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[Edito vidéo] La 5G et les Amish

L'édito vidéo de Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle.

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Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle
L'édito de Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle.

Le pays des Lumières aura la 5G, Emmanuel Macron l’a affirmé aux start-uppers de la french tech. Qu’il considère son adoption comme une évidence est une bonne nouvelle. On commençait à craindre qu’elle ne s’enlise dans le bourbier du principe de précaution. Était-il envisageable que la France refuse une technologie en cours d’installation chez tous ses voisins ? Le nuage de la 5G pouvait-il s’arrêter à nos frontières ? Au vrai, nous sommes déjà en retard. L’Espagne, l’Italie, la Suisse et la Suède sont en train de la déployer à grande échelle et l’Allemagne la classe au rang de « haute priorité ». Au Royaume-Uni, l’effacement de Huawei des réseaux 5G n’empêche pas leur développement. Toutes les grandes métropoles chinoises l’auront avant Paris.

Pour le grand public, l’avantage de la 5G sur la 4G tient en un argument : vous téléchargerez dix fois plus vite votre série préférée sur Netflix. Mais l’industrie va en tirer de plus grands bénéfices encore. Car moins de latence et davantage de débit à moindre coût – les promesses de la 5G – permettent l’avènement de l’usine du futur, la vraie. Et tous les secteurs seront concernés ! L’usine intelligente et la production seront les premières gagnantes. Un exemple ? De même que les chirurgiens opéreront à distance, un fournisseur japonais pourra intervenir au moment du changement de production d’un robot pour conseiller le technicien local à travers ses lunettes de réalité augmentée connectées. Cette intervention aura été préconisée au vu des données envoyées en temps réel par le robot dans le cloud local, via un réseau cellulaire privé. De Tokyo, le fournisseur regardera l’état du module bientôt défaillant et indiquera au technicien la marche à suivre. Il pourra même lui faire passer des vidéos en haute définition grâce au haut débit qui couvrira l’usine…

Dans la logistique et le transport, la 5G permettra les véhicules automatisés, le contrôle à distance et l’automatisation de l’exploitation. L’expérience d’achat sera transformée par les applications de réalité augmentée, tandis que les appareils connectés par l’IoT optimiseront la chaîne d’approvisionnement.

Pourtant, l’industrie française paraît s’y intéresser moins que sa consœur allemande. Est-ce parce que cette dernière, plus mature dans sa transformation numérique, constate déjà les limites de la 4G, au fur et à mesure que les réseaux actuels saturent ? Certes, tout ne sera pas rose. Les performances promises par la 5G accroîtront d’autant le cyberrisque – espionnage, exfiltration de données, interruption de réseau… Toutes les entreprises vont donc devoir redimensionner leur dispositif de cybersécurité, et mieux vaut s’y préparer – au moins budgétairement – dès maintenant.

Emmanuel Macron s’est fait traiter de tous les noms pour avoir dit qu’il refusait de revenir à la lampe à huile et ne croyait pas au « modèle amish », cette communauté chrétienne qui vit comme au XIXe siècle en Amérique du Nord. Il a, bien sûr, raison sur le fond, mais concernant les Amish, il fait erreur. Ces femmes en coiffe à l’idéal modeste et ces fermiers barbus qui chevauchent des tracteurs sans pneus n’ont, certes, ni voiture, ni télévision, ni caisse de retraite, mais les ordinateurs et les téléphones mobiles colonisent désormais leurs villages. Donc ils auront, eux aussi, la 5G ! Ne perdons pas de temps en arguties – c’est un conseil d’Amish.

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