25 start-up, 105 brevets… Le programme quantique européen porte ses premiers fruits

Lancé en 2018, pour dix ans, avec une enveloppe d’un milliard d’euros, le Quantum Flagship, plan quantique de la Commission européenne, livre de premiers résultats. Clôturée, sa phase de lancement a déjà donné lieu à la naissance de 25 start-up, le dépôt de 105 brevets et plus de 1 300 publications scientifiques.  

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Coeur du processeur quantique à atomes neutres de Pasqal, qui a démontré un avantage quantique dans le cadre du Quantum Flagship.

C’est «une initiative à haut risque» qui commence à porter ses fruits, se félicite Tommaso Calarco, physicien chargé du Quantum Flagship, le plan quantique lancé en 2018 par la Commission européenne. «Nous sommes réellement surpris de constater tout ce que nous avons accompli», continue-t-il. Arrivé à la fin de sa phase de lancement fin 2022, le programme créé pour une durée de dix ans et doté d'une enveloppe d'un milliard d’euros «est déjà arrivé plus loin que ce que nous attendions», assure le scientifique, considéré comme un pionnier mondial de son domaine. Un rapport, publié fin janvier, dresse un premier bilan de cette première étape, dotée par le programme Horizon 2020 d’une enveloppe de 193 millions d’euros.

1 500 scientifiques, 236 organismes, 21 projets de R&D, 25 start-up créées, 105 brevets, 1 313 publications scientifiques (et 223 supplémentaires en cours de publication)… Les chiffres attestent de l’effervescence de la recherche européenne sur la physique fondamentale, le calcul, les communications et les capteurs quantiques.

Un grand pas vers des systèmes d’intérêt pour l’industrie

Autant de domaines dans lesquels les chercheurs européens ont rempli, et dépassé, leurs objectifs. Dans les communications, ceux-ci sont notamment parvenus à créer un nœud quantique – un dispositif qui permet de transférer un état quantique d’un processeur à un autre, indispensable à la création d’un futur réseau d’internet quantique. Dans les capteurs, les projets ont engendré la commercialisation de nouveaux capteurs quantiques (gravimètres et magnétomètres) ainsi que le développement d’IRM plus précis, d’horloge atomique miniaturisée, de gyroscopes et spectromètres atomiques…

Mais c’est surtout dans le domaine du calcul quantique que les résultats ont dépassé les espérances. Les projets dans le domaine ont notamment permis de créer des puces de 25 qubits supraconducteurs et 50 ions piégés, d’élaborer plus de 70 cas d’usages et de développer un outil indépendant permettant de vérifier un avantage quantique.

«Nous n’avions pas prévu de démontrer un avantage quantique, car nous ne pensions pas cela possible en si peu de temps», raconte Tommaso Calarco. Pourtant là aussi, le Quantum Flagship a surperformé. «Même si nous avons eu une couverture médiatique moindre que la démonstration de la "suprématie quantique" par Google, sourit-il. Nous avons pourtant obtenu de meilleurs résultats, en démontrant un avantage sur un problème d’intérêt scientifique.»

Le projet à l’origine de cet aboutissement, baptisé Pasqans, était porté entre autres par la start-up française Pasqal, Atos, le réputé laboratoire Kastler Brossel (LKB) et l’institut allemand de Jullich, où Tommaso Calarco dirige un laboratoire de recherche. Il a notamment démontré la capacité de simuler, en manipulant des atomes avec des lasers, les dynamiques de changement de phase et les états quantiques de certains éléments. «Un grand pas vers des systèmes d’intérêt pour l’industrie», assure le physicien.

Un fonds d'investissement arrive en renfort

Une nouvelle salve d’une vingtaine de projets va désormais prendre la relève, dans une nouvelle phase du Quantum Flagship qui se concentrera «vers la maturation des technologies quantiques», est-il indiqué dans le rapport. Un nouveau volet visant «à placer l’Europe à l’avant-garde des technologies quantiques d’ici à 2030», dont «la vision, et les moyens d’y parvenir, seront présentés dans un agenda stratégique de recherche en 2023».

D’ici là, Tommaso Calarco attend la création, par la Commission européenne, d’un fonds d’investissement dans l’année. «Cela devait être fait l’année dernière, nous l’attendons dans le courant de l’année, envisage-t-il. La cible est de plusieurs centaines de millions d’euros, voire un ou deux milliards.» De quoi donner un coup d’accélérateur aux nombreuses pépites issues du programme européen. Et les laisser espérer tenir la concurrence des géants américains.  

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