Trois ONG attaquent Danone pour sa trop lente « déplastification »

Zero Waste France, ClientEarth et Surfrider Foundation Europe assignent en justice le groupe agroalimentaire français pour non-respect de la loi sur le devoir de vigilance en matière d’utilisation du plastique.

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ONG - assignation de Danone
ONG - assignation de Danone

« La déplastification de Danone ne peut attendre. » Estimant que l’utilisation de plastique par le groupe agroalimentaire français est en hausse « en dépit de l’urgence climatique », trois associations environnementales (ONG), Zero Waste France, ClientEarth et Surfrider Foundation Europe l’assignent en justice pour non-respect de la loi du 27 mars 2017 sur le devoir de vigilance. Jugeant que ses engagements ne sont pas satisfaisants, elles attendent un plan de vigilance et une « trajectoire de déplastification » ambitieux, avec l’affirmation de « moyens d’action clairs et définis ». Une première en France, selon les trois ONG.

Un des plus grands utilisateurs d’emballage plastique

La loi de 2017 sur le « devoir de vigilance » oblige les grandes entreprises françaises à s’assurer du respect des droits humains fondamentaux et de l’environnement jusque chez leurs fournisseurs du monde entier. Or les trois ONG considèrent que Danone, qui détient notamment les marques Evian, Volvic, Danone, Alpro, Actimel, Blédina, est l’une des entreprises les plus polluantes dans le monde en étant l’un des plus grands utilisateurs d’emballage plastique. Selon le mouvement Break Free From Plastic, elle est même le pollueur numéro un en Indonésie, en Espagne et en Tunisie. Au total, en 2021, elle aurait produit 750 994 tonnes de plastique – soit une hausse de 4,8% par rapport à 2020 – et commercialisé « l’équivalent de 74 tours Eiffel » de plastique.

Réponse insuffisante

Elles avaient déjà mis en demeure le groupe en septembre dernier, en même temps que huit autres grands industriels et distributeurs, parmi lesquels Lactalis, Carrefour et Auchan. Mais la réponse de Danone reçue fin décembre 2022 leur paraît « insuffisante », notamment parce que, dans son plan de vigilance, le géant de l’agroalimentaire « n’identifie pas l’utilisation de plastique parmi les risques majeurs liés à ses activités ». « Le dialogue est toujours en cours avec les autres (entreprises). Il n’est pas exclu qu’elles doivent aussi rendre des comptes devant la justice française », a déclaré à l’AFP l’un des avocats des ONG, Sébastien Mabile.

Davantage de vrac et de réemploi

Les associations reprochent à Danone, en particulier, « une forte préférence pour les emballages recyclables » avec 62% de plastique recyclable et 5% de réutilisable en 2020. « Améliorer la recyclabilité des emballages ne peut pas être la seule solution. L’urgence nécessiterait des investissements massifs au profit de la transformation des emballages vers davantage de vrac et de réemploi », indiquent-elles dans un communiqué. En outre, « l’incorporation de plastique recyclé n’empêche pas un emballage de rejoindre l’océan, pas plus qu’il ne réduit à zéro les risques sanitaires liés au plastique », observent-elles. « Une trajectoire de déplastification est la seule alternative face à la nature des atteintes graves et irréversibles, causées par l’utilisation du plastique à la fois sur l’environnement, sur la santé, mais aussi sur la sécurité des personnes et les droits humains », assènent-elles.

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« Entreprise pionnière »

Dans une réaction à l’AFP, Danone se déclare « très surpris » par cette assignation. Le groupe s’estime « depuis longtemps reconnu comme une entreprise pionnière dans la gestion des risques environnementaux ». Il rappelle ses actions « visant à réduire l’utilisation de plastique, développer le réemploi, contribuer au renforcement des filières de collecte et de recyclage pour que le plastique reste en dehors de la nature et développer la recherche sur les matériaux alternatifs ». Il précise encore soutenir l’élaboration d’un traité global contraignant sur le plastique à l’échelle mondiale et souligne que ce « défi systémique » est « impossible à résoudre par une entreprise seule ».

Mise en conformité

« Nous demandons que Danone se mette en conformité avec la loi sur le devoir de vigilance, concluent les trois ONG. Danone a le pouvoir de provoquer un vrai changement. La bonne nouvelle est que des solutions existent. Les secteurs du réemploi et du vrac sont en pleine structuration et proposent des solutions de mieux en mieux adaptées aux besoins des grandes entreprises. Il est grand temps que les ambitions soient corrélées avec des actions concrètes de déplastification. » A défaut, au bout de six mois, les ONG réclament une condamnation à une astreinte de 100 000 euros par jour de retard.

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