Après les fusées Ariane, les avions de ligne, le Rafale, les satellites géostationnaires…Safran veut aussi motoriser les minisatellites des constellations à partir de systèmes propulsifs électriques. A l’instar de Starlink de SpaceX, celles-ci ont le vent en poupe pour fournir des services de télécommunications, mais également d’observation ou de surveillance depuis l’espace.
«On estime le marché entre 500 et 1000 moteurs par an, indique Jean-Marie Bétermier, responsable des activités spatiales de Safran réunies au sein de la division Electronics & Defense, à l’occasion d’un entretien avec L’Usine Nouvelle. Nos équipes sont très occupées à investir pour disposer de capacités industrielles».
Pour profiter de ce nouveau marché, le groupe accélère donc sur le plan industriel et investit de chaque côté de l’Atlantique. «Nous allons ouvrir une première chaîne d’assemblage à Vernon dans le courant du premier semestre 2025», précise le dirigeant. Aux Etats-Unis, le groupe français a fait le choix de s’installer au Colorado, la ville n’ayant pas encore été choisie. L’usine américaine sera construite sur le modèle du site français. «On est convaincus que pour être fort aux Etats Unis, il faut avoir une unité de fabrication sur place», justifie Jean-Marie Bétermier.
Les projets du Pentagone en ligne de mire
Dans le viseur de Safran, les marchés civils mais également ceux de la Space Development Agency (SDA) qui est le bras armé du Pentagone pour déployer les nouveaux projets militaires spatiaux. La présence d’une usine sur le sol américain lui permettra en effet de répondre plus facilement aux appels d’offres et aux exigences du ministère américain de la Défense, l’un des tous premiers clients pour ce genre de système.

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Chaque ligne aura une capacité de production de l’ordre de 200 moteurs par an. Le groupe n’a pas indiqué le montant d’investissement lié à ces deux chaînes de montage, mais ils s'annoncent significatifs. «Il faut des moyens importants comme des bancs de tests, des chambres sous vide pour tester les moteurs en conditions réelles, indique le dirigeant de Safran. Les investissements de production pour ce genre de moteurs sont d’un autre ordre de grandeur que les investissements de R&D qui ont été nécessaires pour les concevoir».
Safran croit d’autant plus en ses chances que la concurrence est encore peu nombreuse sur ce segment. D’abord parce que la barrière à l’entrée est élevée. La mise au point de tels moteurs nécessite un investissement en R&D important. Il s’agit de maitriser la physique des plasmas au sein d’un système propulsif ainsi que leur canalisation à travers un champ magnétique et l’expulsion de particules ionisées qui vont créer la force de propulsion. Cela nécessite aussi la maîtrise de la fabrication de pièces de moteur en matériaux spécifiques capables de subir des températures de l’ordre de 1500°C.
Premier vol avant la fin de l'année
Pour développer ces savoirs, Safran s’est rapproché en fin d’année 2023 du CNRS et de l’École Polytechnique. Les trois partenaires ont fondé un laboratoire commun centré sur la propulsion spatiale électrique. Safran mise sur son système propulsif EPS X00, un moteur capable de délivrer entre 400 W et 1 kW de puissance, spécialement adapté aux satellites de plus de 200 kg. «Ce produit est en fin de qualification. On a pris les premières commandes. Cinq clients nous font déjà confiance», souligne Jean-Marie Bétermier.
La concurrence doit encore s’organiser. Le russe Fakel, l’un des leaders du marché, ne reçoit plus de commandes de la part des fabricants de satellites occidentaux depuis la guerre en Ukraine. Les autres acteurs, principalement des start-up venues du Newspace en Europe comme aux Etats-Unis, sont encore loin de disposer des capacités industrielles pour produire des centaines de moteurs par an.
«Notre premier moteur volera avant la fin de l’année. On a fait tous les essais utiles au sol nécessaires pour faire nos revues de validation et de qualification industrielles», se réjouit Jean-Marie Bétermier qui n’a pas souhaité préciser le nom du client fabricant de satellites. La future usine de Vernon atteindra sa pleine capacité au premier semestre 2025 tandis que sa jumelle commencera à livrer à partir de 2026.



