Un centre de données à «plusieurs milliards d'euros» dans l’Essonne pour Mistral AI, un investissement «d'un ordre de grandeur de 30 à 50 milliards d'euros» des Émirats arabes unis pour construire en France un «campus» axé sur l'intelligence artificielle avec un datacenter géant, 20 milliards d'euros du fonds canadien Brookfield pour un centre de données à Cambrai (Nord), 10 milliards d'euros de la plateforme cloud d'IA britannique Fluidstack pour un supercalculateur d'1 gigawatt (GW) d’ici à 2028... Mais aussi l'américain Digital Reality qui compte créer des datacenters dans l'Hexagone pour plus de 5 milliards d'euros, le suédois Evroc qui veut implanter une usine d'IA dans les Alpes-Maritimes pour 4 milliards d'euros...
Au total ce sont 109 milliards d'euros de projets d'investissements dans de futurs centres de données qui ont été annoncés par l'Elysée lors du sommet pour l'action sur l'IA, ce 10 février.
35 sites clés en main
Alors que le président Donald Trump a dévoilé en janvier le projet «Stargate», qui comprend des dépenses d'au moins 500 milliards de dollars dans des infrastructures d'IA, la France, qui compte encore peu de centres de données dédiés, veut rester dans la course. Il faut une approche «à la Notre-Dame» pour accélérer ces projets, a insisté Emmanuel Macron lors d'un discours le 10 février.
Plusieurs mesures concrètes doivent faciliter l'implantation de datacenters géants en France. 35 sites «clés en main» seront proposés pour accueillir des centres de données IA, soit 1200 hectares de terrains répartis dans dix régions pouvant permettre une installation d’ici à 2027. Certains sont stratégiquement positionnés près des zones d'arrivée des câbles sous-marins transatlantiques et méditerranéens. «Nos façades maritimes font qu’une majorité des câbles sous-marins passent en France pour relier directement l'Afrique, l'Asie et l'Amérique», rappelle l'Elysée.
Six parcelles sur d’anciens sites EDF
Six des 35 grands terrains proposés sont situés sur l'emprise d’anciens sites de production EDF qui disposent déjà d’un poste RTE. D’une capacité électrique de 2 gigawatts, ils représentent une surface de 150 hectares. «Les six sites sont situés dans trois régions, le Grand-Est, l’Ile-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes», a détaillé Stéphane Raison, directeur d’EDF en charge de l’installation de grands sites de consommation. «Ils n'entreront pas en concurrence avec des sites qui pourraient accueillir des SMR» (petits réacteurs nucléaires) ou du solaire, a-t-il ajouté. Le producteur d’électricité français, qui est le troisième plus grand propriétaire foncier du pays avec 45000 hectares, lancera un appel à manifestation d’intérêt (AMI) fin février, avec des retours espérés pour avril ou mai. «EDF proposera des contrats de location longue durée des sites (baux à construction), déconnectés de contrat de fourniture d’électricité» a précisé Stéphane Raison.
Des délais de raccordement qui peuvent monter jusqu’à sept ans
Localiser les datacenters au plus près des centrales électriques permettra de réduire les délais de mise en service pour les nouveaux centres de données. Ils sont aujourd’hui en moyenne de quatre à cinq ans, et peuvent aller jusqu’à sept ans selon le gestionnaire du réseau de transport d’électricité RTE. En région Ile-de-France, qui compte plus de la moitié des quelque 315 centres de données français, tout comme à Marseille, les infrastructures, qui doivent également répondre aux besoins en électricité des nouveaux usages de la mobilité et à ceux de la décarbonation, sont déjà proches de la saturation.
Le gouvernement compte simplifier les procédures d'autorisation et de raccordement. Des mesures ciblées sont contenues dans le projet de loi sur la simplification de la vie économique. Les datacenters pourront être intégrés dans les SCOT (Schémas de Cohérence Territoriale), ce qui doit permettre une meilleure organisation de leur implantation et un accès facilité aux réseaux électriques et numériques. Les projets de grands centres pourront bénéficier du statut PINM (Projets d’Intérêt National Majeur) afin d’accélérer les procédures.
Un enjeu de souveraineté
Sans localisation des infrastructures du numérique en France et en Europe, pas de souveraineté pour les futurs services d'IA développés sur le continent, rappelle le gouvernement. «On parle souvent de l’IA sous l’angle des usages. Mais, sans infrastructures, rien n’est possible : Mistral envisageait de partir aux Etats-Unis si rien n'était fait», a déclaré le cabinet du ministère de l’Industrie et de l’énergie en amont du sommet.
«Il nous faut des centres de données et des puces pour la capacité de calcul. Il nous faut une chaîne de valeur sur le territoire français avec des données hébergées en France», a martelé le cabinet du ministère de l’Industrie, estimant que les centres de données sont «les usines de demain». Reste que ce sont majoritairement des acteurs extra-européens qui portent ces projets de méga-investissements d'infrastructures d'IA en France.



