[Entracte - cinéma] Nomadland revisite la vie des pionniers américains avec... une pionnière

Primé aux Oscars, Nomadland est le dernier film de la réalisatrice Chloé Zhao. Dans son van, Fern roule vers l'ouest dans le désert américain et découvre de nouvelles solidarités. Pas d'or à découvrir à l'issue de ce voyage, mais une quête existentielle au milieu de paysages à couper le souffle. Une réussite.

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Nomandland, un film de Chloé Zhao
Nomadland est un film ancré dans le réel pour mieux s'en échapper.

Précédé par une pluie d'Oscars et de prix, Nomadland est arrivé sur les écrans français avec la réouverture récente des salles de cinéma. Ce film de la réalisatrice sino-américaine Chloé Zhao est l'adaptation de l'ouvrage éponyme de Jessica Bruder, paru aux éditions Globe.

Prendre la route avec son van

Tout commence avec la fermeture d'une usine en plein Nevada et avec la mention sur l'écran – qui en dit long sur la flexibilité made in USA – de la disparition du code postal correspondant. Plus d'usine, plus de ville. Fern, magnifiquement interprétée par Frances McDormand – qui est aussi coproductrice du film – prend son van et décide d'aller sur les routes américaines, d'autant que la mort de son mari la laisse sans attache.

Fern n'habite plus, désormais elle voyagera, vivant d'emplois divers, en particulier dans les entrepôts d'Amazon.

Elle n'habite plus, désormais elle voyagera, vivant d'emplois divers, en particulier dans les entrepôts d'Amazon. L'entreprise a d'ailleurs développé un programme spécial pour ces employés mobiles. Car si Fern paie indirectement l'effet de la crise économique, elle n'est pas une révoltée anti-système. À la recherche d'un emploi, elle déclare même : « Je veux du travail, j'aime le travail. » Fern change de mode de vie, découvrant presque malgré elle un mode de vie décroissant dans son van aménagé… jusqu'à ce qu'une panne survienne, qui demande un véritable investissement.

Derrière le sujet social, ce film brasse une telle variété de thèmes et d'émotions qu'il est difficile de les résumer. À commencer par les grands espaces du désert américain, présents dans tant de films évoquant la conquête de l'Ouest et la vie des pionniers. On reste émerveillé par la beauté éclatante de cette nature qui semble inchangée. Par cet aspect, Nomadland évoque Into the wild, un autre film tiré d'un ouvrage et réalisé par Sean Penn, où un jeune Américain refuse l'American way of life jusqu'à une issue tragique.

Sororité

Pas vraiment de tragique dans ce film apaisé, qui fait l'éloge d'une forme de sororité entre femmes ayant choisi la route pour continuer à vivre, une nouveauté apparue avec la crise économique de 2008. Entraide et échange de bons procédés prévalent et semblent à la base de cette autre manière de vivre ensemble. Fern apprendra de l'une de ces femmes l'importance de rester toujours indépendante pour ne pas risquer sa vie.

Film vérité, Nomadland montre à l'écran de vraies personnes et quelques acteurs professionnels, au plus proche de la vie réelle sans omettre la puissance de la fiction.

Des critiques ont reproché au film une certaine esthétisation de la pauvreté et de ne s'intéresser qu'à des femmes blanches déclassées, la base de l'électorat trumpiste. On l'aura compris, pour nous, ces critiques sont hors sujet et passent à côté de l'essentiel de ce film à ne pas rater. Film politique assurément, il évite justement l'écueil d'un cinéma engagé et manichéen qui définit les bons et les méchants. Film vérité, il montre à l'écran de vraies personnes et quelques acteurs professionnels, au plus proche de la vie réelle sans omettre la puissance de la fiction.

Expérience existentielle

Nomadland est avant tout une expérience sensorielle et existentielle, un film qui s'inscrit dans le réel et le social le plus incarné pour poser des interrogations métaphysiques : que signifie vivre ? Quelle est la place de l'homme dans le monde ? Pourquoi n'arrivons-nous pas à nous satisfaire du spectacle de la beauté du monde pour vivre ? Et que restera-t-il de nous quand nous aurons disparu ? Une dernière visite de Fern dans son ancienne maison à la fin du film touchera, à n'en pas douter, les cœurs les plus endurcis.

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