Le conflit ukrainien fait tache d’huile dans l’espace. Le prochain lancement de Soyouz prévu le 5 mars depuis la base de Baïkonour au Kazakhstan n'aura pas lieu. Une fusée russe devait normalement mettre sur orbite 36 satellites pour le compte de OneWeb, une société qui déploie l’une des plus grandes constellations afin d’apporter des services Internet sur toute la surface du globe. Toutefois, pour autoriser le lancement, l’agence spatiale russe Roscosmos exigeait le départ du gouvernement britannique du conseil d'administration de la société OneWeb où il est actionnaire aux côtés du groupe industriel indien Bharti et de l’opérateur de satellite européen Eutelsat. En vain. Oneweb a annoncé jeudi 3 mars par communiqué suspendre tous ses lancements depuis le cosmodrome russe de Baïkonour.
Jusqu'à l'annonce de cette décision, la Russie mettait en oeuvre une opération de représailles face à la politique des sanctions menées à l’encontre de la Russie par le Royaume-Uni après l’invasion de l’Ukraine. «En raison de la position hostile du Royaume-Uni envers la Russie, une autre condition pour le lancement du vaisseau spatial OneWeb le 5 mars est le retrait du gouvernement britannique des actionnaires de OneWeb », indiquait le compte Twitter de l’agence spatiale russe, le 2 mars. Roscosmos avait exigé préalablement que l'opérateur apporte des garanties que la constellation ne soit pas utilisée à des fins militaires.
Un coup dur pour OneWeb
Pour OneWeb, il s’agit d’un coup dur. L’opérateur dépend grandement de la fusée russe pour lancer ses satellites. En février dernier, Soyouz avait décollé de Guyane pour mettre 34 satellites OneWeb en orbite, portant ainsi la flotte à 428 satellites opérationnels. Toutefois, des lancements sont encore nécessaires pour compléter la constellation dont la cible finale est de 650 satellites. Avec les tirs prévus en 2022, OneWeb avait pour objectif d’ouvrir commercialement ses services d’ici à la fin de l’année.

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La société OneWeb a-t-elle des alternatives ? Pas dans l’immédiat. Les autres fusées européennes commercialisées par Arianespace, Ariane 5 et Vega, ont un carnet de commandes plein et sont en fin de parcours. Et leurs successeurs, Ariane 6 et Vega C doivent encore effectuer leur premier vol cette année. Autre solution: se tourner vers des lanceurs américains. Toutefois là aussi, cela n’a rien d’évident. SpaceX avec sa fusée Falcon 9, est un concurrent direct de OneWeb ! Elon Musk déploie également sa propre constellation pour apporter des services Internet.
Moscou a décidé de stopper ses coopérations dans le domaine spatial avec les pays qui se sont engagés à la sanctionner sur le plan économique. La France en a déjà fait les frais. Le 26 février dernier, Roscosmos a annoncé l’arrêt de son activité de lancement des fusées Soyouz depuis Kourou en Guyane et de rapatrier tous ses salariés. L’agence spatiale française fait savoir qu’elle évalue avec la plus grande rigueur les répercussions significatives de l’annonce de Roscosmos : «Le CNES examine actuellement les conséquences de la décision de la Russie d’interrompre de manière anticipée les lancements de Soyouz depuis le Centre Spatial Guyanais, notamment pour les lancements Galileo et CSO-3 initialement prévus sur Soyouz en 2022. L’arrivée imminente des nouveaux lanceurs Vega-C et Ariane 6 sur le marché permet d’envisager une reprogrammation des lancements institutionnels européens », indique le CNES dans un communiqué diffusé le 2 mars.
De même, l’agence spatiale européenne a reconnu le 28 février que la mission Exomars menée en partenariat avec Roscosmos, afin de faire atterrir un rover sur le sol de la planète rouge, était largement compromise pour un départ en 2022.



