En 2021, le CNES sera (aussi) sur le front militaire

Lancement de satellites au profit des armées, montée en puissance du nouveau Commandement de l’espace au centre spatial toulousain, développement de nouvelles technologies pour la surveillance de l’Espace… L’année 2021 sera (aussi) une année militaire pour l’agence spatiale française.

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Satellite CSO/MUSIS.
La France lancera plusieurs satellites militaires en 2021. En décembre dernier, le centre spatial guyanais a réussi la mise sur orbite du satellite CSO-2 dédié à l'observation militaire.

En 2021, les 2400 salariés du Centre national d’études spatiales (CNES) travailleront beaucoup au profit des militaires. "Le CNES est une agence duale", a rappelé son président Jean-Yves Le Gall à l’occasion de la présentation des vœux à la presse, le 5 janvier 2020. Depuis l’annonce de la nouvelle stratégie spatiale de Défense en juillet 2018 par le président de la République, les armées s’appuient sur l'agence spatiale française pour monter en puissance. "L’objectif est d’assurer notre défense de l’Espace et par l’Espace", a rappelé son président.

Si le programme des activités civiles pour l’année en cours s'annonce chargé (vol de Thomas Pesquet vers la station orbitale avec une fusée SpaceX, livraison du nouveau pas de tir d’Ariane 6, premier tir de la fusée Vega C au centre spatial guyanais…), le CNES aura fort à faire également sur le front militaire. Son expérience sur de nombreux programmes spatiaux (Helios, Spot, CSO, Pléiades, etc.) a conduit la direction générale de l’armement (DGA) à partager avec l’agence la maîtrise d’ouvrage du segment spatial.

Des satellites d'écoute électromagnétique

L’année 2021 sera ainsi marquée par le lancement de plusieurs satellites militaires. En premier lieu, les trois satellites Ceres (Capacité d'écoute et de renseignement électromagnétique spatiale), qui voleront en formation. Il s’agira de la seule capacité orbitale de ce type en Europe, selon le ministère des Armées.

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Une fusée Ariane 5 mettra aussi sur orbite le premier des deux satellites Syracuse de nouvelle génération pour les télécommunications militaires. Ils apporteront une hausse significative des débits de données, ainsi qu’une meilleure résistance aux brouillages. En décembre dernier, le centre spatial guyanais a réussi le lancement du satellite CSO-2 dédié à l’observation militaire.

Le programme Yoda de surveillance spatiale

Cette nouvelle stratégie spatiale de Défense passe par le développement de nouvelles technologies. La DGA va mettre à la disposition du CNES et des industriels une enveloppe de 700 millions d’euros pour développer de nouvelles capacités en orbite dans le cadre du nouveau programme "Maîtrise de l’espace".

Parmi les projets phares figure le démonstrateur Yoda, pour lequel le CNES assure le rôle de maître d’œuvre. Il s’agit de nano-satellites dits "patrouilleurs", chargés d’assurer depuis l’espace la protection active des satellites les plus critiques pour les armées. Ils seront capables de détecter les menaces et les neutraliser, soit à travers des manœuvres d’éblouissement, soit en faisant usage de lasers de puissance. Ces nano-satellites patrouilleurs devraient être disponibles à partir de 2023.

En orbite, la menace est bien réelle. En 2018, la ministre des Armées Florence Parly avait révélé la tentative d’espionnage par le satellite russe Louch-Olymp, qui s’était approché très près du satellite de télécommunications franco-italien Athena-Fidus.

400 militaires à Toulouse d'ici à 2025

L’année 2021 devrait également marquer la montée en puissance du Commandement de l’espace (CDE), créé le 3 septembre 2019. Cette entité chargée de coordonner la stratégie spatiale militaire française, a pris ses quartiers au centre spatial du CNES à Toulouse (CST). L’intégration a commencé avec une trentaine de militaires déjà sur site, hébergés dans les bureaux de l’agence spatiale. A l’horizon 2025, les effectifs seront portés à 400 personnes dans des bâtiments dédiés. "L’objectif est de rapprocher les utilisateurs des concepteurs; de faire en sorte que tous les systèmes développés par le CNES puissent être mis à disposition des militaires", a souligné Jean-Yves Le Gall.

La France a fait de l’espace une priorité militaire. Sur la période 2019-2025, elle va consacrer plus de 4,3 milliards d’euros pour moderniser et renforcer ses capacités spatiales.

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