ArianeGroup et les chantiers de l'Atlantique leur font de l'œil. Il faut dire que le secteur du fret maritime, qui représente 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, cherche des moyens de réduire son impact écologique. Une partie de la réponse se trouve peut-être à bord des navires du Vendée Globe.
Depuis quelques temps, ces laboratoires technologiques flottants aiguisent l'appétit des industriels pour le transport maritime. A Vannes dans le Morbihan, deux spécialistes français de la voile de compétition planchent actuellement sur des projets de cargos à voile. Le cabinet d'architecture VPLP, dont les navires ont remporté les deux derniers Vendée Globe, et Multiplast, une PME qui fabrique des bateaux de compétition en matériaux composites. Le premier est train de finaliser un contrat avec ArianeGroup pour le transport des éléments de la fusée européenne jusqu'à Kourou (Guyane), le second travaille depuis cinq ans sur un concept de cargo à voile basé sur des technologies issues de l'aéronautique.
Réduire l'empreinte écologique du fret maritime
"Tout s'est accéléré il y a cinq ans, estime Marc Van Peteghem, fondateur de VPLP. Les armateurs ont senti qu'un tournant était en train de s'opérer. L'Organisation maritime mondiale a durci ses règles d'une part, de l'autre ils ont compris que la réduction de leur empreinte carbone pouvait aussi être un avantage concurrentiel." Selon l'architecte, cela a été un "jeu de dominos". Les marques ont fait pression sur les transporteurs, qui ont fait pression sur les armateurs. "Il y avait de toute façon une nécessité de faire évoluer le secteur", juge-t-il.
La solution du cargo à voile
Chez VPLP, l'aventure a commencé il y a deux ans. ArianeGroup, qui cherchait un moyen de transport non polluant pour acheminer les éléments de ses lanceurs, s'est rapproché du cabinet. "On a imaginé un cargo à voile dont la forme et les principaux composants seraient issus à la fois du secteur de l'aéronautique et de la voile de compétition", se remémore Marc Van Peteghem. Le navire que dessine VPLP prend forme en 2019, avec une première proposition à ArianeGroup et un démonstrateur, "Energy Observer", qui traverse l'Atlantique.
"Notre cargo, baptisé Canopée, se compose de quatre voiles ou ailes, dont le processus de production est emprunté à l'aéro. Le routage est lui calqué sur celui des navires de compétition. Enfin, les matériaux sont issus à la fois de la voile de compétition et de l'aéronautique". Fil de verre avec des renforts en carbone pour le mât et fibres de verre recouverts de carbone pour les voiles, des composites qu'on retrouve dans la fabrication des bateaux de course, mais aussi des avions et des fusées. "Le Canopée aura une vitesse maximale de 16 nœuds et sera équipé d'une motorisation classique pouvant prendre le relais. Le tout sera fabriqué en France", veut rassurer Marc Van Peteghem.
Le second projet, porté par Multiplast, est plus avancé. "Les chantiers de l'Atlantique ont toqué à notre porte il y a cinq ans, explique Yann Penfornis, PDG de la PME de 110 salariés. Nous travaillons actuellement sur la partie haute de la voile, qui sera présentée à Saint-Nazaire (Loire Atlantique) l'été prochain". Le cargo devrait avoir les mêmes dimensions qu'un vraquier moyen. "Il mesurera 200 mètres de long, avec trois mâts de 85 mètres de haut et trois voiles de 1200 mètres carrés chacune."
Un débouché pour les constructeurs navals
"On a créé une société indépendante avec un département dédié aux navires professionnels, baptisé AERO", explique Marc Van Peteghem. Le cabinet d'architecte aimerait que le secteur représente un tiers de son chiffre d'affaires (qui s'élevait à 1,3 million d'euros en 2019) dans un avenir proche. Mêmes ambitions pour Yann Penfornis et Multiplast (14 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2019) : "la filière transporteurs commerciaux devrait représenter 30 à 40% de nos revenus".
Plus largement, pour les deux entrepreneurs, la France a une carte à jouer pour accompagner la transformation du fret maritime. "Ces technologies sont issues d'un savoir-faire typiquement français et il y a de la place pour tout le monde", juge Marc Van Peteghem. Ce qui est certain, c'est que l'architecture de nos bateaux doit être évolutive, car ils ne dureront pas 25 ou 30 ans comme avant. Nous sommes en pleine phase de transition, qui sait quelle source d'énergie on utilisera dans quinze ans ?" En attendant sa mise à l'eau, le cargo à voile pourrait bien emmener dans son sillage une partie du transport maritime commercial.



