Un matin tranquille dans une banlieue chic de l'ouest parisien, une femme est retrouvée en piteux état au sous-sol de sa maison : elle a été ligotée sur une chaise, torturée et a subi une agression sexuelle. Pour elle, le cauchemar ne fait que commencer, même si le cinéaste Jean-Paul Salomé fait le choix de revenir en arrière pour comprendre pourquoi Maureen Kearney a été attaquée...
Une histoire de femmes ?
Incarnée par une Isabelle Huppert au sommet, Maureen Kearney est déléguée syndicale centrale chez Areva. Très investie, elle veille à ce que les orientations stratégiques de l'entreprise concilient création de valeur pour les actionnaires et préservation de l'emploi. Proche d'Anne Lauvergeon, elle est déstabilisée au moment du départ de cette dernière. D'autant qu'elle est contactée par un mystérieux correspondant l'informant de tractations menées par le nouveau PDG avec son homologue d'EDF et un partenaire chinois. L'impétueuse syndicaliste estime qu'il y a un danger pour la filière nucléaire et pour l'emploi et remue alors ciel et terre pour alerter sur les dangers de cette opération.
"Inspiré de faits réels", est il écrit sur l'écran sous le titre du film alors qu'il commence. La précision n'est pas de trop, tant, comme le dit la sagesse populaire, la réalité dépasse la fiction. Malgré la proximité des événements, le réalisateur a choisi de conserver les vrais noms des personnalités jouées par des acteurs. Ainsi, Marina Foïs incarne Anne Lauvergeon, Yann Attal son successeur Luc Oursel, Gilles Cohen l'avocat maître Hervé Témine ou Christophe Paou Arnaud Montebourg ce qui ne manque pas de créer un certain trouble. Pour être complet, il faut ajouter l'interprétation de Grégory Gadebois, Pierre Deladonchamps...
Polar politique ou portrait de femme ?
Une des grandes réussites de ce film très classique au meilleur sens du terme est la multitude des thèmes qu'il brasse, des motifs qu'il tisse. Débuté comme un des polars qu'aime lire son héroïne, il se transforme peu à peu en portait de femme (Huppert "hupérise" à fond mais elle a bien raison car personne ne le fait mieux qu'elle) et d'un couple pour déboucher ensuite sur une passionnante parce que subtile réflexion sur la prise en compte de la parole des femmes et la violence de certaines institutions qu'on imaginait avoir à coeur de les protéger. En voyant le film, on se demande presque si l'agression est plus violente que ce que les enquêteurs et les experts font subir à l'héroïne.
Loin de livrer une solution clés en mains, le film laisse le spectateur dans l'incertitude de ce qui est réellement passé dans le sous-sol de cette maison bourgeoise. Une reconstitution maladroite des faits tend à donner raison aux enquêteurs, quand d'autres preuves l'emporteront ensuite. Qui croire ? Une victime peut-elle se comporter d'une façon qui corresponde si peu à ce qu'on attend d'elle ? Cela doit-il remettre en cause ce qu'elle dit ? Redisons-le une dernière fois : Isabelle Huppert est géniale pour interpréter ce type de personnage intrinsèquement ambigü, alternant entre une apparence de force surhumaine et de fragilité absolue. On ne peut pas ne pas penser au personnage qu'elle interprétait dans "Elle" de Paul Verhoven, le visage d'Huppert devenant un véritable palimpseste pour cinéphiles.
Reste une histoire vraie, qui engage le monde politique et industriel*... une enquête, deux procès et surtout la vie d'une femme. C'est peut être là la plus grande réussite du film : rappeler que derrière les pages parfois froides des journaux économiques, il y a des êtres de chair et de sang, des affects et des tourments. Jean-Paul Salomé les filme magnifiquement.
La syndicaliste, un film de Jean-Paul Salomé, sortie le 1er mars
* L'histoire du film s'appuie sur le travail de la journaliste Caroline Michel-Aguirre, "La syndicaliste" (Ed du Seuil). On peut aussi écouter un épisode d'Affaires sensibles l'émission de France Inter présentée par Fabrice Drouelle sur le même sujet.



