Pour l’heure, son apparition est discrète, qui se résume à un petit chalet au bout d’une allée. Mais dans quelques années, l’avion de JetZero pourrait bien côtoyer ceux d’Airbus et de Boeing au salon du Bourget. Et créer une énorme surprise. «Il a fallu 60 ans pour passer des frères Wright à l’architecture des avions actuels, soit un tube avec des ailes, raconte à L’Usine Nouvelle Tom O’Leary, le patron de cette start-up américaine. Et cela fait aussi 60 ans que la configuration des avions n’a pas changé.» L’ambition de la jeune pousse ? Développer une aile volante, le Z4. Et bousculer, en un temps record, Airbus et Boeing.
JetZero imagine faire irruption dans le très fermé cercle des avionneurs capables d’assembler des appareils de plus de 100 places avec un calendrier décoiffant : un démonstrateur taille réelle du Z4 doit effectuer un premier vol en 2027, avec l’aide de l’Air Force et de la Nasa. «On passera ensuite aux essais en vol, ce qui devrait aboutir à une entrée en service au début des années 2030, envisage le patron de JetZero. On verra peut-être le Z4 en 2028 au salon aéronautique de Farnborough, ou ici, au Bourget, en 2029 !»
Le rythme semble intenable, mais la start-up cavale. Elle a annoncé à l’occasion du salon du Bourget l’emplacement de sa future usine, dont la construction va démarrer début 2026 à Greensboro, en Caroline du Nord. Soit un investissement de 4,7 milliards de dollars (4,1 milliards d’euros) et 14500 emplois à la clé d’ici dix ans. A plein régime, elle pourra assembler 20 exemplaires du Z4 par mois, assure la jeune entreprise.
JetZero s'attaque au milieu de marché
Créée en 2021, à Long Beach (Californie), JetZero tente ainsi de secouer le secteur du transport aérien avec une architecture en rupture – puisque dépourvue de fuselage et d’empennage – et une ambition non dissimulée. De quoi en laisser sceptique plus d’un, même si plusieurs projets d’aile volante ont jalonné l’histoire de l’aéronautique. Quand la plupart des projets innovants actuels s’attaquent à des petits aéronefs, la start-up plonge tête la première dans le grand bain. Le Z4 vise le transport de 250 passagers, s'invitant sur le terrain des géants de l’aéronautique. «Il n’y a pas de compétition sur ce segment, tient à préciser Tom O’Leary. Dans une configuration trois classes, l’A321XLR peut transporter au maximum 200 passagers.» La start-up espère ainsi se faufiler entre les court et moyen-courriers et les gros porteurs.

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L’appareil de JetZero doit pouvoir effectuer des trajets de plus de 9200 km. Avec la promesse, grâce à son architecture, de réduire de 50% la consommation en carburant par rapport à un appareil de capacité équivalente, comme le Boeing 767 qui n’est plus produit pour le transport de passagers. Une telle forme réduit la traînée et augmente la portance, mais pose des questions de stabilité et de pressurisation. Déjà, des compagnies aériennes ont mordu à l’hameçon : alors qu’American Airlines a signé pour 100 commandes fermes et 100 options, Alaska Airlines a également cédé aux sirènes de la start-up, sans divulguer l’ampleur de la transaction. En tout, JetZero assure qu’une quinzaine de compagnies aériennes seraient entrées en discussion pour faire connaître leurs besoins. Alors qu’Airbus et Boeing peine à satisfaire la demande en avions, nul doute qu’elles accueillent à bras ouverts ce nouveau venu malgré sa jeunesse.
Certes, le détonnant projet de JetZero peut déconcerter. Mais le jeune patron a du répondant. Comment développer si rapidement un appareil, alors que le chinois Comac a lancé son monocouloir – le C919 – en 2008 et n’est parvenu à le certifier que 15 ans plus tard ? «Notre stratégie est de nous entourer de fournisseurs existants qui savent certifier des pièces», argue Tom O’Really. Et de citer, entres autres, les équipementiers Collins et Thales, le motoriste Pratt & Whitney, l’industriel de technologies Siemens ou bien encore le britannique BAE Systems. La configuration de cabine avec quatre couloirs ne peut-elle poser problème ? «Sur ce sujet, il y a de la désinformation, assène le dirigeant. L’évacuation est même plus simple.»
Des usages militaires en ligne de mire
Sur le papier, le projet ne manque donc pas de panache. Mais comment parvenir à le financer, alors que le développement d’un appareil commercial standard nécessite un investissement compris entre 10 et 15 milliards d’euros ? «Nous n’avons pas pour l’heure évalué le montant exact du projet, c’est trop difficile à dire, confie Tom O’Leary. Nous voyons les choses différemment.» Pour l’heure, la start-up assure avoir levé quelque 300 millions de dollars (261 millions d’euros). La route du financement est donc encore longue. «Mais pour l’heure, nous respectons notre planning et nous sommes sous le budget», veut rassurer le patron. Sa confiance, il la tire en partie des prévisions de demandes d’avions. A savoir : un marché pour le Z4 qu’il estime à environ 4000 appareils d’ici à 2040 ou 2050, sur un total de quelque 44000 avions commerciaux à cette échéance.
En outre, le patron de JetZero peut compter sur une équipe qui, comme lui, croit dur comme fer dans son étonnant projet. Les effectifs de la start-up s’élèvent à environ 240 personnes. Et comptent parmi ses dirigeantes et dirigeants nombre de talents issus des rangs des plus grands noms de l’aéronautique, tels que Boeing, McDonnell Douglas, Bombardier, Thales, Gulfstream… Si le transport de passagers constitue la première cible pour la jeune pousse californienne, d’autres marchés pourraient aussi s’ouvrir à elle. Car le Z4 devrait intéresser de près le monde militaire, l’engin proposant un vaste espace apte à servir au transport de troupes et d’équipements. Il pourrait aussi servir de ravitailleur en vol pour les appareils militaires.



