Après la crise, l’innovation. Alors que la pandémie de Covid-19 a provoqué un ralentissement de l'économie et donc des projets d’innovation dans les entreprises, celle-ci est désormais présentée comme un levier majeur pour faciliter la reprise. Lors d’une conférence en ligne organisée par le Club de Paris des directeurs de l’innovation jeudi 18 juin, des responsables de Thales, Transdev et Total ont notamment livré leurs retours d’expérience.
"C’est souvent dans les situations de contrainte que nous sommes poussés à innover, soulève Olivier Flous, vice-président transformation digitale de Thales. Cela nous apprend aussi à nous mettre sous contraintes pour mieux innover."
Nouvelle organisation
Premier cadre imposé par le Covid-19 : le confinement et le télétravail. "Cela a fait émerger de nouveaux modes de management, basés sur la confiance, relate Olivier Flous. Et l’innovation managériale est souvent celle qui suscite l’innovation technologique." En s’inscrivant au long terme dans l’organisation de l’entreprise, le télétravail pourrait d'ailleurs permettre au groupe de mieux attirer les talents. "Il faut cependant faire attention, nuance-t-il. Nous ne voyons pas encore tous les risques des nouvelles organisations du travail."
Parmi eux, en émerge un majeur pour l’innovation : l'isolement, la perte de contact humain informel et, donc, de créativité. "La rencontre fortuite, la discussion, peut faire naître une idée, relate Olivier Flous. C’est pour cela que le tout télétravail ne peut pas être la solution." Le groupe a donc engagé une réflexion sur la mise en place d'une organisation hybride télétravail-présentiel à l'échelle du groupe. "C’est certainement la plus importante innovation managériale que nous avons engagée depuis des années, argue-t-il. Elle questionne notre approche du management, de l’organisation du travail et, surtout, de la mobilité géographique de nos collaborateurs."
Nouveaux produits
Les contraintes du confinement ont aussi poussé l’opérateur de transports en commun Transdev à s’adapter. "Nous n’avons pas fait de R&D pendant cette période, présente Julien Réau, directeur de l’innovation de l’entreprise. Nous avons réutilisé des produits éprouvés techniquement, reconfigurés et commercialisés autrement."
Le groupe a notamment mobilisé une start-up partenaire, Flowly, basée à La Réunion, qui permet d'estimer le nombre de passagers à bord d'un véhicule grâce aux signaux émis par leurs téléphones. Présenté comme un outil d'optimisation des réseaux de transport en commun, le système est devenu la seule manière d'obtenir des informations sur les flux de passagers en période de confinement. "Les mesures sanitaires demandant l'embarquement par l'arrière et la non-validation des titres de transport, nous n'avions aucune visibilité sur l'usage du réseau bus", soulève Julien Réau.
"La commercialisation de ce produit a complètement changé, argue-t-il. Nous avons développé des kits de déploiement rapide pour les opérateurs de transport." D'après lui, l'usage de ce système n'a cessé d'augmenter, même après le confinement.
Nouvelles activités
Pour d’autres entreprises, la proposition de nouveaux services s’ancre dans la durée. Pendant la crise, le groupe Chargeurs, qui produit entre autres des films de protection de surfaces, a réorienté sa production pour fabriquer des masques sanitaires. "Nous avons décidé de faire en sorte que ces nouvelles activités deviennent pérennes", explique Joëlle Fabre-Hoffmeister, secrétaire générale de cette ETI.
L’entreprise a mis sur pieds un groupe de travail opérationnel de 18 personnes, afin notamment de constituer un business plan. "Ce projet de trois mois entraine l’émergence d’un nouveau métier dans le groupe, qui nous était jusqu’alors inconnu : la fabrication de masques", se félicite Joëlle Fabre-Hoffmeister.
Innover autrement
"Le rôle de la direction de l’innovation est d’accompagner la transformation de l’entreprise, abonde Maria Claudia Alvarez Cevasco, vice-présidente innovation de Total Marketing & Services. Ce rôle d’accompagnement doit aussi permettre de détecter des innovations en interne." C’est dans ce but que la vice-présidente milite pour l’intrapreneuriat.
"Nous avons remonté toutes les initiatives qui ont été lancées par nos filiales pendant la crise, présente-t-elle. Cela nous permet de les récompenser et d’envisager leur déploiement à grande échelle, de manière pérenne." Une nouvelle approche de l’innovation interne, davantage collaborative, et un nouveau moyen de se relancer dans l’après-Covid. "L'objectif n'est pas uniquement de sortir de la crise, mais aussi de préparer la suite", argue la présidente innovation.



