Fin 2021, Aude Vinzerich doit rendre une copie qui pourrait changer l’avenir d’EDF. En avril, elle s’est vu confier la mission de définir la stratégie d’innovation du groupe et le pilotage de sa déclinaison dans les métiers au sein de la toute nouvelle direction de l’innovation, créée en juillet. Rien de moins. Cette femme de 42 ans, pétillante, n’a pourtant aucun passé dans la recherche et développement. Elle n’a pas déposé de brevet ni créé de start-up. Elle a fait beaucoup mieux. Depuis 2017, en à peine quatre ans, elle a fait adopter par l’entreprise une innovation de rupture majeure, l’intelligence artificielle. Elle a mis en place et animé une équipe IA de 30 personnes qui respecte, “par hasard”, la parité femmes-hommes, glisse-t-elle.
Cette équipe a déjà réalisé 60 projets utiles aux différents métiers d’EDF. Aude Vinzerich a aussi piloté la task force IA du groupe, composée de 100 contributeurs, qui présente ses travaux tous les ans au PDG, Jean-Bernard Lévy, probablement son plus grand sponsor. Elle a enfin défini la stratégie IA d’EDF et organisé des sessions d’acculturation, formant plus de 1 000 salariés. La transmission est l’une de ses principales motivations, datant de son doctorat en traitement automatique des langues, obtenu en 2007 à Sorbonne Université, durant lequel elle donnait des cours. “Ce qui m’attire, c’est comprendre un système complexe pour pouvoir l’expliquer à d’autres.”
Aventurière dans l’âme
La prochaine conquête des femmes: “Il faut maintenant faire bouger les lignes pour impulser le collectif en lieu et place de l’individualisme.”
L’intelligence artificielle était donc un sujet d’étude idéal… Sauf que, baccalauréat en poche, Aude Vinzerich n’en savait rien. Il n’y avait à l’époque que la gymnastique acrobatique en équipe, qu’elle pratiquait à haut niveau en sport études – jusqu’à décrocher une première place au championnat de France –, qui l’intéressait. Aussi à l’aise avec les mathématiques qu’avec la philosophie, et ne voulant pas choisir entre les deux, elle s’oriente d’abord vers une prépa HEC… Mauvaise voie. Elle se tourne vers la Sorbonne, où elle découvre les sciences cognitives et du langage et mène un double cursus qui la conduira vers l’intelligence artificielle.
Diplôme en poche, elle travaille un temps comme consultante en organisation d’entreprises. Puis entre chez EDF en 2010, d’abord au sein du comité d’entreprise, puis dans l’équipe des systèmes d’information. Elle a contribué à la définition de la politique de données du groupe. En 2015, elle prend une année de congés pour faire le tour du monde avec son conjoint, cameraman spécialisé dans le documentaire, et leurs deux garçons. Avec un trek de 1 200 km en autonomie, sac au dos. Une expérience en équipe qu’ils renouvellent dès que possible. Sa force, elle la tire de la gymnastique. “Toute petite, j’étais maladivement timide. La compétition m’a aidée à me dire que rien n’est impossible.” Et elle ne l’oublie pas. Alors qu’on lui expliquait que c’était très difficile pour un adulte, elle a décidé, il y a trois ans, d’apprendre le piano.



