A droite, un cerveau humain baigne dans du formol. En face, de larges structures translucides, aux formes vaguement humaines, tournent en rond, captivées par les flashes d’un mobile qui trône au centre de la pièce. L'entrée dans l'exposition “Neurones, les intelligences simulées”, la quatrième édition du programme Mutations / Créations qui se tient au Centre Pompidou du 26 février au 20 avril prochain, a de quoi dérouter.
Entre histoire de l'IA et création contemporaine
“Nous avons voulu présenter une espèce d’histoire de l’IA aux côtés de travaux d’artistes contemporains sur le sujet, en repartant de la base : le cerveau”, explique Frédéric Migayrou, co-commissaire de l’exposition.
Le mobile robotique qui trône à l’entrée est une reproduction faite par l’artiste Paul Pangaro de Colloquy of Mobiles. Dans cette oeuvre du britannique Gordon Pask, datant de 1968, robots mâles et femelles jouent de flashes lumineux et de miroirs pour se séduire. Un des premiers exemples d’interaction machine-machine - et même humain-machine si vous souhaitez perturber la ronde nuptiale avec la lampe de votre téléphone - de l’histoire de l'art.
Foisonnement scientifique et artistique
Au fur et à mesure qu'il parcourt l’exposition, le spectateur découvre une multitude de représentations humaines du cerveau et de l’intelligence. Analyses anatomiques de “l’objet cerveau”, arbres de décision bayésiens, cybernétique, automates optimisant leurs stratégies pour vaincre les joueurs humains ou encore… le LSD et la recherche de la “conscience augmentée” : chaque pièce éclaire le foisonnement scientifique et intellectuel qui accompagne les recherches portant sur l’intelligence computationnelle et l’interaction homme-machine.
En cheminant, le visiteur passe devant une armoire d'apothicaire reproduisant un algorithme d'apprentissage par renforcement, des casques dédiés à l'extension de la cognition ainsi que des tulipes artificielles dont la couleur évolue en fonction de la valeur du bitcoin... Au milieu de l'exposition, le clip "Delusional Mandala" de l'artiste chinoise Lu Yang étonne franchement par son esthétique pop (couleurs criardes sur musique techno) et les déformations qu'y subit l'avatar de l'artiste, sujet à différentes stimulations cérébrales.
Représentations du cerveau par les grands laboratoires
Ambitieuse, l'exposition pourtant courte prend parfois des airs de bric-à-brac. En suivant le fil de la cognition, elle parvient pourtant à plonger le visiteur dans un monde où arts, sciences et techniques ne cessent de s’imbriquer et de s’hybrider.
Les résultats de cette rencontre peuvent être hypnotiques, comme en témoignent les écrans lumineux qui projettent les représentations du cerveau des plus grands laboratoires contemporains. Dont l’Human Brain Project de l’école d'ingénieur EPF et le projet Neurospin du CEA. En dessous, l’installation immersive de Refik Anadol (Engram: Data Sculpture) mobilise Glassbrain, une technologie utilisée dans le cadre de thérapies contre des maladies neurologiques, pour donner une forme - abstraite - aux souvenirs.
Refik Anadol Refik Anadol, Engram : Data Sculpture 2018



