Un mélange de photogrammétrie, de BIM (la modélisation des données du bâtiment) et d’API (interfaces de programmation). Voilà les technologies que TDF accumule pour construire le jumeau numérique de ses 8000 installations, sur lesquelles les acteurs de l’audiovisuel et les opérateurs de téléphonie mobile viennent poser leurs émetteurs et antennes à travers la France hexagonale et ultramarine.
L’opérateur d’infrastructures télécoms – né en 1975 du démantèlement de l’ORTF – s’est lancé au printemps dans ce chantier qu’il envisage d’achever en 2027. Avec pour enjeu d’«améliorer la gestion de notre infrastructure par sa digitalisation», explique Mouaad Aabibou, le directeur du projet chez TDF.
Diviser par deux le nombre de visites techniques
Les solutions de jumeau numérique utilisées dans l’industrie ont été jugées inadaptées par TDF. «Les infrastructures télécoms sont des environnement plus complexes que les usines, souligne Mouaad Aabibou. Elles vivent en extérieur et évoluent en permanence, avec des clients qui arrivent et repartent régulièrement. Elles n’ont donc pas un fonctionnement standard qu’il est facile d’anticiper comme pour une machine ou un bâtiment.» D’où la nécessité de trouver une solution dynamique et dont la mise à jour se fasse facilement.
Pour se faire, l’opérateur – qui compte 1500 collaborateurs et plus de 800 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2023 – a imaginé une numérisation basée sur plusieurs technologies, qu’il a construite en trois étapes. La première consiste à réaliser la visite virtuelle des installations. «Via des drones et des caméras 3D, nous demandons à nos techniciens de réaliser entre 1500 et 2000 photos de chacune de nos installations, décrit Mouaad Aabibou. Nous nous appuyons ensuite sur la solution de la start-up [bulgare, ndlr.] MYX qui permet, grâce à la photogrammétrie, de transformer cette captation en représentation 3D, un peu à la Google Street view.»
TDF Visite virtuelle d'un pylône créée grâce à la solution de la start-up MYX. ©TDF
Avec déjà des fonctionnalités intéressantes. «Nous pouvons simuler l’ajout d’un équipement, comme une antenne radio 5G ou un faisceau hertzien sur le site, en voyant les impacts en termes d’interférences, de poids ou de prise au vent, fait valoir le directeur du projet. Cela nous permet de répondre beaucoup plus rapidement aux demandes de nos clients.» Aujourd’hui, cette réponse prend un à trois mois pour les projets d'ingénierie simples et nécessite le déplacement d’un technicien pour une visite technique. Avec la solution de MYX, TDF estime pouvoir répondre en 15 jours au client et espère, d’ici à 2027, diviser par deux le nombre annuel de visites techniques, à 10000 aujourd’hui. Sachant que pour chacune, les techniciens parcourent en moyenne 150 kilomètres. De quoi gagner en temps … et en émissions carbone.
Plus de clients à la clef ?
La seconde étape est d’obtenir une maquette 3D des installations au format BIM, une technologie utilisée dans le bâtiment pour ajouter des données aux éléments numérisés. «On peut associer à chaque équipement les données des fiches techniques, souligne Mouaad Aabibou, qui précise que TDF s’appuie là sur une solution du spécialiste du BIM Arkance. C’est une demande de nos clients qui nous permet aussi d’affiner nos prises de décision et nos modélisations.»
Reste la dernière étape. «Tout cela n’a de sens que si c’est interconnecté avec notre SI [système informatique], plaide le responsable. Nos pylônes vivent : ce que j’ai capté la semaine dernière est déjà périmé aujourd’hui. Nous avons donc besoin que notre maquette virtuelle se mette à jour dès qu’un équipement est rajouté dans notre SI.» Une tâche, faite elle en interne, qui consiste à réaliser un mapping des données – c’est-à-dire relier chaque élément de la maquette aux données du SI – puis de développer des API de communication.
Les avantages au projet sont nombreux : des économies via la réduction des visites techniques, des gains de qualité dans les expertises (les drones voient mieux certains endroits que les techniciens), une meilleure maintenance, grâce à la détection de rouille ou de câbles décalottés, mais aussi des gains de productivité. TDF espère pouvoir accueillir plus de clients sur ses infrastructures grâce à la simulation des installations en amont.



