Né de la scission de Solvay, en décembre dernier, le chimiste de spécialités et des matériaux Syensqo doit désormais voler de ses propres ailes. Pour porter sa croissance, l’entreprise – qui compte 2000 employés, dont 500 chercheurs, en France – entend notamment se positionner sur un secteur d’avenir : les matériaux de batteries pour véhicules électriques. Un objectif qui la pousse à investir plusieurs dizaines de millions d’euros en R&D. «Nous sommes déjà présents dans les batteries lithium-ion, mais nous cherchons une technologie de rupture, qui apporte un vrai gain de valeur», affirme Valérie Buissette, la responsable du programme Batteries solides. Cette rupture, c’est celle du passage de l’électrolyte liquide à l’électrolyte solide, au cœur des batteries dites «tout-solide», qui pourraient équiper de premiers véhicules à l’horizon 2027-2028, selon les annonces de Toyota et Samsung. Leur promesse : une plus grande autonomie, une charge plus rapide, un moindre encombrement et un coût limité.
Des partenariats avec ACC et Saft
Quel rôle entend jouer Syensqo dans cette aventure ? Fournir des poudres d’électrolytes solides, à base de sulfure. Un matériau haute performance que l’entreprise développe dans son laboratoire d’innovation d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). «Nous travaillons sur la synthèse de la poudre, ce qui renvoie à sa composition chimique et à la taille des particules, explique Lauriane d’Alençon, la responsable du laboratoire Matériaux inorganiques pour le stockage d’énergie. Le défi est de s’assurer que, malgré le passage d’un système d’électrolyte liquide à solide, le lithium présent dans la batterie conserve la même mobilité.» Outre sa performance, le produit doit également être facilement manipulable par les fabricants de batteries.
Dans une salle à l’humidité contrôlée, trois personnes s’affairent sur une opération de séchage, avant d’aller mesurer les performances de la poudre. «Nous pensons avoir trouvé les bons composants chimiques pour notre première génération de produits, mais nous continuons de travailler sur leur synthèse», confie Lauriane d’Alençon. À l’étage, Syensqo fabrique des piles boutons pour réaliser des évaluations de performance. Avant d’envoyer ses poudres à ses partenaires, dont les fabricants français de batteries ACC et Saft.
Syensqo, futur leader européen ?
Syensqo, qui a réalisé 6,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023, espère que les matériaux pour batteries de véhicules électriques généreront, à court terme, environ 500 millions d’euros. Il s’agit surtout de liants («binders») et d’additifs (mélangés au lithium pour le faire bouger plus vite). Mais avec les électrolytes solides, dont la valeur ajoutée sera bien supérieure, l’entreprise voit l’opportunité de porter ce segment dans une tout autre dimension. «Là, on parle de la possibilité de réaliser plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, ce qui sera transformant pour le groupe», indique Pascal Métivier, le directeur de la recherche.
L’entreprise est convaincue d’avoir fait le bon pari technologique – «les électrolytes sulfures ont le plus grand potentiel dans les batteries tout-solide», assure Valérie Buissette – et de bénéficier d’une longueur d’avance. Sur son site de La Rochelle (Charente-Maritime), elle a lancé une unité pilote avec des capacités de production à l’échelle de la tonne, «ce qui est unique en Europe», où elle «vise la place de leader, tous les autres concurrents étant en Asie», selon la responsable. Pour assurer sa place dans la chaîne de valeur, Syensqo travaille à sécuriser son approvisionnement en amont et à faire valider en aval sa technologie par les fabricants de batteries. De futurs clients qu’elle commence aussi à prospecter en Asie. #

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3731 - Juin 2024



