La traque aux vols de jets d’affaires va-t-elle prendre fin dans les prochains mois, contrainte et forcée ? C’est en tout cas le souhait des opérateurs de ces appareils, cloués au pilori depuis plusieurs semaines en raison de leur impact carbone. « Des discussions sont en cours entre les différents opérateurs et les sites qui publient les données de vols pour ne plus les faire figurer », précise à L’Usine Nouvelle Bertrand d’Yvoire, président de l’EBAA France (European Business Aviation Association) regroupant les acteurs du secteur.
Réputée pour sa discrétion, l’aviation d’affaires connaît depuis peu une exposition médiatique inédite basée sur le « flight tracking » des appareils : le suivi en temps réel des vols d’avions, accessibles depuis des sites comme flightradar24.com. La traque spécifique des avions d’affaires a débuté en 2020 aux Etats-Unis et fait aujourd’hui florès en France, via des comptes Twitter ou Instagram scrutant les déplacements des jets de groupe tels que LVMH, Bouygues, Bolloré ou bien encore JC Decaux.
Les sites de tracking sur lesquels ils s'appuient exploitent les données ADS-B (Automatic dependent surveillance-broadcast) émises par chaque avion et utilisées pour le contrôle du trafic aérien. Envoyées de manière périodique, elles renseignent sur les données clés d’un vol, comme la vitesse, le positionnement et l’altitude.
Vers un masquage de l'immatriculation des jets?
Ces informations sont captées par tout un réseau mondial de particuliers équipés de récepteurs spécifiques qui sont couplées aux immatriculations des appareils, accessibles publiquement via les registres des autorités aériennes civiles de chaque pays.

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Les professionnels de l'aviation d'affaire demandent justement que les immatriculations soient masquées. Ils se défendent de vouloir cacher ces informations dans le but d’échapper à la régulation que certains responsables politiques et ONG demandent. La nécessité de masquer les données d’immatriculations des appareils se justifie à leurs yeux pour des raisons de sécurité aérienne. « Pour l’heure, seule l’autorité de l’aviation civile américaine, la FAA, permet de masquer ces informations sur demande, précise Charles Clair, président de la compagnie Astonjet, basée à l'aéroport de Paris-Le Bourget. Mais cela risque de se généraliser dans les prochains mois en raison du tracking actuel. Il n’est par exemple pas normal de pouvoir suivre en direct le déplacement d’un avion d’Etat. » Les vols d’Etat représentent en France environ 10% du trafic de l’aviation privée.
Sécurité et confidentialité mises en avant
Autre argument mis en avant : la confidentialité que peuvent nécessiter certains déplacements, les vols pour des raisons professionnelles représentant environ 80% des trajets. « L’enjeu de l’intelligence économique constitue également un vrai problème, pouvant représenter un danger de confidentialité dans la gestion des affaires », appuie Bertrand d’Yvoire. Concurrents et acteurs de la finance sont en effet en mesure d'éplucher à loisirs les trajets d’appareils appartenant à certains grands groupes et d'en tirer de l’information dédiée à la veille économique.
Face aux critiques sur son empreinte environnementale, le secteur de l’aviation d’affaires rappelle qu’il n’est responsable que d’environ 0,04% des émissions mondiales de CO2, d’après l’EBAA. Mais c’est le bilan carbone ramené par passager lors d’un vol qui est jugé inacceptable par ses détracteurs : un vol en jet d’affaire par passager-km est entre 5 à 14 fois plus polluant qu’en avion commercial, selon les données de l’ONG Transport & Environnement. Certains responsables politiques plaident pour un cadre régulant les trajets de ce type d'appareil.



