L’école s’apprête à changer d’échelle. De 5 000 m² aujourd’hui, la superficie de l’École nationale supérieure d'ingénieurs du Mans va passer à 7 500 m² grâce à une extension qui devrait prochainement être lancée. L'effectif a été multiplié par deux entre 2010 et 2020, et le succès de cet acteur clé de l’écosystème acoustique local ne se dément pas. « L’Ensim est la seule école d’ingénieurs en France à délivrer le diplôme acoustique et instrumentation », se félicite Jean-François Tassin, le directeur.
Au sein de l’établissement, qui compte 330 étudiants en cycle ingénieurs (acoustique, mais aussi informatique), les expérimentations pour explorer le comportement des ondes sonores donnent lieu à d’étonnantes manipulations. Pour les observer, il faut se rendre dans la salle vibro-acoustique, véritable atelier du professeur Tournesol. On y découvre le Cristal Baschet, un instrument de musique contemporain. « Étudier ses vibrations permet de mieux comprendre un phénomène physique comme le frottement, qui intéresse beaucoup l’automobile au niveau du crissement des freins et du bruit des essuie-glaces », explique Audrey Couineaux, doctorante à l'Ensim.
L'automobile à la pointe
Mais le secteur automobile lorgne un autre champ technologique, qui reste à explorer : celui de l'intelligence artificielle appliquée à l'analyse des sons. L’Ensim collabore sur ce thème avec le laboratoire de R&D de Valeo, situé à quelques encablures, dénommé Valab. « Nous travaillons sur la possibilité de détecter sur une chaîne de montage les bons et mauvais démarreurs avec l'aide de l’intelligence artificielle, alors qu'aujourd’hui cela est assuré par une écoute à l’oreille humaine », précise Charles Pézerat, professeur. Avec Renault, l’idée fait son chemin : un système comparable pourrait permettre de vérifier, via les sons émis lors du montage, que les équipements sont bien assemblés.
Un autre concept semble particulièrement prometteur, tous secteurs confondus : le trou noir acoustique. Il pourrait s’étendre dans les transports, alors que la chasse au poids et l’amélioration des performances acoustiques constituent des exigences contradictoires. « Il s’agit de pièces avec des variations périodiques d’épaisseur, des cavités dans lesquelles se concentrent les vibrations, absorbées ensuite dans un matériau type mousse ou adhésif, détaille Charles Pézerat. On parle de matériaux architecturés. » Un concept déjà mis en œuvre dans le spatial avec le Centre national d'études spatiales (Cnes) pour réduire les vibrations d’un satellite.



