Avec sa puce microfluidique, le français Okomera veut accélérer la recherche en oncologie

Okomera souhaite généraliser le traitement personnalisé du cancer avec sa plateforme d’organe sur puce. La start-up française va annoncer la commercialisation de sa solution à l’occasion du salon Viva Technology.

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Avec ses puces microfluidiques la start-up Okomera veut généraliser les traitements personnalisés du cancer.

Okomera ambitionne de percer dans le secteur prometteur des organes sur puce. La start-up française reproduit sur une puce microfluidique ou organoïde des répliques de cellules cancéreuses afin de trouver le traitement le plus approprié ou tester de nouvelles molécules. A l’occasion de Viva Technology, Okomera annonce débuter la commercialisation de son dispositif automatisant le remplissage de ces puces en octobre.

La microfluidique est la discipline derrière l’émergence des organes sur puces. Elle consiste à maîtriser l’écoulement de fluides dans des canaux plus fins qu’un cheveu (entre 1 et 100 microns) afin de mimer les flux sanguins d’un corps ou d’un organe. L’organoïde ressemble donc à une puce en plastique composée de canaux et de valve. Après plusieurs années de recherche dans ce domaine, Raphaël Tomasi, passé par l’école Polytechnique puis l’institut Pasteur, fonde la start-up Okomera en 2020 afin de commercialiser une plateforme automatisant la recherche en oncologie et la personnalisation des anti-cancéreux.

Des échantillons de quelques milligrammes

La solution d’Okomera repose sur la miniaturisation de la cellule tumorale sur une puce microfluidique grâce à une machine. Dans un premier temps, le professionnel doit prélever des cellules tumorales via une biopsie. Seuls quelques milligrammes d’échantillon sont nécessaires pour être cultivés et répliqués. La culture obtenue, mélangée avec un milieu de culture qui reproduit l’environnement cellulaire de la tumeur, est positionnée dans la machine ainsi que l’organoïde fournit par Okomera.

La machine, qui fait la taille d’un micro-onde pour être positionnée sur les paillasses des laboratoires, automatise le remplissage de l’organoïde avec la réplique du prélèvement et le traitement envisagé. Cette étape est minutieuse car les gouttes déversées sur l’organoïde font 400 micromètres et l’apparition d’une seule bulle d’air tue les cellules. «La goutte se déplace et se fixe sur la puce, explique le CEO Sidarth Radjou. Plusieurs pièges sont présents sur cette puce afin de fixer d’autres gouttes et de fusionner l’ensemble si besoin.»

Okomera rendu de leur machineOkomera
Okomera rendu de leur machine Okomera rendu de leur machine

Rendu 3D de la machine d'Okomera.

Son interface logicielle permet de simuler précisément les interactions et d’espacer dans le temps la réception de différents médicaments. «Ce premier produit se concentre sur les cancers du poumon, du sein et intestinal – colorectal et pancréas – en raison des collaborations menées avec des laboratoires de référence comme le centre Gustave-Roussy», détaille Sidarth Radjou. Collaborations grâce auxquelles la start-up a validé son modèle avec un essai clinique sur 500 patients. «Le modèle doit être customisé pour chaque cancer», s’empresse-t-il d’ajouter.

Se faire un nom sur un marché foisonnant

La machine commercialisée à «quelques centaines de milliers d’euros», selon Sidarth Radjou qui ne donne pas plus de précisions, s’accompagne d’un contrat de service et de l’achat de consommables avec les puces microfluidiques et les kits de réactifs. Pour l’instant la start-up fabrique et assemble l’ensemble de ses composants sur son site de Montreuil (Seine-Saint-Denis) grâce à son équipe d’une vingtaine de salariés et un partenariat noué avec l’entreprise lyonnaise MGA Technologies. «Il faut des matériaux spécifiques pour permettre aux cellules de respirer comme dans le corps humain où des échanges gazeux sont réalisés», explique Sidarth Radjou.

La start-up travaille avec «plusieurs sociétés pharmaceutiques dont Astra Zeneca qui utilise cette machine pour refaire des tests sur une nouvelle molécule pour traiter le cancer colorectal», comme le détaille Sidarth Radjou. Une façon pour l’entreprise pharmaceutique d’évaluer le bon fonctionnement du système. Okomera a également noué des partenariats avec plusieurs centres académiques dont Gustave-Roussy et l’hôpital Karolinska en Suède. «Lorsque cela est possible nous récupérons les données et informations sur l’efficacité des traitements afin d’entraîner nos algorithmes sur des millions de données patients», glisse Sidarth Radjou.

Okomera vise aussi le marché américain puisque le pays souhaite faire des essais sur les animaux l’exception pour le développement des anticorps monoclonaux d’ici 2030. Elle souhaite lever des fonds courant 2026 pour financer son lancement commercial aux États-Unis et l’ouverture d’un laboratoire dans ce pays. Le temps presse. Beaucoup de concurrents cherchent à se faire un nom dans ce secteur des organes sur puce. En France la pépite Orakl, émanation de Gustave-Roussy, a vu le jour en 2023, dans la lignée d’autres comme Netri ou Cherry Biotech. Aux États-Unis il est possible de citer des noms comme Emulate, Xilis et Vivodyne qui ont déjà levé plusieurs dizaines voire centaines de millions de dollars.

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