Frapper depuis les profondeurs de la mer des cibles à plusieurs centaines de kilomètres à l’intérieur des terres sans pouvoir être repéré ! Les forces françaises viennent de faire la démonstration qu’elles en avaient désormais la capacité. Mardi 20 octobre, le Suffren, premier de série des six sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) du programme Barracuda, a réalisé avec succès le tir d’essai du missile de croisière naval, le MdCN dans le jargon des militaires.
Une rupture pour les armées françaises
L’opération s’est effectuée sous le contrôle des experts de la DGA (Direction générale de l’armement) et plus particulièrement de la division des essais de missiles située à Biscarrosse (Landes). Elle a permis de valider le bon fonctionnement des armes et du système de combat du Suffren. "Ce succès confère une nouvelle capacité stratégique à notre Marine et la place parmi les meilleures au monde", s’est félicité la ministre des Armées, Florence Parly, dans un communiqué de presse diffusé après l’essai.
Pour les armées françaises, ce missile de croisière naval constitue une rupture. Jusqu’ici, grâce aux torpilles lourdes et aux missiles anti-navire, les forces sous-marines françaises pouvaient frapper des sous-marins et des navires de surface. Avec ce nouveau missile, elles peuvent aussi détruire des infrastructures terrestres lourdes à longue distance. Le missile équipe déjà les frégates multi-missions de la marine française, qui a été la première en Europe à pouvoir bénéficier d’un tel armement.

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un échec en 2018
Le tir depuis le sous-marin était scruté très attentivement car le MdCN a déjà connu un échec : lors de l’opération militaire menée en coalition avec les États-Unis et le Royaume-Uni en 2018 et destinée à détruire des sites chimiques en Syrie. Certains missiles n’avaient pu être engagés à partir des frégates françaises. Les armées avaient alors donné peu d’explications sur ce raté.
Le MdCN est conçu et fabriqué par l’industriel MBDA. Il s’agit de la version navale du missile SCALP/Storm Shadow développé par la France et le Royaume-Uni. Outre sa portée de plusieurs centaines de kilomètres, le MdCN se distingue par ses performances de navigation autonome et de guidage terminal par reconnaissance infrarouge. Ne comptez ni sur la DGA ni sur MBDA pour donner les détails de ses performances et des technologies embarquées.
2,86 millions d'euros par missile
Le fiche technique de MBDA mentionne seulement les principales caractéristiques de l’arme, qui se présente comme un cylindre de 1400 kilos pour 6,5 mètres de longueur, avec la capacité de voler par tous temps à une vitesse proche de celle de la vitesse du son, soit environ 1200 km/h. Certains experts du monde militaire évoquent une précision métrique et une faible signature radar.
Son baptême du feu est récent puisqu’il a eu lieu en avril 2018, lors de l’opération militaire en Syrie. A contrario, le prix du MdCN est connu avec précision. Il en coûte environ 2,86 millions d’euros par missile selon un document du sénat (projet de loi de finances pour 2015, équipement des forces).
Le successeur déjà en préparation
Le développement du missile de croisière a mobilisé les centres d’expertise de la DGA, de la Marine nationale et de l’industriel. Sa genèse a été longue puisque les premiers travaux ont démarré en 2000. La notification du contrat à la société MBDA a eu lieu en 2006 et le premier tir de qualification en 2013... déjà depuis le site de Biscarosse.
Son successeur est déjà dans les tiroirs. MBDA a été désigné par la France et le Royaume-Uni pour diriger le programme Futur missile anti-navires/Futur missile de croisière (dit FMAN/FMC) dont la phase de concept conjointe a été lancée en mars 2017 avec un premier contrat d’études de 100 millions d’euros. Il s’agit de développer des technologies clés comme l’aéropropulsion, la furtivité, le guidage terminal du missile sur sa cible (électromagnétique, optique, bimode...).



