Entre compétition et coopération, comment les Etats européens avancent sur les technologies quantiques

Pour ne pas rater la révolution quantique, les Etats européens mettent sur pied leurs programmes d'investissements, pendant que l'Union européenne coordonne son plan dédié, le Quantum Flagship. Des initiatives distinctes qui les placent un coup en concurrence, un coup en coopération. Etat des lieux des ambitions à l'occasion du Quantum Business Europe, un événement en ligne qui rassemble des professionnels européens du secteur les 16 et 17 mars.

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Ordinateur quantique - Microsoft
L'Europe s'organise pour rivaliser avec les géants américains, comme Microsoft, qui développe son ordinateur quantique (photo).

"Nous ne voulons pas louper le train." Pour Tomaso Calarco, responsable du Quantum Flagship, le plan quantique européen, la seconde révolution du quantique soulève "des considérations à la fois économiques et stratégiques". Il faut positionner des entreprises européennes sur un marché naissant, tout en conservant la main sur des technologies critiques, relatives à la souveraineté des Etats, explique-t-il, invité à l’événement Quantum Business Europe, qui rassemble en ligne des professionnels européens du secteur les 16 et 17 mars. Pour y parvenir l’Union européenne investit 1 milliard d’euros sur dix ans, tandis que les Etats se dotent eux aussi de leurs programmes dédiés.

Loin de se télescoper, les approches continentale et nationales sont vouées à se compléter.

Comme l’explique Paula Forteza, députée chargée du rapport à l’origine du plan quantique français, "nous essayons de distinguer ce qui sera un avantage stratégique pour la France […] et les sujets où nous avons besoin de travailler au niveau européen". Elle oppose ainsi les secteurs "où nous pouvons être leaders et ceux où nous pouvons coopérer". Selon elle, si la France peut "prendre le lead" sur les aspects logiciels, le pays pourrait par exemple bénéficier de la coopération européenne pour industrialiser les calculateurs ou pour développer des infrastructures de communication quantique. "Nous devons atteindre une échelle suffisante si nous voulons rivaliser" avec la Chine et les Etats-Unis, argue-t-elle.

L'Europe en avance sur la simulation et les capteurs

Pour l’instant, l’Europe "est en avance sur la simulation et les capteurs quantiques", affirme Tomaso Calarco. "Mais nous avons un retard d'un à deux ans sur les qubits supraconducteurs, avertit-il. Quant aux communications quantiques, nous ne pouvons pas nous situer car aucun pays ne communique à ce propos. Seul Dieu et quelques personnes – qui n’ont pas le droit de parler – pourraient le dire."

Ce retard relatif est notamment dû à un loupé européen lors d’une révolution technologique précédente : celle de l’internet. "Tous les profits de la révolution internet sont aux Etats-Unis", déplore le responsable européen.

Pour autant, pas de quoi ralentir les efforts européens. Au contraire, les fonds du Quantum Flagship visent notamment "à amorcer le marché", précise Tomaso Calarco. Deux projets emblématiques sont menés à ce titre : la construction d’un calculateur hybride à l’état de l’art pour 2023 et celle, lancée en 2019, d’un réseau de communication quantique européen. "Ces deux développements sont des enjeux majeurs, explique-t-il. Ils visent à accompagner la recherche et à créer une infrastructure pour lancer le marché."

Un secteur attractif pour les investissements

Reste aux Etats à accompagner la création de pépites, en valorisant les travaux de recherche menés dans leurs laboratoires, et à inciter les industriels à s’engager dans cette nouvelle révolution. "Il faut une stratégie de coordination entre les financements publics et les investissements privés", estime Tomaso Calarco. Une approche dans laquelle la France est déjà engagée, en intégrant les industriels à son plan national et en construisant "des hubs où les start-up peuvent rencontrer directement des chercheurs, des industriels et des utilisateurs", fait valoir Paula Forteza. Et sur laquelle l’Allemagne, elle, affiche un certain retard.

Le Royaume-Uni, qui a investi plus d’un milliard d’euros dans le secteur au cours des huit dernières années, voit depuis plusieurs mois "les investissements privés arriver de plus en plus rapidement", selon Roger McKinley, responsable des technologies quantiques au ministère de l’Education et de la recherche. "Le quantique est devenu un secteur attractif pour les investissements", estime-t-il, regrettant tout de même l’exclusion du pays des financements européens – une conséquence directe du Brexit.

"Si j’étais à la manœuvre du programme Flagship, j’aimerais pouvoir être en mesure d’investir dans les entreprises les plus prometteuses", estime-t-il, soulignant que la Suisse et Israël pourraient aussi bénéficier de (et apporter à) l’écosystème européen. Les trois pays ne sont pas mis au ban de la coopération pour autant : certaines de leurs start-up participent à des projets en Europe. Et prennent donc part à la montée en puissance de son jeune écosystème.

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