a un taux de transformation des découvertes scientifiques en start-up deux fois plus élevé que la France, pointe Arnaud de la Tour. Aux Etats-Unis, ce taux est quatre fois supérieur." D’après le dirigeant de Hello Tomorrow, cet écart repose sur une divergence culturelle. "Dans les pays anglo-saxons, les chercheurs parlent business couramment", argue-t-il. Un langage qui manque aux scientifiques français, selon lui.

D’après le rapport, des événements de sensibilisation à l’entrepreneuriat, comme le "deeptech tour" lancé par Bpifrance en septembre 2019, sont une première étape à un changement des mentalités. Avec la mise en valeur de rôles modèles nationaux. "Il y a des entrepreneurs français à succès dans les deeptech, mais ils ne sont pas mis en avant, regrette Arnaud de la Tour. Il reste encore du travail pour que les chercheurs s’identifient à des entrepreneurs." Un travail qui pourrait prendre, selon lui, jusqu’à dix ans.

Des freins à l’industrialisation

"Ce qui ressort de notre étude est un besoin de financement continu et adapté aux différentes phases de création d’une start-up, de la preuve de concept à l’industrialisation", soulève le cofondateur de Hello Tomorrow. A ce sujet, le rapport évoque un besoin de réorientation du plan de financement deeptech, lancé en 2019 par Bpifrance, vers l’accélération, la croissance et l'industrialisation des start-up deeptech. Un sujet qui a été soulevé par ailleurs dans le livre blanc sur le financement des start-up deeptech publié le 11 mars par Bpifrance.

Mais l’industrialisation n’est pas qu’une question de gros sous. "Il faut répondre à des questions de certification pour la mise sur le marché, mais aussi de mise en place d’un procédé industriel de fabrication de son produit", rappelle Arnaud de la Tour, qui préconise une sensibilisation des entrepreneurs à ce sujet.

Créer une filière pour faciliter les échanges

Au-delà de la question entrepreneuriale et commerciale, le rapport s’intéresse plus globalement à la structuration de l’écosystème deeptech français. "Disposer d’une filière animée permet aux start-up de trouver des partenaires industriels et de faciliter le mouvement des talents entre les différentes structures, explique-t-il. Cela permet aussi de faciliter les transferts technologiques entre les différents secteurs industriels, souvent très féconds." Selon le rapport, cela permettrait de fluidifier les relations entre les jeunes pousses, les grands groupes et les pouvoirs publics.

Cette volonté s’est traduite par l’organisation par Hello Tomorrow, pour la première fois, d’un événement national autour des deeptech. Censé se tenir du 9 au 13 mars, il a été reporté au mois d’octobre suite à l’épidémie de coronavirus covid-19. 

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