L’épilogue de la série Veolia-Suez reste à écrire. La saison 1 s’est achevée le 5 octobre avec le blanc-seing accordé par le conseil d’administration d’Engie au projet de Veolia qui rêve de s’emparer de Suez, son concurrent historique. Une première bataille remportée par le groupe présidé par Antoine Frérot.
Veolia a déboursé 3,4 milliards d’euros pour les 29,9 % d’actions détenues par Engie dans Suez, en payant 18 euros par action au lieu de 15,50 euros, sa première offre. Et il s’est engagé à ne pas formuler d’offre publique d’achat (OPA) hostile pour reprendre les 70,1 % restant. Engie sait comment utiliser cette manne financière : "Dans les renouvelables, nous voulons passer de 3 à 4 gigawatts [de nouvelles capacités installées par an, ndlr] et garder dans le bilan une part plus importante des projets dans lesquels nous avons investi", a précisé Jean-Pierre Clamadieu, son président. Le champ était libre pour Veolia depuis que le fonds Ardian avait jeté l’éponge, renonçant à jouer le chevalier blanc auprès de Suez face à l’hostilité des deux parties et surtout au manque de temps pour présenter une offre qui tienne la route.
La contestation de la légitimité du vote du conseil d’administration d’Engie laisse augurer quelques passes d’armes juridiques. Les trois représentants de l’État ont voté contre ou se sont abstenus, considérant que les conditions n’étaient pas remplies pour arriver à un accord amiable, alors que les représentants de la CFDT n’ont pas pris part au vote, s’esquivant peu avant celui-ci. Le conseil d’administration de Suez continue, quant à lui, de parler d’offre hostile et annonce qu’« afin de préserver les intérêts des actionnaires et des parties prenantes, [il] mettra en œuvre tous les moyens à sa disposition pour éviter une prise de contrôle rampante ou un contrôle de fait ». Sa fondation de droit néerlandais pour loger l’activité eau en France est un véritable frein à des discussions courtoises. Suez bénéficie aussi du soutien de ses salariés dont l’intersyndicale a demandé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire.
Antoine Frérot n’aura pas trop de douze à dix-huit mois – le temps nécessaire à l’instruction – pour réaliser son rêve, qui passe par des relations pacifiées avec Suez, et la cession d’actifs là où la position de son groupe deviendra hégémonique. Les concurrents observent avec intérêt – Paprec dans le recyclage, Saur dans l’eau… –, mais rien ne dit que la saison 2 se terminera par un happy end pour Veolia.



