Spatial : la deeptech Latitude va démarrer les essais du moteur Navier de son micro-lanceur Zéphyr

Le moteur-fusée Navier Mark-1, prototype conçu par Latitude, sera bientôt livré sur le pas de tir écossais de Saxavord pour endurer de premiers essais au sol. Une étape importante dans le développement de la deeptech française, précédant la mise au point et la fabrication du moteur définitif Mark-2, puis les revues de design du lanceur lui-même courant 2023.

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Le moteur Navier Mk1 de Latitude sera soumis à une phase d'essai au sol en Ecosse, à compter de la mi-novembre.

Latitude, l’un des emblèmes français du new space, maintient la trajectoire qui doit amener son micro-lanceur spatial Zéphyr vers la basse orbite terrestre d’ici à la fin 2024. Concernant les finances tout d’abord, la deeptech rémoise (anciennement Venture Orbital Systems) fait partie des quinze lauréats sélectionnés, le 6 octobre dernier, par le comité de pilotage ministériel du volet spatial du plan de relance France 2030.

Le financement public attendu est de l’ordre de deux millions d’euros. Une somme qui complètera les dix millions d’euros levés début juillet 2022, après un tour de table en série A.

Le moteur-fusée Navier Mark-1 (Mk1), prototype imprimé en 3D et livré voici quelques mois, sera mis à l’épreuve à la mi-novembre 2022. La campagne d’essai se déroulera sur le pas de tir Saxavord, en Ecosse, la zone d’essai prévue à Vernon (Eure) n’étant pas encore prête.

« Ces essais au sol serviront à valider le comportement thermodynamique, mécanique et vibratoire de notre moteur Mk1, explique Olivier Lebrethon, directeur technique de Latitude. Le design de notre moteur Mark-2 (Mk2) sera affiné et conforté par le résultat de ces essais. » C’est le moteur Mk2 qui propulsera le micro-lanceur Zéphyr durant son vol d’essai inaugural prévu fin 2024.

Il s’agit d’une simple évolution technique dans la droite lignée du MK1, se traduisant par un agrandissement de la chambre de combustion et du système d’injection. « Mk2 est plus volumineux car il doit développer une puissance de 18 kilonewtons (kN) au niveau de la mer, au lieu de 13 kN pour le Mk1, spécifie Olivier Lebrethon. Dans le vide, sa poussée sera de 22 kN. »

Une technologie classique et maîtrisée

Le mot d’ordre, lui, ne varie pas d’un iota : Latitude emploie des techniques classiques et maîtrisées. « Si on veut faire un lanceur économiquement viable, il n’est pas question de rupture technologique », confie Olivier Lebrethon. Dès l'origine, la deeptech a opté pour un mélange d’oxygène liquide et de kérosène (LOx/RP-1) pour la combustion, déjà éprouvé par les Américains, les Russes et Space-X. Le kérosène est par ailleurs plus simple à manipuler que le méthane et encore plus que l’hydrogène liquide.

Un premier moteur Mk2 devrait être produit en mars ou avril 2023, première étape vers l’assemblage du système complet de propulsion. « Viendront ensuite se greffer les vannes de la chambre de combustion en cours de fabrication chez un industriel, détaille Olivier Lebrethon. Les servo-vérins qui orientent le moteur suivront au troisième trimestre, puis l’électronique de vol, avant un essai au sol de ce moteur tout équipé et intégré au début de 2024, détaille Olivier Lebrethon. Même les turbo-pompes de vol seront installées. »

Un lanceur d'une hauteur totale de 17 mètres

Le développement du lanceur et des étages, d’une hauteur totale de 17 mètres, obéira à un autre calendrier en parallèle. « La revue de design préliminaire des structures et des réservoirs est planifiée en 2023, lance Olivier Lebrethon. On y présentera les étapes du développement, les diverses options techniques possibles ainsi que la manière de réaliser ces études. » La revue de design critique s’enchaînera quelques mois plus tard.

« On doit obtenir le bon à fabriquer à la sortie de cette revue et on pourra commencer à construire les éléments, note Olivier Lebrethon. L’étape de qualification finale s’applique aux éléments construits et testés. L’assemblage du lanceur débutera en 2024, une fois le moteur et les premiers éléments de structure fabriqués. » Si les étoiles sont toujours alignées, Zéphyr sera ensuite produite dans une usine à Reims, en 2025, avant d’entamer ses premiers vols commerciaux l’année suivante.

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