Vendredi 12 juin 2020, depuis la baie d’Audierne (Finistère), le sous-marin nucléaire Le Téméraire de la marine française a réussi son tir du missile balistique stratégique M51. Un exercice qui permet d’asseoir la crédibilité française en matière de dissuasion nucléaire, clé de voûte de la stratégie de défense tricolore. L’exercice est loin d’être une formalité. Si le précédent tir d’un missile balistique en 2016 avait été également un succès, celui de mai 2013 avait échoué avec la destruction du missile après une trentaine de secondes de vol.
En effet, le tir d’un missile balistique depuis un sous-marin est d’une incroyable complexité technologique. Il faut maîtriser les contraintes liées aux trois environnements très différents : le milieu sous-marin, l’atmosphère et le vide spatial. Et surtout il faut transformer un sous-marin en véritable base de lancement spatial avec son système de commandement et de contrôle. Les missiles stratégiques sont l’équivalent de lanceurs spatiaux, à une différence majeure près : au lieu de mettre des satellites en orbite, leur mission est de transporter une charge nucléaire à l’autre bout de la planète !

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16 mini Ariane à bord d'un sous-marin
"L’enjeu, c’est d’arriver à mettre à bord du sous-marin 16 petits lanceurs Ariane avec l’équivalent du pas de tir de Kourou sachant qu’il y a juste à côté un équipage et une propulsion nucléaire", explique le responsable des programmes Défense d’ArianeGroup par ailleurs maître d’œuvre industriel d’Ariane 6. Des lanceurs pas si petits en fait. Le missile M51 fait tout de même plus de 50 tonnes. Il a une portée intercontinentale après avoir assuré un vol pouvant dépasser 1 000 km d’altitude. De quoi toucher n’importe quelle cible, au moins dans 90% des terres émergées, selon le ministère des Armées.
Cela nécessite de maîtriser des technologies clés : la propulsion à poudre qui permet une combustion maîtrisée, la connaissance des matériaux les plus résistants qui vont permettre de résister aux efforts mécaniques, à la pression et aux hautes températures traversées dans tous les milieux et enfin les algorithmes de guidage et de pilotage du missile. Sans la maîtrise de ces technologies clés, inutile d’espérer prendre de vitesse les défenses ennemies et toucher sa cible. "Comme pour les lanceurs civils, le poids du missile joue un rôle essentiel dans la performance", indique le responsable des programmes Défense d’ArianeGroup... sans pouvoir en dire beaucoup plus, discrétion oblige.
Des PME aux savoir-faire très pointus
En tant que maître d’œuvre industriel du missile M51, ArianeGroup (coentreprise entre l'européen Airbus et le français Safran) est présent sur tout le cycle de production : recherche amont, conception, fabrication, MCO (maintien en condition opérationnelle) et démantèlement. L’activité de missiles stratégiques mobilise au total 7 000 personnes en France dont 3 000 personnes au sein d'ArianeGroup. Parmi ces partenaires stratégiques, figurent les grands donneurs d’ordres comme Thales et Safran mais également des PME. "Pour des raisons d’indépendance stratégique, nos 900 partenaires industriels dont 400 PME, sont tous des acteurs français basés sur le territoire national",souligne le responsable industriel. Parmi ces PME, certaines sont directement détenues par ArianeGroup comme Sodern qui fabrique de viseurs stellaires dans le Val-de-Marne, Pyroalliance qui conçoit les systèmes pyrotechniques dans les Yvelines ou encore Nucletudes, spécialiste en Essonne des effets des rayonnements sur les systèmes électroniques et les structures.
Ce n’est pas un hasard si l’ensemble de ces entreprises, des grands maîtres d’œuvre industriels aux PME, sont également des fournisseurs d’Ariane 6. La dualité civil/militaire joue à plein dans le secteur spatial. Ainsi le missile M51 va bénéficier du programme de nouveau lanceur de l’agence spatiale européenne. "Tous les gains obtenus sur Ariane 6 grâce à la spécialisation des sites et une industrialisation plus poussée vont bénéficier à l’activité des missiles stratégiques", se félicite le responsable des programmes Défense d’ArianeGroup. Les successeurs du M51 vont également bénéficier des logiciels de production comme le PLM (Product Lifecycle Management) mis en place pour optimiser la production d’Ariane 6.
Un programme à 6,5 milliards d'euros
L’inverse est également vrai. Les lanceurs civils ont pu profiter des avancées dans le domaine de la propulsion à poudre et de la précision des trajectoires apportés par les missiles balistiques. Le vol du 12 juin devrait encore améliorer ces technologies. Les techniciens de la DGA (Direction générale de l’armement) et d’ArianeGroup ont pu récupérer l’ensemble des données de vol transmises par les capteurs embarqués et disposent d'au moins d’un an de travail pour les exploiter.
Mis en service en 2010, le missile M51 équipe dorénavant tous les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins en service (le Terrible, le Vigilant, le Triomphant, et le Téméraire). Selon le ministère des Armées, le développement du missile et du système de mise en oeuvre à la base opérationnelle de l’Ile Longue aura coûté de l’ordre de 6,5 milliards d’euros. Le coût de réalisation des lots de M51 destinés aux sous-marins nucléaires est de l’ordre de 3 milliards d’euros.



