Importante pour l’économie française mais pas forcément utile pour eux... En France, les dirigeants d’entreprise ont une image positive de la recherche publique mais ont encore du mal à l’aborder pour développer leur activité et leur R&D. Voilà en résumé ce que souligne un sondage OpinionWay réalisé pour les Instituts Carnot – un réseau de laboratoires de recherche développant des partenariats public-privé – et révélé en exclusivité par L’usine Nouvelle ce mardi 4 février.
Cette étude se base sur les réponses apportées entre septembre et octobre 2019 à un questionnaire par 520 dirigeants d’entreprises de 10 salariés et plus (hors commerçant et artisans) et 80 dirigeants de start-ups. Voici les principaux enseignements de ce sondage.
Une opinion positive de la recherche publique...
Selon ce sondage, 74% des dirigeants ont une opinion positive de la recherche publique, et en particulier dans les grands groupes (80%) et dans le secteur industriel. Parmi ses atouts : disposer des chercheurs compétents (89% en sont convaincus) et produire des connaissances et technologies de grande valeur. En revanche, seule la moitié des dirigeants interrogés la jugent facile d’accès, et plus encore chez les petites entreprises (47%).
Insituts Carnot ... mais vue comme stagnante voire déclinante
S’ils sont 74% à avoir confiance en la capacité de la recherche publique française à contribuer et répondre aux grands enjeux économiques et sociétaux, les dirigeants expriment dans le même temps un jugement sévère : 49% de ceux interrogés estiment que cette recherche est stagnante et 11% qu’elle est déclinante. Des chiffres dont Alain Duprey, le directeur général des Instituts Carnot veut relativiser la portée. "Il s’agit de chiffres très subjectifs qui peuvent être liés à un contexte ambiant", note-t-il. Dans le détail, on remarque que les dirigeants de start-up sont les plus nombreux (14%) à juger d’un déclin. "Beaucoup de ces dirigeants sont issus de laboratoires de recherche, précise sur ce point Alain Duprey. Il est donc possible qu’ils soient les moins objectifs." Mais aussi peut-être les mieux informés ...
Insituts Carnot
Les start-up sont nombreuses à y recourir...
Quoi qu'il en soit, les start-up représentent la catégorie d’entreprises qui sollicite le plus cette recherche publique. 52% des dirigeants de start-up interrogés ont recours à la recherche publique française, contre 17% pour l’ensemble des interrogés. Ils sont aussi 15% à ne pas l’avoir sollicitée mais à y songer, contre 10% en moyenne.
... les PME et ETI très peu
A l’inverse, les dirigeants d’entreprises de moins de 50 salariés ne sont que 11% à recourir à la recherche publique. "Les PME et ETI font le moins appel à la recherche, ce qui représente un réel gisement de croissance économique dans ces entreprises, estime Alain Duprey. Il y a un potentiel de recherche publique sous-exploité, soit par manque de réflexe, soit à cause d’un problème de visibilité ou d’accessibilité. Ces entreprises n’ont pas le mode d’emploi."
Une utilité à démontrer...
Pour développer sa collaboration avec les entreprises privées, la recherche scientifique doit démontrer son utilité. C’est la raison principale du non recours : 67% de ceux que ne collaborent pas avec la recherche publique justifient leur choix par le fait qu’ils ne voient pas en quoi elle pourrait leur être utile. Une explication valable surtout pour les PME, ETI et grands groupes, beaucoup moins pour les start-up (39%), qui mettent davantage en évidence la non-identification des bons interlocuteurs (37%) et la complexité des démarches (35%).
Instituts Carnot "Il y a une vraie méconnaissance de ce que la recherche publique peut apporter aux entreprises ; nous nous en rendons compte sur le terrain, insiste le directeur général des Instituts Carnot. Quand nous organisons des réunions sur le partage de bonnes pratiques et retours d’expérience, les patrons de PME sont très surpris de voir que l’on vient à eux. Ils jugent souvent la recherche inaccessible et n’imaginent pas ce qu’elle peut leur apporter."
Une réalité que l’on peut lier au manque de projets R&D dans les entreprises de tailles modestes : 90% des PME et 82% des ETI interrogées n’envisageaient alors pas de mener des projets de recherche et innovation dans les 12 prochains mois.
... sauf chez ceux qui y recourent, toujours satisfaits
Point positif : quand les dirigeants recourent à la recherche publique, ils sont 82% à déclarer en être satisfaits. "Ce qui me conforte dans mon optimisme, c’est que quand on travaille avec une PME sur un nouveau produit, elle revient systématiquement nous voir", fait valoir Alain Duprey.
D’où la volonté des Instituts Carnot de généraliser certains dispositifs testés à destination de ce public. Exemple : le principe du "dé-risquage", qui consiste à conditionner l’engagement financier pris par l’entreprise dans les travaux de recherche à la levée de certains blocages scientifiques. Un moyen de leur garantir des résultats.



