Nomination

Un dirigeant au profil atypique et en rupture pour prendre la tête du Centre national d’études spatiales

L’Etat a choisi une personne qui ne fait pas partie du gotha spatial pour prendre la tête du CNES. Doté d’un profil atypique, avec une forte expérience au sein des cabinets ministériels tout en étant expert des nouvelles technologies, Philippe Baptiste devra relever plusieurs défis dans un secteur chamboulé par la montée en puissance des acteurs privés comme SpaceX et la militarisation croissante de l'espace.

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président du CNES Philippe Baptiste
En tant que futur patron du CNES, Philippe Baptiste devra endosser le rôle de défenseur de l’industrie spatiale française, qui compte 15 000 salariés pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 7,4 milliards d’euros.

L’outsider remporte la course pour prendre la tête du Centre national d’études spatiales. Le futur président du CNES est un quasi inconnu, Philippe Baptiste, né en 1972, dernièrement en poste au Boston Consulting Group, cabinet international de conseil en stratégie. Le conseil des ministres du mercredi 14 avril a entériné sa nomination comme président du Centre National d’Etudes Spatiales (CNES). 

Le mardi 30 mars dernier, le président de la République, sur proposition du premier ministre, avait déjà fait savoir par communiqué de presse qu’il envisageait de le nommer en qualité de président du conseil d’administration du CNES.

Cette candidature avait été aussi validée par le Parlement bicaméral (Assemblée nationale et Sénat) le 7 avril dernier. Philippe Baptiste succédera donc à Jean-Yves Le Gall en poste depuis 2013. "Dès les prochains mois, il devra accompagner la mise en œuvre du plan de relance et construire un nouveau contrat d’objectifs et de performance pour la période 2021 – 2025" , avait fait savoir une source proche de l’Elysée au moment de faire connaître son choix.

A la tête d’une agence forte de 2 300 collaborateurs et d’un budget de 2,33 milliards d’euros en 2021, il aura pour mission de définir et d’exécuter la stratégie spatiale de la France. Sa tâche ne sera pas des plus faciles. Le secteur est pris dans le tourbillon du newspace. Depuis quelques années, le domaine spatial est chamboulé par des ruptures technologiques avec le développement des fusées réutilisables et l’avènement des constellations regroupant des milliers de satellites. L’arrivée des sociétés privées comme SpaceX dirigée par Elon Musk ou encore Blue Origin par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, bouleverse à coup d’investissements en milliards de dollars les règles du jeu imposées par les acteurs étatiques. Résultat : l’Europe spatiale se retrouve avec une fusée Ariane fragilisée par les succès de SpaceX et regarde décoller les projets d’acteurs privés de constellations (Starlink, OneWeb…) qui visent à offrir des accès Internet sur toute la surface du globe.

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Expert en intelligence artificielle

La nomination de Philippe Baptiste est une surprise. L’homme ne fait pas partie du gotha spatial. D’autres noms plus médiatiques circulaient pour le poste comme celui de Stéphane Israël, patron d’Arianespace ou encore Nicolas Chamussy ancien directeur des activités spatiales du groupe Airbus mais qui a rejoint finalement l’industriel Nexter.

Depuis novembre 2020, Philippe Baptiste occupait le poste de directeur de l’entité intelligence artificielle et de data science au Boston Consulting Group (qui anime par ailleurs un blog sur le site de L'Usine Nouvelle). Il avait été recruté notamment pour son expertise dans le domaine de la supply chain, de la recherche et innovation et la Deep tech. Pour rappel, ce docteur de l’Université de Technologie de Compiègne et ingénieur civil des Mines de Nancy, est l’auteur de plusieurs ouvrages et d’environ 150 publications et communications scientifiques. 

Le successeur de Jean-Yves Le Gall pourra s’appuyer sur sa connaissance des rouages ministériels. Un atout quand on connait la triple tutelle de l’agence : le Ministère de l’Économie, des Finances et de la Relance, le Ministère des Armées et le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Il a été conseiller éducation, enseignement supérieur, jeunesse et sports au cabinet d’Edouard Philippe à Matignon de décembre 2019 à juillet 2020. Avant cela, il a été directeur de cabinet de Frédérique Vidal ministre de l’enseignement supérieur, de la Recherche et de l’innovation (mai 2017-avril 2019)

Courte expérience dans l'industrie

Philippe Baptiste a fait un court passage dans l’industrie. De 2016 à 2017, il a été directeur scientifique puis Chief Technological Officer du groupe pétrolier Total.

Parmi ses défis, Philippe Baptiste devra imposer la France comme l’un des moteurs de l’Europe spatiale avec l’Allemagne et l’Italie et défendre le sacro-saint principe d’autonomie d’accès à l’espace, l’alpha et omega de la stratégie spatiale française. Il devra par ailleurs contribuer à la montée en puissance du nouveau Commandement de l’Espace voulu par le président de la République dans le cadre de sa nouvelle stratégie spatiale militaire. Enfin, il devra également endosser le rôle de défenseur de l’industrie spatiale française, qui compte 15 000 salariés pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 7,4 milliards d’euros.

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