L’onde de choc de l’arrêt de la production du Boeing 737 MAX depuis le 1er janvier 2020 se fait durement ressentir chez Safran. Le motoriste est contraint de supprimer l’équivalent de 2 130 postes dans le monde d’ici fin mars, sans licenciements en France, comme l’a précisé Philippe Petitcolin, le directeur général de Safran, jeudi 27 février, lors de la présentation des résultats du groupe.
À lire aussi
C’est la première fois que le motoriste, qui produit avec l’américain General Electric – au sein de leur société commune CFM International – le moteur Leap-1B équipant le monocouloir de Boeing, donne des détails sur les conséquences de la crise du 737 MAX en matière de ressources humaines. Le plan d’adaptation du groupe a été lancé en décembre, sitôt connue la décision de Boeing d’arrêter la production temporairement de son monocouloir impliqué dans deux crashes ayant provoqué la mort de 346 personnes.
Des mesures qui visent l'interne et l'externe

- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 95.92+1.23
9 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
Le chiffre officialisé englobe une grande variété de situations. "Nous avons pris des mesures à l’échelle mondiale et pas uniquement au niveau de nos activités liées au moteurs, a expliqué Philippe Petitcolin. L’effort de solidarité concerne l’ensemble de nos activités, et touche à la réduction des coûts directs, des frais généraux et des dépenses de R&D."
Dans le détail, Safran prévoit de licencier des collaborateurs à Los Angeles (Etats-Unis) au sein de l’activité cabine ainsi qu’au Mexique et au Maroc pour les activités de câblages. Autres leviers mis en œuvre sur plusieurs sites : l’arrêt de certains contrats courts et une moindre sollicitation vis-à-vis des prestataires externes.
"Il n’y a pas eu de licenciements en France et nous n’en prévoyons pas si l’ensemble de nos hypothèses sont maintenues tout au long de l’année", a tenu à préciser Philippe Petitcolin. A savoir : une reprise des livraisons des 737MAX à partir de la mi-2020 et une montée en cadence progressive de la production des moteurs Leap-1B.
Une baisse drastique de la production
Safran table désormais sur l'hypothèse d'une production annuelle d'environ 1 400 Leap, dont 10 moteurs Leap-1B par semaine en moyenne, contre 1 736 en 2019. Soit l'équivalent de 20 Boeing 737 MAX par mois, bien loin des 57 appareils mensuels prévus dans le calendrier initial de Boeing sur lequel comptait le motoriste. Et bien loin également des quelque 2 000 moteurs Leap que le motoriste prévoyait d’assembler en 2020…
D’un point de vue financier, Safran a dû faire face à un retard d’encaissement d’environ 700 millions d’euros en 2019. Un chiffre qui correspond à la fois aux acomptes que n’ont pas versés les compagnies aériennes à Boeing en raison de l’arrêt des livraisons d’avions, ainsi qu’aux soldes des moteurs livrés sur des avions assemblés mais non remis aux compagnies. CFM International a donc conclu un accord avec Boeing visant à réduire cet impact pour les deux motoristes.
"L’accord, dont le contenu est confidentiel, consiste pour CFM à se faire payer par Boeing pour ce qui a été ou sera livré, a affirmé Bernard Delpit, le directeur financier de Safran. Le paiement portera sur la partie du prix payée normalement à la livraison de l’avion et qui sera ainsi payé indépendamment du calendrier des livraisons par Boeing aux compagnies aériennes".
Safran cherche à limiter la casse
En clair, Safran va être payé en 2020 et 2021 pour les moteurs fournis à Boeing en 2019, que les avions soient livrés ou non. Et le motoriste sera par ailleurs payé pour les moteurs livrés à partir de 2020 au fur et à mesure des livraisons, hors acompte. Ce qui n’empêchera pas, en raison de la forte baisse des livraisons, un fort impact sur les revenus générés en 2020 : Safran anticipe un chiffre d'affaires stable ou en retrait cette année, avec une progression comprise entre 0 et -5 %, ainsi qu’une progression moindre de son résultat opérationnel, de 5 % seulement.
La situation de crise dans laquelle se trouve Safran inquiète également nombre de sous-traitants du groupe. "C’est une question que nous suivons quotidiennement, a admis Philippe Petitcolin. Environ deux tiers de la valeur d’un moteur provient de l’extérieur. Nous essayons de mettre en place des mesures pour minimiser l’impact financier auprès de certains sous-traitants, notamment en matière de besoin de cash".
Une opportunité côté Airbus
Dans ce tableau sombre, une seule éclaircie semble se profiler : Safran pourrait dans une certaine mesure profiter de la baisse de régime côté Boeing pour satisfaire les hausses de cadences côté Airbus. L’avionneur européen a en effet fait savoir mi-février qu’il négociait avec ses fournisseurs pour accélérer le rythme de production de sa famille A320, en particulier pour les versions neo, motorisées par le Leap-1A, très proche du Leap-1B. Airbus pourrait passer d’une cadence de 63 appareils par mois en 2021 à 67 en 2023.
"Nous avions des contraintes liées à certains de nos sous-traitants il y a six mois, en particulier au niveau des fonderies et des forgerons, a rappelé Philippe Petitcolin. Mais avec la forte baisse de cadences du leap-1B, cela crée de la capacité disponible pour nos fournisseurs. Nous discutons avec eux et Airbus de la possibilité d’accompagner la hausse de cadence de production du Leap-1A". Les malheurs de Boeing pourraient alors faire les affaires d'Airbus.



